Visite du Ministre palestinien Ashraf al-​​Ajrami au Luxembourg

mardi 4 mars 2008

"Il faut libérer les détenus pales­ti­niens et à défaut amé­liorer les condi­tions de détention !"

Visite du Ministre pales­tinien Ashraf al-​​Ajrami au Luxem­bourg Hier une délé­gation pales­ti­nienne s’est rendue à Luxem­bourg, pour une entrevue avec le Ministre des Affaires Etran­gères, Jean Asselborn et la ren­contre avec les orga­ni­sa­tions pour la paix. Cette visite a été rendue pos­sible par le CPJPO en entente avec la Délé­gation Générale de la Palestine à Bruxelles. Ce rendez-​​vous a été pos­sible suite à la ren­contre de la délé­gation avec le sous-​​comité de la Com­mission Euro­péenne pour les Droits de l’Homme à Bruxelles.

Avant la ren­contre avec le Ministre Jean Asselborn, Ashraf al-​​Ajrami (Ministre Pales­tinien des Détenus et Ex-​​Détenus) et Fawa Ibrahim Bar­gouthi (Comité pour la Libé­ration de Marouane Bar­gouthi) ont ren­contré les médias et asso­cia­tions oeu­vrant pour la paix. Lors de cette entrevue Ashraf al-​​Ajrami a rappelé que la Palestine est sous le joug de l’occupation depuis 1967 et que depuis plus 700.000 Pales­ti­niens ont été incar­cérés dans les prisons israé­liennes. Ceci revenant à dire que chaque ménage pales­tinien a eu au moins un membre de famille mis en détention.

Actuel­lement non mois de 10.000 pales­ti­niens sont incar­cérés et parmi eux 355 jeunes âgés entre 13 et 17 ans, dont cer­tains sont condamnés à des peines allant jusqu’à 20 années d’emprisonnement. 98 femmes sont également détenues dans des condi­tions sani­taires innom­mables. 48 par­le­men­taires, démo­cra­ti­quement élus (et souvent réélus malgré le fait d’être empri­sonnés NdR) crou­pissent dans geôles de l’occupant. Beaucoup de détenus souffrent de maladies graves, telle le diabète ou des soucis cardio-​​vasculaires. Dans aucun cas le maintien en détention est conforme aux règles de droit international.

Une situation qui est aggravée par le fait, que selon la légis­lation israé­lienne la torture est léga­lisée, ceci dans le cadre de mesures sécu­ri­taires spé­ciales, qui sont de bien entendu appliqués d’office à tout res­sor­tissant pales­tinien. Le pla­cement dans les divers centres de détention est aussi un grand pro­blème pour les familles, les­quelles doivent souvent prendre des temps de voyage de 20 heures sur eux, quand de nom­breuses mesures n’empêchent pas la visite. (Les pales­ti­niens âgés de 17 à 45 ans n’ont géné­ra­lement pas de droit de visite NdR) Il en découle que la majorité des détenus venant de Gaza n’ont pas pu voir leurs familles depuis huit mois.

Un autre pro­blème est celui des détenus admi­nis­tratifs, qui peuvent selon la légis­lation israé­lienne été main­tenus en détention jusqu’à 5 ans, sans qu’une accu­sation soit for­mulée et sans qu’un jugement n’ait été pro­noncé. 1.400 pales­ti­niens sont concernés par cette mesure, qui est souvent assu­jettie d’isolement, ce qui revient à admettre l’application d’une double peine. Très grave aussi le fait que la nour­riture manque et que les pri­son­niers soient obligés de payer pour celle-​​ci. En ce il doit être rendu public, que les trans­ferts d’argent qui viennent d’autres pays arabes, sont en règle générale retenus car consi­dérés illicites.

Le volet médical aussi démontre une injustice frap­pante et près de 200 détenus sont morts en raison du manque de soins. Ceci ayant été confirmée par une enquête israé­lienne. Les centres de soins en milieu car­céral ne peuvent recueillir au maximum 1.000 malades, ce qui est lar­gement insuf­fisant au vu des besoins réels. Nom­breux sont aussi les faits sur détenus, qui sont pro­digués par les sur­veillants israé­liens, dans l’impunité totale. Souvent les raisons sont inexis­tantes pour de tels actes et dans cer­tains cas il arrive que les détenus soient sanc­tionnés abu­si­vement et même mis à l’amende.

