Washington dit non au gouvernement palestinien

L’Orient le Jour, vendredi 16 février 2007

Washington refuse d’avance de coopérer avec le futur cabinet d’union nationale pales­tinien alors que le gou­ver­nement Hamas démis­sionne, et qu’Abbas reconduit Haniyeh au poste de Premier ministre.

Le gou­ver­nement pales­tinien issu du Hamas a démis­sionné hier, après moins d’un an de règne marqué par une crise politico-​​financière sans pré­cédent, pour ouvrir la voie à la mise en place d’un cabinet d’union avec le parti rival du Fateh. Tou­tefois, les États-​​Unis ont fait savoir au pré­sident pales­tinien, Mahmoud Abbas, qu’ils ne trai­te­raient pas avec le futur gou­ver­nement d’union.

Le Premier ministre issu du Hamas, Ismaïl Haniyeh, a remis la démission du gou­ver­nement pales­tinien actuel au pré­sident Mahmoud Abbas, le chef du Fateh, qui l’a aus­sitôt chargé par décret de former un cabinet d’union. « Nous avons lancé aujourd’hui la pro­cédure de for­mation du gou­ver­nement d’union nationale. Le frère Ismaïl Haniyeh m’a pré­senté la démission de son gou­ver­nement et je l’ai chargé de former un nouveau cabinet », a affirmé M. Abbas lors d’une confé­rence de presse à Gaza aux côtés de M. Haniyeh.

Il a espéré que la mise en place d’un cabinet d’union, après plu­sieurs mois de dis­cus­sions et de vio­lences par­ti­sanes meur­trières, « inau­gurera une nou­velle ère pales­ti­nienne dans laquelle le peuple vivra en paix et en sécurité ». « En tant que chef du gou­ver­nement actuel, je vous pré­sente ma démission afin de per­mettre le lan­cement des démarches consti­tu­tion­nelles pour la for­mation d’un gou­ver­nement d’union », a indiqué M. Haniyeh.

Les deux diri­geants semblent avoir aplani les diver­gences de der­nière minute qui avaient surgi, notamment, sur l’attribution de cer­tains por­te­feuilles minis­té­riels. M. Abbas a lu un décret dans lequel il a annoncé avoir accepté la démission du Premier ministre et demandé au gou­ver­nement actuel d’expédier les affaires cou­rantes jusqu’à l’entrée en fonc­tions de ce gou­ver­nement d’union, le premier dans l’histoire des Pales­ti­niens. Il a précisé que M. Haniyeh dis­posait d’un délai de cinq semaines pour former le nouveau cabinet et le lui pré­senter avant de le sou­mettre à l’approbation du Par­lement. « Je vous invite aussi à res­pecter les réso­lu­tions arabes et inter­na­tio­nales et les accords signés par l’Organisation de libé­ration de la Palestine (OLP) », a pour­suivi M. Abbas, confor­mément à l’accord de La Mecque (Arabie saoudite).

M. Abbas et le numéro un du Hamas, Khaled Mechaal, s’étaient mis d’accord sur la mise en place d’un gou­ver­nement d’union le 8 février lors d’une réunion de récon­ci­liation à La Mecque, après une crise poli­tique qui a dégénéré en combats meur­triers entre les deux groupes dans la bande de Gaza. Aux termes de cet accord, le Hamas doit dis­poser, outre de M. Haniyeh, de neuf ministres contre six pour le Fateh. Les postes-​​clés des Affaires étran­gères et des Finances doivent revenir à des indé­pen­dants alors que celui de l’Intérieur devait être attribué à une per­son­nalité indé­pen­dante choisie par le Hamas avec l’aval de M. Abbas.

Le gou­ver­nement issu du Hamas, considéré comme une orga­ni­sation ter­ro­riste par les États-​​Unis et l’Union euro­péenne, est paralysé depuis son entrée en fonc­tions fin mars par un boycott diplo­ma­tique et financier occi­dental et a dû faire face à une crise poli­tique interne sans pré­cédent avec le Fateh. La prin­cipale tâche du nouveau cabinet sera de tenter d’obtenir la fin de ce boycott. Les États-​​Unis et l’UE exigent, pour renouer avec le gou­ver­nement pales­tinien, que le Hamas recon­naisse expli­ci­tement Israël, les accords passés, et renonce à la violence.

La Maison-​​Blanche, par la voix de son porte-​​parole Tony Snow, a déclaré hier que les condi­tions des États-​​Unis res­taient les mêmes vis-​​à-​​vis d’un gou­ver­nement pales­tinien, à com­mencer par la recon­nais­sance du « droit à l’existence d’Israël », tout en réaf­firmant la volonté amé­ri­caine d’une « solution à deux États », israélien et palestinien.

Aupa­ravant en journée, le consul général amé­ricain à Jéru­salem, Jacob Walles, a informé M. Abbas du refus de Washington de traiter avec le futur cabinet d’union lors d’un entretien à Ramallah. « L’Administration amé­ri­caine a informé le pré­sident Abbas qu’elle refusait de traiter avec le nouveau gou­ver­nement pales­tinien car celui-​​ci ne remplit pas clai­rement les condi­tions posées par le quar­tette », a affirmé à l’AFP un res­pon­sable pales­tinien parlant sous couvert d’anonymat.

Les contacts entre les Amé­ri­cains et Abbas ne seront pas concernés par ce boy­cottage, même si les rap­ports se sont quelque peu dété­riorés entre Washington et le pré­sident modéré de l’Autorité pales­ti­nienne depuis l’accord de La Mecque. Cependant, l’aide de plus de 86 mil­lions de dollars annoncée par le pré­sident Bush pour les forces de sécurité contrôlées par M. Abbas est actuel­lement gelée par l’opposition d’une élue démo­crate. « J’ai bloqué en début de semaine der­nière (l’octroi) de ces 86 mil­lions de dollars », a déclaré Nita Lowey, pré­si­dente de la sous-​​commission bud­gé­taire chargée des Affaires étran­gères à la Chambre des repré­sen­tants. « Il est impé­ratif que nous com­pre­nions mieux à quoi est des­tinée cette sub­vention, et quelle est la situation sur le terrain » avant de pouvoir débloquer ces fonds, a ajouté Mme Lowey, indi­quant attendre des réponses du dépar­tement d’État.