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Après le refus d’Abbas, on craint le vide, pas le trop-plein
publié le mardi 10 novembre 2009

Mohamed Assadi et Douglas Hamilton
 
Le sentiment qui prévaut au Proche-Orient au lendemain du refus de Mahmoud Abbas de se représenter à la présidence palestinienne pourrait se résumer en renversant une formule choc de Charles de Gaulle.

Evoquant sa propre succession, le premier président de la Ve République s’était voulu rassurant pour les Français en leur assurant sur un ton badin qu’après lui ce ne serait "pas le vide mais le trop-plein".

Vendredi, les principaux protagonistes d’un processus de paix mal en point, des médiateurs américains et égyptiens en passant par Israël et les Palestiniens eux-mêmes, exprimaient assurément la crainte du vide.

Et aucun trop-plein de successeurs ne se profilait.

Pas un dirigeant palestinien ne s’est porté candidat à la succession de Mahmoud Abbas. Tous s’efforçaient au contraire de le faire revenir sur une décision qu’il a présentée comme dénuée de toute arrière-pensée tactique [1].

Pourtant, ni Israël, ni les Etats-Unis ni le Fatah d’Abbas ne veulent croire qu’il faut prendre au mot ce vieux routier de la cause palestinienne, aujourd’hui âgé de 74 ans, lorsqu’il affirme que sa décision est irrévocable.

Abbas, personnalité affable, feutrée et modérée, s’était imposé comme le successeur naturel et légitime du charismatique Yasser Arafat après la mort de celui-ci, fin 2004, et il avait été élu haut la main à la présidence de l’Autorité palestinienne en janvier 2005.

Échéance électorale peu probable

Mais, un an plus tard, le Hamas, opposé au processus de paix, avait remporté la majorité absolue au Conseil législatif palestinien avant de chasser de Gaza en juin 2007 le camp d’Abbas, dont les tractations avec Israël sont improductives jusqu’à ce jour.

Affaibli et frustré politiquement, Mahmoud Abbas avait placé de nouveaux espoirs en Barack Obama, qui a déclaré, dès sa prise de fonctions en janvier, vouloir faire d’une reprise rapide du processus de paix une des priorités diplomatiques.

Mais, le mois suivant, les électeurs israéliens ont envoyé à la Knesset une majorité de droite, qui, sous la houlette de Benjamin Netanyahu, s’est montré imperméable aux pressions d’Obama au point de l’amener à renoncer à soutenir Abbas sur la question du gel total de la colonisation juive.

"Je n’ai pas de désir de me présenter à la prochaine élection", a annoncé jeudi Abbas, après avoir prévenu fin octobre Obama de ses intentions, tirant ainsi les conclusions d’un "lâchage" qui, aux yeux du Hamas, prouve qu’Israël et les Etats-Unis l’ont manipulé comme un pion.

Compte tenu de la persistance de la partition de fait entre la bande de Gaza et la Cisjordanie et des divergences entre le Hamas et le Fatah, malgré les efforts de médiation égyptiens, Mahmoud Abbas a décidé de provoquer des élections présidentielles et législatives le 24 janvier.

Mais cette initiative est jugée illégale par le mouvement islamiste et l’impossibilité d’organiser un vote simultanément à Gaza, en Cisjordanie et à Jérusalem-Est rend peu probable que l’échéance du 24 janvier soit tenue - et donc qu’Abbas ait à se représenter dans un avenir prévisible.

"Peut-être une dernière chance"

En pareille hypothèse, il continuerait à représenter son peuple dans le processus de paix que les Etats-Unis cherchent malgré tout à relancer au plus vite, d’autant qu’il n’a pas renoncé à sa présidence de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) et du Fatah qui la domine.

Mohamed Chtayyeh, un collaborateur d’Abbas et responsable du Fatah, a exprimé l’espoir que, d’ici la date théorique des élections, Abbas aura reconsidéré sa décision et surmonté son sentiment d’avoir été trahi par les Etats-Unis et mêmes certains alliés arabes.

Tout en se défendant d’ingérence dans les affaires palestiniennes, le vice-ministre israélien des Affaires étrangères, Danny Ayalon, a estimé "dans l’intérêt d’Israël, comme des Américains, des Occidentaux et des Palestiniens, de conserver un dirigeant modéré et pragmatique".

Le Premier ministre palestinien, Salam Fayyad, bien en cour auprès des Occidentaux, mais dépourvu de base militante, a pour sa part exprimé l’espoir que ce qui a poussé Abbas à renoncer serait rectifié. Il revient, selon lui, à la communauté internationale de pousser Israël à respecter ses obligations, a-t-il déclaré à Reuters TV.

Pour un haut diplomate européen au fait du processus de paix, ce ne serait pas la première fois que l’on assisterait à une fausse sortie. Mais, selon lui, "ce qui est important dans le message d’Abbas, c’est le message qu’il envoie".

"C’est une mise en garde, un avertissement, une sorte de ’je-vous-avais-prévenus’. Je ne considère pas encore cela comme un testament politique, mais comme une invitation au sursaut : il nous dit que ce pourrait être notre dernière chance."

[1] voir aussi dans la Croix

Pourquoi Mahmoud Abbas jettte l’éponge

En annonçant qu’il ne se représenterait pas à la présidentielle palestinienne, le président Mahmoud Abbas affiche son désaccord avec l’administration américaine

Mahmoud Abbas l’a affirmé, il ne reviendra pas sur sa décision. Le président palestinien a décidé de ne pas se représenter à la prochaine élection présidentielle, prévue pour le 24 janvier prochain. « Ma décision n’est pas une sorte de compromis ou une manœuvre », a-t-il déclaré, rejetant toute tentative de le faire changer d’avis.