Si en Europe un détenu à droit à un espace minimum de 3 m2, en Israël celui-​​ci dépasse rarement 1 m2, ce qui démontre clai­rement la situation de sur­charge et les pro­blèmes sani­taires qui en découlent. Pour autant que Israël sait média­tiser l’emprisonnement du Soldat Gilad Shalit, le monde n’est souvent pas ou mal informé sur les condi­tions de détention des mil­liers de palestiniens.

Le rôle du Ministère des Détenus et Ex-​​Détenus

La fonction pri­maire du Ministre Ashraf al-​​Ajrami (lui-​​même incarcéré pendant 12 ans dans une prison israé­lienne NdR) et de son ministère est de donner une assis­tance judi­ciaire au détenus et de mettre à dis­po­sition les moyens finan­ciers qui leur per­mettent de payer leur ali­men­tation au quo­tidien, mais aussi de garantir un revenu minimum aux familles. Le ministre est bien entendu aussi l’interlocuteur des auto­rités israé­liennes, auprès des­quelles il inter­vient quasi quo­ti­dien­nement pour une amé­lio­ration des condi­tions de détention. Il semble avéré qu’il est hélas peu entendu, ou que du moins ses doléances ne veulent recevoir la recon­nais­sance nécessaire.

Dans un deuxième temps son ministère se charge aussi de la réha­bi­li­tation des détenus libérés, aux­quels sont pro­digués une aide finan­cière et un soutien per­mettant la reso­cia­li­sation. Il garantit avec rela­ti­vement peu de moyens un accès à l’éducation la for­mation et les soins de santé. En ce aussi, il serait important, sinon bienvenu, que l’UE se remette en cause et puisse allouer un support financier, de manière à per­mettre la conti­nuité et la qualité de l’aide qui se doit d’être donnée. Sans ce, nom­breux peuvent être les can­didats contraints à reprendre la lutte ; une lutte souvent inégale, mais inévi­table tant l’injustice est grande.

Comité de Libération Marouane Bargouthi

Fadwa Ibrahim, repré­sen­tante du comité pour la libé­ration du diri­geant pales­tinien Marouane Bar­gouthi condamné en 2004 à réclusion cri­mi­nelle à per­pé­tuité, suite à l’accusation d’être res­pon­sable d’avoir com­mandité cinq meurtres, se fait forte de jus­tifier quelques points le concernant.

Cette détention, qui avant le jugement s’inscrivait dans les mesures dites de "détention admi­nis­trative", n’aurait de fait rien à faire avec les faits qui lui sont reprochés, mais serait basée sur des raisons poli­tiques. Avocat de for­mation, Marouane Bar­gouthi était le chef du Fatah en Cis­jor­danie. Il fut long­temps considéré comme étant le suc­cesseur potentiel de feu le Pré­sident Yasser Arafat. Il a tou­jours nié les faits qui lui ont été reprochés. Sa condam­nation est donc perçue comme la punition du peuple palestinien.

Il a été le premier par­le­men­taire à s’être vu mis en détention, 47 autres élus le sui­vrant dans le cal­vaire car­céral. Bien qu’il reste par­tisan d’une solution reposant sur la coexis­tence paci­fique de deux Etats, israélien et pales­tinien, il peut être considéré comme un "déçu d’Oslo". (faisant réfé­rence aux accords d’Oslo de 1993 NdR) Empri­sonné en 2002, il était mis en iso­lement pour trois ans et sa femme Fadwa Ibrahim, elle-​​même avocate n’a pas été admise comme avocat à la défense par les auto­rités israé­liennes. Il n’aura en tout se temps pas ou peu pu voir sa famille. Sa fille n’aura pu le retrouver que pour un moment et ce après quatre années de séparation.

Fadwa Ibrahim dit donc clai­rement que la question des pri­son­niers est un des thèmes sen­sibles en Palestine. Les condi­tions de détention ont aussi un impact consé­quent sur la condition humaine, qui perdure encore long­temps après leur libé­ration. Elle aura vu de ses propres yeux des enfants de deux ans, retrouver leur papa en com­pagnie de per­sonnes étran­gères à leur famille, en raison des mesures sta­tuant la res­triction de visite pour tout res­sor­tissant pales­tinien âgé entre 17 et 45 ans.

En tant que mère, Fadwa Ibrahim sait et com­prend ce que ressent la maman de Gilad Shalit. Mais il faut aussi se rendre compte du res­senti des mil­liers de mères pales­ti­niennes dont les fils sont incar­cérés en Israël. Elle ne réclame pas non plus à qui que soit d’adhérer aveu­glement à la cause pales­ti­nienne, mais sou­haite que la justice soit res­pectée. Le cas de Marouane concerne des mil­liers de pales­ti­niens, qui lui donnent tou­jours leurs voix lors d’élections et ceci bien qu’il soit incarcéré.

