Accueil >> Informations >> Actualités >>
Israël : à droite toute
publié le samedi 14 février 2009

Dominique Vidal
 
Il faut aux médias un étonnant aveuglement pour analyser les élections législatives israéliennes du 10 février 2009 comme une victoire de Kadima et de sa chef de file Tzipi Livni.

Si, selon les résultats non définitifs publiés mercredi matin, la liste de cette dernière semblait effectivement arrivée en tête, avec un siège d’avance sur le Likoud de M. Benjamin Netanyahou, la caractéristique principale du scrutin n’en reste pas moins un très net déplacement vers la droite et l’extrême droite du centre de gravité de la vie politique.

Les chiffres le prouvent : le Likoud est passé, entre 2006 et 2009, de 12 à 27 sièges, Israël notre maison, la formation de M. Avigdor Lieberman, de 11 à 15 et l’Union nationale de 9 à 4 [1], soit, au total, un bond de 32 à 46 députés – sur 120. Certes, de nombreux électeurs ont voté pour M. Lieberman en tant que Russe ou que partisan de la laïcité – et notamment du mariage laïc, inexistant en Israël. Mais cette nuance n’en diminue pas vraiment l’importance du coup de barre à droite. D’autant que, pour bien faire, il faudrait comptabiliser ici une partie non négligeable de l’électorat de Kadima (28 sièges, -1) et des formations religieuses (19 sièges, +1).

Cette poussée à droite correspond bien sûr à un nouveau recul de la « gauche » – si ce mot a un sens s’agissant du Parti travailliste, faucon à l’extérieur et néolibéral à l’intérieur. Si le ministre de la défense Ehoud Barak espérait que son offensive contre Gaza lui vaudrait un regain de popularité, il s’est – encore une fois – trompé : son parti est tombé de 19 à 13 sièges. Et, à ses côtés, le « nouveau Meretz », qui a soutenu le lancement de l’opération, n’a que 3 députés, contre 5 pour l’ancien. Quant aux partis dits « arabes » (le Front démocratique Haddash est un mouvement judéo-arabe), ils n’ont pas souffert du mot d’ordre de boycott, obtenant même un député de plus qu’en 2006 (11 contre 10).

Il est évidemment trop tôt pour proposer une analyse complète de ces tendances, qu’expliquent sans doute plusieurs raisons :

-  Les premières tiennent à la conjoncture très particulière de ce scrutin, tenu sur la lancée de l’offensive contre Gaza. Dans un climat de manipulation des médias, l’inquiétude pour la capacité de défense d’Israël – remise en cause symboliquement par les roquettes du Hamas, après celles du Hezbollah – a fait passer les préoccupations sécuritaires loin devant les questions économiques et sociales. La quête d’un homme fort, capable « d’imposer les conditions d’Israël aux Arabes », a sans doute amené des électeurs opposés à la politique néolibérale de la droite à voter néanmoins pour MM. Netanyahou ou Lieberman…

-  Mais ce consensus nationaliste, voire belliciste, renforcé par l’atmosphère guerrière, s’explique aussi par une donnée structurelle de la scène politique israélienne depuis une dizaine d’années : aucune force représentative ne porte une politique alternative. Le vieux mot d’ordre « Ein brera » (nous n’avons pas le choix) a d’autant plus facilement repris du service qu’aucun parti – sauf les formations dites « arabes » et, parfois, le Meretz –, ne répond : « Il y a un autre choix ». Seules les voix des anticolonialistes, singulièrement isolées, défendent la perspective d’un Etat palestinien indépendant, fondé sur les résolutions des Nations unies.

-  Dernier point, sans doute le plus inquiétant : la mobilisation anti-arabe ne vise plus seulement les Palestiniens de Cisjordanie et de la bande de Gaza, mais aussi, plus ouvertement que jamais, ceux d’Israël même. M. Lieberman a en effet été rejoint, à des degrés divers, dans la remise en cause du statut des citoyens palestiniens par M. Netanyahou et même par Mme Livni. Et cette atteinte majeure à ce qu’il est convenu d’appeler la « démocratie » israélienne s’accompagne d’une menace pour l’avenir : les « Arabes israéliens » auraient vocation à vivre… dans le futur Etat palestinien. Comme pour compléter les expulsions de 1948 et 1967…

[1] La coalition de l’Union nationale, le parti d’extrême droite fondé par M. Benny Begin, comptait parmi ses membres, en 2006, l’ex-Parti national religieux, qui se présentait cette fois de manière indépendante et a obtenu 3 sièges sous le nom de « Maison juive ».

publié par le Monde diplomatique

[http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2009-02-11-Israel(> http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2009-02-11-Israel]

imrimer cet article Impression
Envoyer par mail
Destinataire  :
(email du destinataire)

De la part de 
(entrez votre nom)

(entrez votre email)



Sur le même sujet :

Uri Avnery – 6 mars 2010 | 12 mars 2010

Afp | 5 mars 2010

Marc Henry | 3 mars 2010

Uri Avnery – 27 février 2010 | 2 mars 2010

Joël David | 28 février 2010

Michel Warschawski | 25 février 2010

Ouri Daniel | 23 février 2010

Uri Avnery – 13 février 2010 | 23 février 2010

Agnès Rotivel | 18 février 2010

Actualités :

Baudouin Loos | 20 mars 2010

R.I. | 20 mars 2010

al Ahram | 20 mars 2010

Michel Warschawski | 19 mars 2010

Fares Chahine | 19 mars 2010

Conseil oecuménique des Eglises | 19 mars 2010

Alain Gresh | 18 mars 2010

Yves Jardin | 18 mars 2010

Claude Angeli | 18 mars 2010

entretien avec Hanna Amireh, du CE de l’OLP | 17 mars 2010


L'AFPS soutient le peuple Palestinien dans sa lutte pour la réalisation de ses droits nationaux. Elle agit pour une paix réelle et durable, fondée sur l'application du droit international. Lire la charte
Dans une volonté d'information large, afin que nos lecteurs puissent avoir des outils d'analyse de la situation en Palestine et aussi en Israël, l'Afps traduit et publie des auteurs divers. L'opinion des auteurs que nous publions ne reflète pas nécessairement celle de l'Afps.
Site conçu avec le logiciel libre SPIP.