Âgé de 74 ans, le président a expliqué ainsi son retrait : « Nous sommes à une croisée des chemins. Nous avons fait d’énormes sacrifices pour obtenir le droit d’avoir un État (…). Depuis les accords d’Oslo en 1993, tous les accords sont basés sur la terre, la paix et la fin de l’occupation israélienne des territoires de 1967. Nous nous sommes engagés avec Israël dans le but d’obtenir une solution à deux États. Mais mois après mois, nous n’avons rien vu que suffisance et atermoiements. » Officiellement, Mahmoud Abbas rejette la responsabilité de l’échec sur Israël et les États-Unis. Mais il n’est pas sûr que ce soit là la seule raison.

Mahmoud Abbas a été élu à la présidence, en janvier 2005, un an après la mort d’Arafat, avec l’assentiment général de la communauté internationale, qui le considérait comme un modéré. « Il était la personne sur laquelle tout le monde s’accorde, un président de consensus », se souvient Atef Abu Saif, rédacteur en chef de la revue politique Syasat, interrogé par téléphone à Gaza. Mais, au fil des années, Mahmoud Abbas a surtout donné aux Palestiniens l’image d’un président faible, responsable de la faute la plus grave à leurs yeux, celle d’avoir rompu l’unité palestinienne. C’était en juin 2007, des affrontements entre le Hamas et le Fatah à Gaza ont conduit à l’exclusion du Fatah et l’arrivée au pouvoir à Gaza du mouvement islamiste.

Mahmoud Abbas n’a jamais été populaire chez les Palestiniens. Quand, en 2003, la communauté internationale l’avait imposé comme premier ministre du président Arafat, espérant ainsi l’isoler, ce dernier avait affublé Mahmoud Abbas du surnom peu flatteur de« Hamid Karzaï palestinien », soulignant ainsi son rôle de marionnette aux mains des Américains.

Le sentiment que le président Abbas était prêt à toutes les concessions, sans obtenir quoi que ce soit en échange, explique en partie la lassitude des Palestiniens. Son silence, les premiers jours de l’opération « Plomb durci » lancée par Israël contre la bande de Gaza, avait accentué le malaise de la population de Cisjordanie. « Il a été très critiqué par des membres du Fatah pour être allé à New York, en septembre, rencontrer Obama, en marge de l’Assemblée générale des Nations unies, puis figurer sur la photo aux côtés du premier ministre israélien. À ses contempteurs, il avait répondu : “Si je n’y vais pas, comment voulez-vous que j’obtienne quelque chose du président américain ?” » raconte Atef Abu Saif.

Puis il y a eu le rapport du juge sud-africain Goldstone, demandé par les Nations unies, très critique envers Israël et son armée dans la conduite des opérations militaires à Gaza en janvier dernier, mais aussi contre les groupes armés palestiniens. Israël avait menacé, si le rapport était adopté, de mettre fin à tout espoir de pourparlers de paix. Sous la pression de Washington, le président Abbas avait dû accepter de repousser son examen, déclenchant la colère des Palestiniens. Réalisant son erreur, le président avait fait volte-face. Mais le mal était fait, Abbas discrédité était de plus en plus isolé.

« Quand le président américain a abandonné l’exigence de mettre un terme à la colonisation, Abbas a compris qu’il avait été floué. »

Et comme si cela ne suffisait pas, le dernier camouflet est venu de Hillary Clinton. Lors de sa visite à Jérusalem, la semaine dernière, elle a pris le parti de Benyamin Netanyahou qui demande une reprise des pourparlers sans condition, et ne propose qu’un gel partiel de la colonisation. Alors que le président Obama avait exigé que soit mis un terme définitif à la colonisation. « Nous nous sommes félicités et nous avons été optimistes lorsque le président Obama a annoncé la nécessité d’un arrêt complet des colonies, a réagi Mahmoud Abbas. Nous avons été surpris par son soutien à la position israélienne », a-t-il constaté.

Atef Abu Saif défend le président palestinien : « Mahmoud Abbas est un véritable homme de paix. Il y croit, comme il a cru en Obama. Il est la victime des Américains, des Israéliens et du Hamas », estime l’analyste. Selon lui, Mahmoud Abbas voulait vraiment une réconciliation avec le Hamas et l’inclure dans le processus de paix, alors que le Hamas, selon lui, a tout fait pour le discréditer avec le rapport Goldstone. Et il y a eu la « trahison » d’Obama. « Quand le président américain a abandonné l’exigence de mettre un terme à la colonisation, Abbas a compris qu’il avait été floué », poursuit l’analyste politique.

Pour l’heure, Mahmoud Abbas reste en poste jusqu’aux élections palestiniennes. Mais il n’est pas sûr qu’elles pourront avoir lieu sans une réconciliation préalable entre le Fatah en Cisjordanie et le Hamas à Gaza. Son geste est un sérieux désaveu pour Washington. Mahmoud Abbas « croit toujours aux vertus d’une solution négociée. Mais il ne peut continuer sans obtenir quelque chose des Américains », estime l’analyste palestinien Hani Al Masri.

Agnès Rotivel

http://www.la-croix.com/

Reuters, relayé par yahoo

http://fr.news.yahoo.com/4/20091106... Version française Marc Delteil

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