Libérer les détenus sans distinction !

Ashraf al-​​Ajrami précise aussi, suite aux ques­tions des jour­na­listes, que la demande de mise en liberté n’est en aucun cas liée à l’appartenance idéo­lo­gique des concernés. Tout ce fait dans le respect de l’égalité, seul Israël fait un choix, des déci­sions dans les­quelles il peut tout juste inter­venir en émettant un "avis". Certes le ministère est aussi en quelque sorte d’admettre des prio­rités, mais celles-​​ci se réduisent aux plus anciens, enfants, femmes et malades, dans le respect de leur durée de détention. A noter que 54% des détenus sont d’appartenance ou proche du Fatah.

Entendu par le Comité des Droits de L’homme de la Commission Européenne

Le ministre aura à notre demande, aussi parlé de la ren­contre avec le Comité des Droits de L’homme de la Com­mission Euro­péenne. Une ren­contre qu’il juge fertile, ayant eu tout le temps néces­saire pour rendre compte de la situation pales­ti­nienne telle qu’elle se pré­sente à ce jour. La visite devrait donc avoir un impact concret, car les membres du comité se posent ouver­tement la question pourquoi rien ne se fait. La pré­si­dente Hélène Flautre (Ecolos) aura exprimé son mécon­ten­tement se rap­portant à l’absence de l’ambassadeur d’Israël, bien qu’ayant été invité à suivre les débats et éven­tuel­lement de répondre aux divers reproches qui sont faits à Israël.

Le comité aura pourtant pris la décision d’adresser une lettre au gou­ver­nement israélien, enjoi­gnant ce dernier à revoir la situation. Ce même comité, nous aura dit Ashraf al-​​Ajrami, entend étudier les pos­si­bi­lités per­mettant d’envoyer une com­mission d’enquête en Israël, pour pouvoir statuer par des infor­ma­tions propres sur la situation des détenus pales­ti­niens. Ils veulent aussi des réponses quand aux mesures prises en termes de "détention admi­nis­trative". Normal dès lors que le ministre se soit montré satisfait, que le comité ait promis d’agir et de main­tenir le contact avec son ministère.

Il notera tou­tefois qu’il lui reste incom­pré­hen­sible, pourquoi l’Union Euro­péenne s’insurge si souvent quand les droits des hommes sont bafoués dans d’autres pays du monde et reste silen­cieuse à l’égard des vio­la­tions qui ont lieu en Israël. Le cas de "l’occupation israé­lienne" est unique en son genre et tout le peuple pales­tinien en souffre depuis des décennies. Pour Ashraf al-​​Ajrami le pro­blème des pri­son­niers n’est qu’un des nom­breux pro­blèmes qui doivent être résolus. "Il faut que cesse la poli­tique d’assassinat et de famine" s’est-il exprimé. "Malgré les cris de détresse la poli­tique mon­diale se tait, notamment l’Europe, qui un des par­te­naires écono­miques pri­maires de l’Etat d’Israël"

Rencontre avec Jean Asselborn

Indymedia-​​Letzebuerg a encore eu l’occasion de ren­contrer Ashraf al-​​Ajrami après son entrevue avec le Ministre des Affaires Etran­gères, Jean Asselborn. Une entrevue que le Ministre pales­tinien a perçue comme constructive et béné­fique sous dif­fé­rents aspects. Natu­rel­lement il aura réitéré à Jean Asselborn sa demande de soutien dans le cadre de la libé­ration des pri­son­niers, de l’amélioration de leurs condi­tions de détention et de toute l’aide que l’on peut accorder à son ministère en termes de réha­bi­li­tation et de réin­sertion pour les détenus libérés.

"Le ministre m’a promis de trans­mettre nos doléances au gou­ver­nement tout en confirmant son accord per­sonnel. Il veut le faire avec per­sis­tance et même réclamer un débat sur la question pales­ti­nienne au sein de l’internationale socia­liste." nous informe Ashraf al-​​Ajrami. Il s’attend après cette entrevue à un contact plus régulier avec le gou­ver­nement luxem­bour­geois et sou­haite celui-​​ci comme étant cordial. Lui aussi aura clai­rement fait savoir, qu’il ne réclame pas un consen­tement aveugle pour la cause pales­ti­nienne, mais qu’il est urgent que les lois inter­na­tio­nales soient res­pectées, sans quoi les pour­parlers de paix sont caducs.

Vendredi 29 Février 2008 info@​indymedia-​letzebuerg.​net