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Dans Gaza : "Il n’y a plus un seul centimètre carré où l’on se sent en sécurité"
publié le mercredi 31 décembre 2008

Benjamin Barthe
 
Alors que les journalistes se voient interdits d’entrée à Gaza, signe sinistre qu’Israël entend poursuivre le massacre à huis clos, ils récoltent des témoignages à distance

C’était samedi 27 décembre dans le centre-ville de Gaza, quelques minutes avant qu’un déluge d’acier ne s’abatte sur la tête de ses habitants. Khalil Shahin, employé du Centre palestinien pour les droits de l’homme, quittait son domicile, dans le quartier de Tel Al-Hawwa, pour rejoindre son bureau. Contacté par téléphone depuis Jérusalem, il raconte "le tremblement de terre" survenu aux alentours de 11 h 30 locales : "Il y a eu une déflagration monstrueuse. J’ai vu l’un des miradors du complexe de la Sécurité préventive [un des anciens services de sécurité du Fatah] voler en l’air et s’empaler 30 mètres plus loin dans la façade d’un immeuble."

Dans la rue principale, les cris de panique de dizaines d’enfants qui venaient de sortir de l’école se mêlent aux hurlements des parents et aux gémissements des blessés éparpillés sur le sol. "Il y a alors eu une seconde frappe, poursuit Khalil Shahin, d’une voix blanche. Quatre bombes en trente secondes sur un immeuble qui abrite une association de défense des prisonniers. Les treize étages qui étaient heureusement vides se sont effondrés comme un château de cartes."

Depuis ce raid inaugural, les vagues de bombardements s’enchaînent comme dans un remake de "Choc et effroi", l’opération américaine de pilonnage de Bagdad, en ouverture de la seconde guerre du Golfe, en 2003. Pour le ministre de la défense israélien, Ehoud Barak, il s’agit de "changer les règles du jeu" qui prévalaient jusque-là dans le conflit avec le Hamas.

Au nombre de ces nouvelles normes figure l’interdiction faite aux journalistes étrangers de pénétrer dans la bande côtière palestinienne, pour des raisons "de sécurité", jugées peu plausibles. Contre cette mesure "intolérable", l’Association de la presse étrangère en Israël et dans les territoires occupés palestiniens a déposé un recours devant la Cour suprême israélienne, qui devrait être discuté mercredi 31 décembre. Dans l’attente de la décision des juges, Le Monde a choisi de récolter des témoignages par téléphone, auprès de sources connues, dont il a pu tester la fiabilité par le passé.

"Ce n’est pas une attaque contre le Hamas, c’est une attaque contre le peuple de Gaza", s’écrie Ola Salama, une employée de la Commission électorale centrale, résumant l’état d’esprit général des habitants. Dans la nuit de dimanche à lundi, cette jeune mère de famille frissonnait sous deux couches de couvertures. Comme tous ses voisins, elle avait ouvert en grand ses fenêtres afin d’éviter les projections de verre en cas d’explosion. "Soudain, une vive lumière a envahi la chambre et tout s’est mis à voler autour de moi", raconte-t-elle.

L’Université islamique, située en face de son domicile, venait d’être touchée par une salve de missiles. Bien qu’il serve de pépinière au mouvement islamiste, cet établissement attire aussi le gratin des étudiants de Gaza, barbus ou non. L’état-major israélien affirme, sans fournir de preuve, que des armes y étaient entreposées. Il recourt à une argumentation similaire pour justifier la destruction d’une série de mosquées ainsi que d’une vaste villa qui hébergeait, dans les années d’Oslo, les invités de marque du régime palestinien.

"L’armée bombarde tous azimuts, dit Ola Salama. Samedi, trois enfants qui jouaient en face de chez moi ont été tués par un missile qui a raté sa cible. Le même jour, huit étudiants d’un centre de formation des Nations unies ont aussi été tués. Je déteste les islamistes, mais quand j’entends Abou Mazen [le président palestinien Mahmoud Abbas] accuser le Hamas, je me mets à le détester lui aussi."

Selon Khalil Shahin, la majorité des victimes de l’opération "Plomb durci" sont des civils. Parmi eux, des dizaines de simples policiers, fauchés dans le bombardement de leur cérémonie de remise des diplômes, samedi. "En droit international, un policier est un civil", souligne M. Shahin.

Pour les gens de Gaza, l’enjeu consiste désormais à tenir. A supporter les nuits glacées, le bruit de fond des drones et le fracas aliénant des explosions, qui s’ajoutent aux coupures de courant, à la pénurie de gaz et au rationnement en pain, liés au blocus israélien. "Il n’y a plus un seul centimètre carré où l’on se sent en sécurité, dit Samir Skaik, le gérant d’un hôtel. C’est pire que les bombardements de Beyrouth à l’été 2006, et de Bagdad en 2003, car notre territoire en comparaison est minuscule."

Une chose intrigue les Palestiniens, quand elle ne les ravit pas : la faiblesse des pertes d’Ezzedine Al-Kassam, la branche armée du Hamas. "L’armée israélienne a anéanti la totalité des édifices du Hamas, mais elle n’a pas véritablement entamé ses forces vives, dit Bilal Jadallah, un journaliste. On ne voit pas les combattants d’Al-Kassam dans les rues. Ils se sont évanouis dans la nature. C’est ça le problème d’Israël." Pour tenter de le résoudre, les stratèges de Tsahal pourraient choisir de déclencher une opération terrestre.

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