Voguera, voguera pas ?

Accrochée à l’un des murs de la salle de conférence où s’est déroulée lundi 27 juin la réunion des différentes délégations participant à la flottille, cette image d’un bateau croisant au soleil levant sur une mer calme tiendrait-elle du mirage ?

Elise Barthet, mardi 28 juin 2011

Après des mois de campagne et de discussions, personne ne sait avec certitude d’où et quand appareilleront les dix navires qui doivent faire route vers Gaza. "Ce qui est certain, c’est que nous partirons, a assuré Dror Feiler, musicien suédois né en Israël et délégué des Juifs européens pour la paix. Les vrais magiciens ne font pas leur tour avant d’entrer en scène."

Destinée avant tout aux journalistes, la boutade a soulevé un tonnerre d’applaudissements dans la petite salle bondée et suffocante où s’étaient massés les militants. Venus pour la plupart d’Europe et des Etats-Unis, ils étaient une centaine, enthousiastes et bruyants, à clamer leur impatience à mettre les voiles. Certains arboraient des pancartes et des tee-shirts aux slogans évocateurs, écrits blanc sur noir. D’autres, parmi lesquels Jean-Paul Lecoq (député PCF du Havre) et Nicole Kil-Nielsen (députée européenne d’Europe Ecologie-Les Verts) portaient fièrement en bandoulière leurs écharpes d’élus. Emportée par l’élan collectif, la délégation américaine a entonné une version remaniée de la chanson Let It Shine. Quelque chose qui sonnait comme "All the way to Gaza, please God, let it sail" :

Face à cette turbulente assemblée, les membres du comité de pilotage de la flottille ont pris le temps de s’exprimer à tour de rôle pour réaffirmer chacun leur volonté d’en finir avec le "siège de Gaza". Un blocus mainte fois qualifié d’"illégal" et que les participants semblent bien décidés à briser malgré les obstacles qui se dressent encore sur leur chemin. "Nous sommes portés par un vaste mouvement populaire, a insisté Vangelis Pissias, de la délégation grecque. L’opération n’est pas dirigée contre l’Etat d’Israël ni contre ses citoyens, mais contre la politique d’un gouvernement qui prive un peuple entier de ses droits fondamentaux."

A en croire cet ancien leader étudiant blanchi par les années, les organisateurs ont de bonnes raisons d’être optimistes, malgré les plaintes déposées contre trois bateaux auprès des autorités maritimes. Les 5 000 tonnes d’aide humanitaire rassemblées par les différentes délégations sont d’ores et déjà en cours de chargement à bord des deux cargos censés les acheminer vers Gaza. Les dockers du Pirée se sont engagés "par solidarité" à finir de remplir les cales, malgré la grève générale qui menace de paralyser le pays à partir de mardi. "Tout est prêt pour le départ. Reste à obtenir l’autorisation des autorités grecque. Le gouvernement est sous pression. S’il nous bloque, nous trouverons bien un moyen de le contourner".

Côté français, la délégation était fière d’annoncer que le Dignité-Al Karama avait quitté L’Île-Rousse sans encombre samedi. Thomas Sommer-Houdeville a souligné que les autorités à Paris n’avaient rien fait pour empêcher le départ du navire. Chaleureusement applaudi, il a comparé le sens de la campagne "aux paroles d’une vieille chanson grecque entendue ce matin à la radio. Ça disait quelque chose comme ’Je ne suis pas un terroriste, je suis une victime de l’amour.’ C’est ce que nous apportons, l’amour et l’espoir. Ce n’est pas un hasard si nous avons appelé notre bateau The Audacity of Hope [L’audace d’espérer, nom emprunté à un livre de Barack Obama]", a renchéri Ann Wright, ancienne colonel de l’armée américaine.

Elise Barthet