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Une idéologie chasse l’autre
publié le samedi 1er novembre 2008 Yassine El-Haj Saleh La crise financière, se demande Yassine El-Haj Saleh, va-t-elle permettre de corriger les abus de la politique néolibérale et impérialiste menée par Washington depuis 2001 ?
Entre septembre 2001 et septembre 2008, l’Amérique et le monde ont beaucoup changé. Nous savons ce qui s’est passé après septembre 2001 : les Etats-Unis, pleins d’illusions et sûrs d’eux-mêmes, se sont précipités en Afghanistan, puis en Irak pour occuper ces pays. Ils ont déclaré une sorte d’état d’urgence mondial, ce qui leur a permis de mener à leur guise la prétendue “guerre contre le terrorisme”. Ils ont agi seuls, unilatéralement, contre la volonté des Nations unies et de certains de leurs alliés. Nous savons également ce qui s’est passé pendant les sept années qui ont suivi : les Etats-Unis se sont embourbés en Irak et ont renoncé, de fait, à la doctrine Bush et au projet d’exporter la démocratie au Moyen-Orient. En revanche, nous ne savons pas encore ce qui va se passer maintenant, à la suite de septembre 2008. On assistera probablement à un retour du réalisme en matière de politique internationale. De même, la politique américaine, intérieure aussi bien qu’extérieure, sera probablement moins idéologique, et l’on cessera de faire aveuglément confiance aux recettes néolibérales et aux vertus du marché. On parlera sans doute moins de la nécessité de généraliser le modèle américain à l’échelle de la planète sous la bannière de la démocratisation. Il n’existe pas de lien direct entre les répercussions de septembre 2001 et la crise financière d’aujourd’hui, mais l’état d’urgence économique – avec ce plan Paulson qui prévoit un budget de 700 milliards de dollars pour racheter les pertes des institutions financières et sauver le système bancaire – mettra un terme à l’état d’urgence militaire des frappes préventives. Parce qu’il n’y aura plus assez de ressources pour financer de nouvelles guerres. Parce que l’opinion publique et le Congrès s’opposeront désormais à des politiques de ce genre. Mais aussi parce que l’on assiste à une dégradation abrupte et probablement durable de la confiance accordée aux politiques mélangeant néolibéralisme et impérialisme. Il ne faut pas céder à la tentation de prédire l’avenir à un moment où la crise est encore loin d’être achevée. Dans le monde arabe, certains s’appliquent à relativiser les ennuis des Etats-Unis et à prédire leur prompt rétablissement ; d’autres se réjouissent un peu vite des événements en espérant que cela ouvrira des perspectives de renaissance pour la région. Ces attitudes relèvent d’un réflexe profondément ancré chez les Arabes, qui consiste à se réjouir du malheur des autres en assistant aux événements en spectateur sans jamais prendre la moindre initiative. Après la vague d’expansionnisme américain de l’après-septembre 2001, y aura-t-il une vague d’isolationnisme dans l’après-septembre 2008 ? Ce serait une bonne nouvelle. Cela permettrait à la diversité du monde de s’épanouir au lieu d’être réprimée. De même, cela contribuerait à hâter l’avènement d’un “monde apolaire”, selon l’expression de Richard Haas. Sauf que les mieux placés pour en profiter seraient les électrons libres de l’activisme politique, comme l’Iran. En revanche, aucun pays arabe n’apparaît à l’horizon pour s’engouffrer dans la brèche. Car les Arabes, au lieu de développer leur propre politique, préfèrent se ranger derrière les autres, et surtout derrière les Américains. Cela s’explique par le prisme tribal et clanique prénational de leurs régimes, qui cherchent surtout à garantir leur propre maintien au pouvoir. L’isolationnisme américain pourrait également avoir un effet libérateur pour le débat d’idées, écrasé depuis deux décennies par des intellectuels qui ont annoncé le plus sérieusement du monde la fin des idéologies, la fin des [épopées nationales] et finalement la fin de l’Histoire. Il n’était pas facile de s’opposer à eux puisque leur discours semblait être étayé par le “sens de l’Histoire” ; mais le changement de ce dernier va causer des heurts, des rebondissements et des doutes qui auront un effet libérateur pour la pensée. Néanmoins, l’idéologie de la fin de l’Histoire risque d’être remplacée par l’idéologie du retour : retour de la religion, comme on le voit déjà, mais également retour de l’économie, retour de Marx et du socialisme. Or l’idéologie du retour risque d’être le retour aux idéologies du passé, quand on disait que l’émancipation et la liberté de l’homme étaient conditionnées par l’adhésion à une doctrine rédemptrice, par le renoncement aux libertés individuelles, par l’embrigadement des esprits et par le contrôle des consciences. Un retour au temps de la guerre froide serait non seulement peu convaincant, mais surtout non désirable. publié par Al Hayat publié en français par Courrier international http://www.courrierinternational.com/article.asp ?obj_id=90428 |
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