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Proche-Orient : le défi dangereux des colons de Cisjordanie
publié le lundi 14 décembre 2009

Pierre Haski
 
L’incendie de la mosquée de Yassouf attise les tensions alors que Netanyahou a annoncé un gel très partiel de la colonisation.

Dans le petit village palestinien de Yassouf, en Cisjordanie, les ruines d’une mosquée ravagée par les flammes vendredi sont devenues le symbole d’un inextricable conflit autour du sort des colons juifs.

Ces derniers sont accusés d’avoir commis cet acte qui était certain d’attiser les tensions, dans l’espoir de torpiller toute velléité de négociation israélo-palestinienne ou d’initiative diplomatique américaine.

Le geste de ces colons constitue une réponse directe à l’annonce, fin novembre, par le premier ministre israélien Benyamin Netanyahou, d’un gel -partiel et très sélectif- de la construction de nouvelles colonies pendant dix mois. Un geste beaucoup plus adressé à Washington et à Barack Obama, plutôt qu’en direction des Palestiniens, qui l’ont d’ailleurs jugé insuffisant.

Mais ce geste modeste, puisqu’il excluait Jérusalem-Est et comportait de très nombreuses exceptions pour des raisons de « sécurité », a enflammé les colons de Cisjordanie, qui s’estiment trahis par le gouvernement le plus à droite depuis la création de l’Etat d’Israël en 1948. Ils ont bruyamment manifesté cette semaine sous les fenêtres du Premier ministre à Jérusalem, sous le mot d’ordre « stop au gel ».

Et, comme à plusieurs reprises depuis le début du processus de paix avec les Palestiniens en 1993, les plus extrémistes d’entre eux sont passés à l’acte pour saboter les décisions gouvernementales, avec l’incendie de cette mosquée. La violence appelle la violence : une Israélienne a été poignardée par un Palestinien samedi soir, et légèrement blessée.

Le président israélien Shimon Pérès, le premier ministre Benyamin Netanyahou et le ministre de la défense Ehud Barak, tentent depuis trois jours de calmer la tension en condamnant fermement ce geste « contraire à tous les principes moraux de l’Etat d’Israël », selon Péres. Netanyahou a ordonné qu’on arrête les auteurs de cet acte.

Un gouvernement israélien à la crédibilité proche de zéro

Le problème est que la crédibilité du gouvernement est bien mince. Benny Begin, ministre sans portefeuille appartenant à l’aile droite du cabinet, mais surtout fils de son père, l’ancien chef du Likoud Menahem Begin, a semé le trouble en déclarant que malgré le « gel », il y aurait 10 000 colons de plus en 2010 en Cisjordanie.

Begin a affirmé que la construction en cours de 3 000 logements de plus dans les territoires palestiniens conquis en 1967 serait menée à son terme, et a ajouté :

« Il n’y a ni gel ni suspension. Les constructions, en Judée et Samarie [les noms bibliques de la Cisjordanie, ndlr], continueront dans les dix mois à venir. »

Embarras du gouvernement, d’autant qu’au même moment, Netanyahou a fait approuver ce dimanche par le Conseil des ministres un plan de financement de colonies dites de « priorité nationale », contenant des zones de « sécurité » exclues du moratoire annoncé quelques jours plus tôt.

La colonisation a progressé depuis 1967, mitant un futur Etat palestinien

Les travaillistes, pourtant membres de la coalition, ont eu la surprise d’y trouver des zones situées au coeur de la Cisjordanie et pas seulement aux frontières avec Israël, contrairement aux assurances qui leur avaient été données, et leurs cinq ministres ont voté contre ce plan lors de la réunion du cabinet. Le Meretz, le parti de gauche qui n’apartient pas à la coalition, a déposé une motion de défiance au Parlement sur cette affaire.

Au cours de la réunion de dimanche, selon Haaretz, le ministre de la défense Ehud Barak a mis en garde qu’une partie des sommes débloquées « risque de terminer entre les mains de l’extrême droite ». De quoi sérieusement entamer le crédit des annonces officielles successives.

Cette confusion, doublée de la tension suscitées par l’agitation des colons, crée une nouvelle situation dangereuse, susceptible de déboucher sur une nouvelle explosion de violence [1].

Des colons dont le nombre continue inexorablement de croître depuis la conquête des territoires palestiniens en 1967, et qui contribuent à rendre moins viable l’hypothèse d’un Etat palestinien cohérent, comme le montre la carte très explicite de la situation élaborée par la Documentation française http://www.ladocumentationfrancaise....

La Cisjordanie compte aujourd’hui près de 300 000 colons juifs, auxquels il faut ajouter les quelque 180 000 habitants israéliens de Jérusalem-Est, également considérés comme des résidents illégaux par la communauté internationale, comme vient de le réaffirmer une déclaration européenne qui qualifie Jérusalem de « future capitale de deux Etats ».

Les actions d’Obama au plus bas dans la région

Situation d’autant plus préoccupante que Barack Obama, après avoir annoncé haut et fort qu’un déblocage au Proche Orient était sa priorité, s’est singulièrement dévalorisé dans cette région. Le petit tour de piste diplomatique d’Hillary Clinton, sa ministre des Affaires étrangères, et de son émissaire spécial Georges Mitchell n’a donné aucun résultat.

Cet épisode a été perçu par la partie palestinienne comme une capitulation devant l’intransigeance de Netanyahou, suscitant un peu plus de désespoir et de sentiment d’abandon.

Tout ceci n’augure rien de bon alors qu’on approche du premier anniversaire de la guerre de Gaza, le 26 décembre, et que rien n’est réglé sur ce front-là non plus.

Il n’y a pas au Proche-Orient aujourd’hui de guerre comme en Afghanistan, d’attentats à répétition comme à Bagdad ou à Peshawar, pas non plus de tension diplomatique extrême comme avec l’Iran.

Il y a une succession de symboles inquiétants, de décisions hasardeuses, de petites humiliations et d’absence de perspective qui donne envie de crier : attention, danger !

[1] voir aussi l’AFP, relayé par la Presse :

L’Organisation de la conférence islamique (OCI) a critiqué hier les récents actes de vandalisme dans une mosquée palestinienne en Cisjordanie, attribués à des colons extrémistes israéliens

.

« Profaner la mosquée, incendier des copies du Coran qui s’y trouvaient et peindre sur les murs de la mosquée des slogans hostiles à l’Islam et aux Musulmans, c’est une agression flagrante contre un lieu sacré », écrit le secrétaire général de l’OCI, Ekmeleddin Ihsanoglu, dans un communiqué.

Des colons extrémistes israéliens se sont livrés dans la nuit de jeudi à vendredi à de graves actes de vandalisme dans la principale mosquée du village de Yassouf, près de Naplouse, après en avoir fracturé la porte, selon les services de sécurité palestiniennes.

Le Président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas a « condamné très vigoureusement » les actes de vandalisme, accusant les colons juifs de « menacer la sécurité et la stabilité » dans les territoires palestiniens, selon son porte-parole Nabil Abou Roudeina.

Ces incidents « confirment la nécessité pour la communauté internationale d’intervenir d’urgence pour obliger Israël à mettre fin à ses agressions et à se conformer au droit international et à la convention de Genève », sur la protection des populations vivant sous occupation, souligne M. Ihsanoglu, à la tête d’une organisation qui compte 57 membres. RYADH (AFP) http://www.lapresse.tn/index.php?opt

publié par Rue89

http://www.rue89.com/2009/12/13/pro...

ajout de note : C. Léostic, Afps

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