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Israël : nouveau revers pour les partisans d’Avigdor Lieberman
publié le lundi 8 juin 2009

Basile Dewez
 
Slogan racoleur de sa campagne électorale (« Pas de citoyenneté sans loyauté »), le projet d’Avigdor Lieberman d’imposer aux citoyens de prêter serment à Israël a été rejeté dimanche 31 mai par une large majorité des membres du gouvernement.

L’idée, inscrite dans la plateforme du parti nationaliste qu’il dirige, Israel Beitenu, consistait à contraindre ses concitoyens à « jurer loyauté à l’Etat d’Israël comme Etat juif, sioniste et démocratique, à ses symboles et valeurs, à servir l’Etat », notamment par le service militaire ou civil -les récalcitrants pouvant être déchus de leur citoyenneté.

Interrogé pour Rue89 sur le caractère manifestement discriminatoire de son projet de loi, le député Alex Miller (Israel Beitenu) assure que « l’ajout de “sioniste” à la définition d’Israël comme “Etat juif et démocratique” vise implicitement le secteur ultra-orthodoxe de la population [qui est dispensé du service militaire], non pas exclusivement la minorité arabe ».

Néanmoins, les représentants de la communauté arabe-israélienne ont fait part de leurs inquiétudes auprès des autorités indiquant, dans une lettre adressée au Premier ministre, que « l’adoption de ce texte aurait des conséquences existentielles graves pour la minorité arabe ». Finalement, la proposition a été rejetée par le gouvernement. Brandir la menace d’une « cinquième colonne »

Ce n’est pas le premier revers que subissent les partisans d’Avigdor Lieberman. En mars déjà, lors des négociations précédant la formation du gouvernement, Lieberman avait accepté de ne pas inscrire dans l’accord de coalition les propositions phares de sa campagne : réforme du régime politique (vers une présidentialisation) ; introduction du mariage civil ; assouplissement des critères de conversion. Les partis religieux, qui l’avaient comparé au « diable » avant les élections, s’y étaient opposés vigoureusement.

Pour Ilana Kaufman, professeur à l’Open University, Lieberman est « la réponse radicale juive » à Azmi Bishara et à ses partisans. Bishara est un ancien député arabe à la Knesset, auquel la police avait reproché d’avoir divulgué des informations au Hezbollah pendant la seconde guerre du Liban. Il a, depuis ces accusations, quitté précipitamment le pays et échappé à la justice. La procédure n’a pas été portée à son terme mais l’affaire a néanmoins accentué les sentiments de méfiance d’une partie de l’électorat juif envers les Arabes du pays. Le parti de Lieberman en a recueilli les fruits se hissant à la troisième position lors des élections de février en brandissant la menace d’une « cinquième colonne ».

Si son mouvement a perdu la main sur le « serment de loyauté », restent en discussion deux propositions de lois controversées. L’une a pour objet de faire interdire la commémoration en Israël de la Nakba (souvenir de l’exil palestinien, en 1948) et l’autre d’ériger en délit l’expression publique du « déni du droit à l’existence d’Israël comme Etat juif ».

Vers la radicalisation d’une minorité d’Arabes israéliens

Symboliquement fixée à la date de la proclamation d’Indépendance d’Israël (14 mai), le jour de la « Nakba » (« catastrophe » en arabe) est l’occasion pour les Arabes israéliens d’organiser des marches pacifistes sur les lieux d’anciens villages arabes abandonnés. Les ministres travaillistes du gouvernement Netanyahou se sont fermement opposés à leur interdiction affirmant que ce serait « contraire à la liberté d’association et d’expression » et « aggraverait la radicalisation d’une minorité d’Arabes israéliens ». A suivre.

En revanche, le projet d’interdire de publication les écrits « niant l’existence d’Israël en tant qu’Etat juif et démocratique, dès lors que cette publication constituerait un acte de haine, de dédain ou de déloyauté à l’encontre [du pays] » a passé une lecture préliminaire, la semaine dernière à la Knesset, par 47 voix contre 34. A l’origine de cette proposition de loi, le député Zevulum Orlev (du parti Bayit Hayehudi, à la droite de Lieberman) la rattache directement à « l’affaire Bishara ». Les associations de droits de l’homme s’en sont émues et prêtent aux partenaires de Netanyahou l’intention d’instaurer « une police de la pensée ».

Cependant, pour entrer en application, la proposition doit encore être approuvée par trois votes à la Knesset. Dans son éditorial du 31 mai 2009, Haaretz pointe la responsabilité du Premier ministre qui a « laissé la commission des lois de la Knesset entre les mains des partisans de Lieberman ».

Les nuages s’amoncellent au-dessus du nouveau ministre des Affaires étrangères. La police israélienne enquête sur des affaires de corruption et de blanchiment. Des poursuites judiciaires pourraient être entamées dans les prochaines semaines. Le procureur général, Menachem Mazuz, sortant de son obligation de réserve à ce stade de l’enquête, s’est offusqué que « dans un pays dirigé normalement, la nomination de Lieberman n’aurait jamais été possible ».

Basile Dewez est Doctorant à l’EHESS

publié par Rue89

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