Accueil >> Informations >> Actualités >>
A Jérusalem-Est, le quartier Al-Boustan s’organise contre sa destruction annoncée
publié le jeudi 19 mars 2009

Michel Bôle-Richard
 
La résistance s’est organisée. Une grande tente a été dressée et un comité de défense a été désigné. Le quartier Al-Boustan ("le jardin") à Jérusalem-Est est sur le pied de guerre. Les autorités israéliennes ont projeté de démolir 88 maisons pour y créer un parc.

Le projet date de quatre ans, mais il vient d’être remis sur la table, et des ordres de démolition ont été notifiés aux 1 500 habitants de ces maisons qui, dit la mairie, ont été construites sans permis de construire.

"Certaines de ces maisons datent d’avant l’occupation de 1967, et les demandes de permis ne sont jamais accordées", proteste Abed Shalode, du comité de défense. Des cartes ont été déployées sur le mur pour expliquer comment la colonisation est en marche à Jérusalem-Est.

Des zones plus claires cernées de rouge indiquent les emplacements des implantations juives et leur progression dans le faubourg de Silwan, dans lequel figure le quartier Al-Boustan. Située au pied de l’esplanade des Mosquées, le Mont du Temple pour les juifs, près de la face sud de la vieille ville, cette zone est âprement convoitée par les colons pour en faire un prolongement du quartier juif.

C’est à cet endroit qu’est située la cité de David. D’intenses fouilles archéologiques y sont menées pour retrouver les traces de l’ancien royaume et démontrer que cette terre est bien juive. D’autant que la municipalité de Jérusalem projette d’en faire un lieu touristique.

"Pas de site touristique sur les ruines des maisons de 1 500 habitants", proclame un écriteau placé sous la tente. Deux maisons ont déjà été détruites, et la population craint l’arrivée soudaine des bulldozers. "La réaction sera violente", prévient Daoud Siam, né à Al-Boustan il y a soixante-dix ans. "Ils veulent nous humilier, nous provoquer, voler notre terre, mais nous ne nous laisserons pas faire", ajoute-t-il en mettant directement en cause le nouveau maire de Jérusalem, Nir Barkat, qualifié de "boutefeu de la ville sainte".

Elu il y a quatre mois, ce dernier a fait savoir que "la loi devait être respectée quelles que soient l’identité, la race, la résidence et la religion". Al-Boustan est devenu un abcès de fixation des tensions israélo-palestiniennes. Vingt et un lauréats du prix Israël, parmi lesquels des écrivains célèbres, ont lancé un appel pour que cessent les démolitions à Jérusalem-Est. Hillary Clinton, secrétaire d’Etat américaine, s’est émue de la situation, lors de sa visite début mars, en déclarant que les démolitions "ne facilitent pas le processus de paix" et "violent la feuille de route" du plan de paix international, qui prescrit un gel de la colonisation [1]. Ce commentaire n’a pas été du goût de Nir Barkat qui l’a qualifié de "mauvais signal" envoyé à "ceux qui ne respectent pas la loi".

Al-Boustan est devenu le test de la volonté de Washington de prendre une position claire contre la poursuite de la colonisation qui ruine la possibilité de créer un Etat palestinien avec Jérusalem-Est comme capitale comme le souhaitent les Palestiniens. Cinquante-cinq autres maisons sont également dans le collimateur à Choufat, au nord de Jérusalem. Craignant un raidissement du prochain gouvernement israélien, qui pourrait être très à droite, l’Autorité palestinienne est sur le qui-vive. Soixante-dix familles juives vivent déjà à Silwan.

La fondation Elad, une organisation nationaliste religieuse, tente par tous les moyens de conquérir de nouveaux espaces, maison après maison. A chaque succès, les colons font immédiatement flotter le drapeau israélien pour marquer le territoire. La municipalité a précisé que seules les maisons construites après 1992 étaient concernées par les démolitions. Les résidents ont demandé en vain que cette zone soit classée résidentielle. Le rejet a été finalement notifié le 17 février. Depuis, c’est l’inquiétude.

Très impliqué à Jérusalem, le cheikh Raed Salah, dirigeant arabe israélien (il dirige la branche nord du Mouvement islamique), est venu dire sur place : "Notre position est claire : soit nous vivons sur notre terre, soit nous y serons enterrés."

