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Indécence
publié le mercredi 17 juin 2009

K. Selim
 
Hendrik Verwoerd, architecte du « développement racial séparé », plus connu sous son appellation d’origine d’apartheid, a des émules.

L’ancien Premier ministre afrikaner avait mis en oeuvre les théories racistes d’inspiration nazie en suscitant la réprobation quasi unanime de l’opinion mondiale. Verwoerd est notamment l’inventeur des bantoustans, ces pseudo-Etats sans souveraineté, où devaient être parqués sous surveillance étroite les Noirs dont la très blanche république sud-africaine ne voulait pas. Aucun de ces bantoustans ne bénéficia de la moindre reconnaissance internationale.

Plus de quarante ans après la disparition de ce personnage et dix ans après la fin de la dictature blanche dans ce pays d’Afrique australe, ses idées retrouvent une nouvelle jeunesse avec la sentencieuse approbation des démocraties occidentales. Le discours du Premier ministre israélien a fait renaître le même concept d’un Etat démilitarisé et sans souveraineté destiné à recevoir des populations autochtones indésirables. L’Etat palestinien « alloué » par Israël ressemble trait pour trait aux Etats croupions dont rêvaient les racistes afrikaners.

Loin de provoquer l’indignation des dirigeants occidentaux, la proposition indécente de ce Premier ministre d’un Etat confessionnel et expansionniste a été, au contraire, accueillie avec enthousiasme. Les appréciations positives et les commentaires élogieux, de Barack Obama à Bernard Kouchner, se multiplient, amplement relayés par des médias très complaisants. C’est à peine si l’on ose déplorer, en chuchotant presque, le refus du leader israélien de mettre un terme à la colonisation illégale [1].

La proposition indécente de Netanyahu a fait sortir la pauvre Autorité palestinienne de son silence contrit, mais n’a pas provoqué de réactions sérieuses de la part des pays arabes « modérés ». L’Autorité palestinienne a découvert qu’il n’y a pas de négociations possibles, alors que le Hamas a relevé la nature raciste du discours du dirigeant israélien.

Les mânes du docteur Verwoerd doivent souffrir de la comparaison : l’opposition internationale à son abjecte politique était constante, puissante et déterminée. La solidarité africaine avec la lutte des Noirs sous le joug de l’apartheid était, y compris de la part d’Etats alignés sur les anciennes métropoles, incomparablement plus effective. De ce point de vue, les Israéliens sont bien mieux lotis que leurs inspirateurs et jouent sur du velours face à des Etats disposés à toutes les compromissions.

Les Arabes « modérés », les « réalistes », ceux qui ne cessent, comme Netanyahu, de parler de « menace perse », ces parangons de l’arabité sont dans une logique de reddition en rase campagne. Au discours de guerre d’Israël, ces Etats n’opposent aucune résistance - le mot est banni - mais se livrent à des contorsions affligeantes. L’Egypte sollicite l’intercession miséricordieuse de l’Amérique relookée, alors qu’Obama, totalement dans la combine, n’hésite pas à qualifier les propos haineux de Netanyahu d’« important pas en avant ».

Il faudrait faire preuve d’une impudeur sans limite pour continuer à détourner l’attention vers des leurres et principalement vers l’Iran. Les appréciations hypocrites des Occidentaux sur le discours de Netanyahu traduisent tout simplement la constance d’un soutien occidental à l’oppression du peuple palestinien. Il est vrai qu’ils jouent sur du velours : le long coma arabe n’est pas près de cesser.

[1] voir aussi

Netanyahu défie Obama et la communauté internationale

par Kharroubi Habib

Par la voix de sa présidence en exercice, en l’occurrence l’Etat tchèque, l’Union européenne a estimé que le discours prononcé dimanche par le Premier ministre israélien, en réponse aux exigences formulées par le Président américain et appuyées par l’ensemble de la communauté internationale, « constitue un pas en avant dans la bonne direction ». Appréciation relayée par l’inénarrable ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, qui en a rajouté dans le satisfecit en « saluant la perspective tracée de création d’un Etat palestinien par le discours de Benjamin Netanyahu ».

Paradoxalement, l’extrême droite et tous les milieux ultras en Israël ont eux aussi bruyamment manifesté de la satisfaction pour ce même discours qui, selon leur décryptage, constitue une fin de non-recevoir ferme à l’exigence internationale de la reconnaissance par Israël du principe de la solution des deux Etats.

Un même discours donc mais deux lectures et deux interprétations aux antipodes. Mais les deux ont dû rassurer Netanyahu. Parce que celle faite par l’Union européenne lui permet d’envisager que cette entité n’est que mollement déterminée à recourir à des pressions sur son gouvernement autre que sous la forme d’encouragement à « aller dans la bonne direction » qu’elle a affirmé avoir décelé dans son discours. Et celle qu’ont retenue les ultras israéliens qu’il n’y a pas à craindre l’effritement ou l’éclatement de la coalition sur laquelle s’appuie son cabinet.

La lecture du discours du Premier ministre israélien faite en Palestine et dans le monde arabe va dans le sens de celle de la droite et des ultras israéliens, au sens où ce discours a été interprété comme « un torpillage des efforts de paix qui ont été déployés internationalement ».

Benjamin Netanyahu n’a évoqué l’éventualité de la création d’un Etat palestinien que par l’esquisse d’une entité qui ressemble à tout sauf à un Etat jouissant des attributs de la souveraineté et de l’indépendance. Et de surcroît, en posant des conditions préalables inacceptables pour les Palestiniens à l’ouverture de négociations menant à la création éventuelle de cette entité, version israélienne. Pour imager la conception de Netanyahu de ce que serait l’Etat palestinien dont il consentira à l’existence, disons que les Palestiniens doivent tout simplement renoncer à leurs droits nationaux et admettre de vivre dans une prison dont les clefs seront détenues par Israël et à l’intérieur de laquelle il leur sera permis de s’auto-gouverner sous haute surveillance toujours israélienne.

Si le délire proféré dimanche par Benjamin Netanyahu est « un pas dans la bonne direction », tel que l’ont soutenu l’Union européenne et le ministre français des Affaires étrangères, alors les Palestiniens et les Arabes ont du souci à se faire sur la sincérité de l’engagement occidental en faveur de la solution des deux Etats. Qu’ils ne comptent pas trop en effet sur la détermination occidentale à faire revenir le Premier ministre israélien et son cabinet sur leur vision de « l’Etat palestinien ».

En opposant un « niet » catégorique à toutes les exigences formulées par la communauté internationale, le gouvernement israélien défie celle-ci tout autant, voire plus radicalement encore que ne le fait celui de l’Iran. Mais c’est sur celui-ci que l’UE et Bernard Kouchner exerceront leur « compétence de vigiles défenseurs » de la légalité et de la paix internationales.

Benjamin Netanyahu peut se tranquilliser, son pays bénéficiera toujours et quoi qu’il fasse de la compréhension des gouvernants occidentaux.

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publié par le Quotidien d’Oran

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