Vol de terres palestiniennes à Jérusalem

Meron Rappaport, vendredi 21 janvier 2005

Une décision du gou­ver­nement israélien arrache aux Pales­ti­niens leurs pro­priétés à Jéru­salem -est

A Jérusalem-​​ est, le gou­ver­nement Sharon a mis en appli­cation en juillet dernier la Loi sur la Pro­priété des Absents contrai­rement à la poli­tique israé­lienne depuis que la loi a été étendue à Jéru­salem -est après la Guerre-​​ des-​​ 6-​​ jours.

Cette lois signifie que des mil­liers de Pales­ti­niens qui vivent en Cis­jor­danie vont perdre la pro­priété de leurs biens à Jéru­salem -est.

Les res­pon­sables gou­ver­ne­mentaux estiment que les biens tota­lisent des mil­liers de dunums [1], alors que d’autres esti­ma­tions indiquent qu’ils pour­raient se monter à la moitié de l’ensemble des pro­priétés de Jéru­salem -est.

La décision du gou­ver­nement en juillet confirme la décision prise un mois avant par le Comité minis­tériel pour les Affaires de Jéru­salem. Cette décision a été pré­sentée au Premier Ministre et au Pro­cureur général et a eu leur appro­bation, mais elle n’a été rendue publique que main­tenant et n’apparaît pas sur le site Internet du Bureau du Premier Ministre.

La Loi sur la Pro­priété des Absents de 1950 stipule, entre autres choses, qu ‘un absent est quelqu’un qui à l’époque de la guerre d’indépendance « se trouvait dans toute partie de la terre d’Israël qui ne faisait pas partie de la zone d’Israël », c’est à dire la Cis­jor­danie et la Bande de Gaza.

Selon la loi, les biens des absents sont trans­férés à l’autorité du Gardien des Pro­priétés des Absents, sans que l’absent puisse pré­tendre à la moindre com­pen­sation. Quand Jéru­salem s’est retrouvée sous la loi israé­lienne, le pro­cureur général de l »époque, Meir Shamgar, ordonna que la loi ne soit pas appliquée aux rési­dents de Cis­jor­danie pos­sédant des pro­priétés dans les parties de Jéru­salem qui deve­naient incluses dans l’état d’Israël. En 1993, le premier ministre Rabin a renouvelé cette directive.

Avec la construction récente de la barrière [2] dans la région de Jéru­salem, les pro­prié­taires de terres pales­ti­niens de Bethléem et Beit Jala ont demandé la per­mission de continuer à tra­vailler leurs champs qui se trouvent à l’intérieur de la juri­diction muni­cipale de Jéru­salem. L’état a répondu que « les terres ne leur appar­tiennent plus, qu’elles ont été remises au Gardien des Pro­priétés des Absents ». Sont en jeu des mil­liers de dunums de terres agri­coles où les Pales­ti­niens ont tou­jours cultivé des olives et de la vigne.

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le Mur d’annexion
Le Mur à Abu Dis, Jérusalem, le 30 11 2004

« La pro­priété de ces gens a été consi­dérée comme des biens d’absents, mais tant qu’il n’y avait pas la bar­rière, ces gens pou­vaient accéder à leurs à leurs pro­priétés et de leur point de vue tout allait bien » dit un haut res­pon­sable juri­dique impliqué dans l’affaire.« La bar­rière est le résultat du ter­ro­risme. Ce n’est pas juste qu’un homme devienne un absent parce son lien à sa terre a été coupé sans que ce soit de son fait. Mais la moralité est une chose et ce que disent nos lois une autre. »

Les pro­prié­taires de terres pales­ti­niens et leurs avocats israé­liens appellent cela « un vol de terre » et s’inquiètent de ce que les plans en pré­pa­ration du Ministère du Logement vont faire construire sur les biens des absents.

Meron Rap­paport [3]

[1] 1 dunum=1000m2

[2] le Mur d’annexion qu’Israël construit en Cis­jor­danie et que les Israé­liens, même ceux qui s’y opposent comme Rap­paport, appellent barrière/​​ de sépa­ration /​​ de sécurité

[3] jour­na­liste israélien qui le premier a rendu publique une carte du Mur d’annexion dans le journal de droite Yedioth Aha­ronoth, dont il a été licencié ensuite