[1] voir aussi

L’Union européenne manifeste sa désapprobation du projet israélien

LE MONDE | 18.03.09

Aux yeux des Européens, le sort de Jérusalem-Est pourrait compromettre la relance d’un processus de paix entre Israël et les Palestiniens. Mercredi 11 mars, l’Union européenne (UE) a mis en garde les autorités israéliennes contre la destruction des maisons du quartier de Silwan qui "priverait plus de mille Palestiniens de leurs foyers et constituerait la plus importante destruction de maisons palestiniennes à Jérusalem-Est depuis 1967".

L’attitude d’Israël "aggrave beaucoup la situation, particulièrement en cette période", a reconnu le ministre tchèque des affaires étrangères, Karel Schwarzenberg, dont le pays préside l’Union ce semestre, lors d’une rencontre avec ses homologues palestiniens et égyptiens, à Bruxelles dimanche 15 mars.

"Cette politique affaiblit la possibilité de parvenir à un accord de paix", a martelé le ministre palestinien des affaires étrangères, Riad Malki : "Nous avons demandé aux Européens de faire pression afin de stopper les démolitions et la colonisation", a-t-il lancé. L’Union européenne n’a jamais reconnu l’annexion par Israël de Jérusalem-Est en 1967 ; les ambassades européennes en Israël sont implantées à Tel-Aviv.

"ANNEXION ILLÉGALE"

Jérusalem-Est héberge les missions des pays membres de l’UE auprès de l’Autorité palestinienne. Et les diplomates européens ainsi en poste ne se sont pas privés de dénoncer, ces derniers mois, la politique menée dans cette partie de la ville, dans des termes que les responsables politiques de l’Union ne reprennent pas toujours dans leur intégralité. "Israël est en train, dans la pratique, de poursuivre l’annexion illégale de Jérusalem-Est", indique un rapport rédigé mi-décembre 2008 par les représentants des Vingt-Sept sur place.

"Les plans israéliens à long terme pour Jérusalem affaiblissent les perspectives d’une capitale palestinienne à Jérusalem-Est, et la solution des deux Etats", dit encore ce rapport. Le document relève l’accélération de la colonisation, la démolition d’habitations palestiniennes - plus de 400 depuis 2004 -, une politique de logement discriminatoire et la poursuite de la construction du mur, en pleine ville. Il pointe l’achat de terrains appartenant à des Palestiniens par des "hommes de paille" au service d’intérêts israéliens.

Il met en cause la multiplication de sites de fouilles archéologiques, dont la gestion est souvent confiée à des organisations de colons : "L’archéologie est en train de devenir un instrument idéologique de lutte nationale et religieuse", affirment les diplomates européens. Tout ceci "accroît la présence israélienne à Jérusalem-Est, affaiblit la communauté palestinienne dans la ville, et empêche le développement urbain palestinien".

"Bien qu’Israël ait des préoccupations légitimes sur le plan de la sécurité à Jérusalem, la plupart des ses actions illégales en cours dans et autour de la cité ont des justifications sécuritaires limitées", relevaient en décembre les diplomates européens. Pour eux, ces actions "sapent la crédibilité de l’Autorité palestinienne et affaiblissent le soutien populaire pour les pourparlers de paix israélo-palestiniens".

imrimer cet article Impression
Envoyer par mail
Destinataire  :
(email du destinataire)

De la part de 
(entrez votre nom)

(entrez votre email)



Sur le même sujet :

entretien avec JF Legrain | 19 mars 2010

Afp | 2 mars 2010

L’Orient le Jour | 1er mars 2010

el Watan | 27 février 2010

Hassan Moali | 16 février 2010

Joël David | 13 février 2010

Serge Dumont | 7 février 2010

vidéo | 29 janvier 2010

Nimer Sultany | 25 janvier 2010

Actualités :

Gups... | 21 mars 2010

FSU | 21 mars 2010

AFP et CJPMO | 21 mars 2010

NouvelObs | 21 mars 2010

Baudouin Loos | 20 mars 2010

R.I. | 20 mars 2010

al Ahram | 20 mars 2010

Michel Warschawski | 19 mars 2010

Fares Chahine | 19 mars 2010

Conseil oecuménique des Eglises | 19 mars 2010


L'AFPS soutient le peuple Palestinien dans sa lutte pour la réalisation de ses droits nationaux. Elle agit pour une paix réelle et durable, fondée sur l'application du droit international. Lire la charte
Dans une volonté d'information large, afin que nos lecteurs puissent avoir des outils d'analyse de la situation en Palestine et aussi en Israël, l'Afps traduit et publie des auteurs divers. L'opinion des auteurs que nous publions ne reflète pas nécessairement celle de l'Afps.
Site conçu avec le logiciel libre SPIP.