Vers des élections anticipées en Israël

Fares Chahine, dimanche 1er juin 2008

La pré­carité ins­ti­tu­tion­nelle a tou­jours fait partie du jeu poli­tique israélien pour éviter tout enga­gement, notamment avec les Palestiniens.

Malgré son refus de démis­sionner de son poste de Premier ministre, Ehoud Olmert, par ailleurs, chef du parti Kadima, créé par Ariel Sharon, l’une des per­son­na­lités israé­liennes connues pour sa poli­tique cri­mi­nelle à l’égard du peuple pales­tinien, risque d’être contraint de le faire dans un proche avenir, car les cri­tiques viennent actuel­lement de son propre camp ainsi que des ses par­te­naires au gouvernement.

Mis en cause dans une affaire de cor­ruption, Ehoud Olmert, qui souf­frait d’une impo­pu­larité inégalée par un Premier ministre israélien de quelque bord poli­tique qu’il soit, suite au revers subi durant la guerre de l’été 2006 contre le Hez­bollah libanais, pourrait vivre les der­niers jours à ce poste-​​clé dans le système poli­tique israélien. Selon un sondage publié jeudi, 70% des Israé­liens estiment qu’il doit démis­sionner. Tzipi Levni, membre de Kadima et ministre des Affaires étran­gères, can­didate à la suc­cession d’Olmert, a appelé son parti à se pré­parer à de nou­velles élec­tions. Kadima devrait com­mencer à se pré­parer pour tout éventuel scé­nario, y compris des élec­tions (anticipées).

Le chef du Parti tra­vailliste et actuel ministre de la Défense, Ehoud Barak, a menacé de pro­voquer une dis­so­lution de la Knesset au cas où Olmert poursuit son refus de quitter son poste. « Le Premier ministre et son parti doivent prendre des déci­sions. S’ils ne le font pas, nous le ferons à leur place », a déclarée Barak jeudi dernier.

Ces propos font suite au témoi­gnage acca­blant de l’homme d’affaires israélo-​​américain, Morris Talansky. Ce dernier a affirmé sous serment avoir versé, en 15 ans, près de 150 000 dollars en liquide à M. Olmert pour, selon lui, financer ses cam­pagnes élec­to­rales ou encore des vacances de luxe.

Engagés dans un pro­cessus de négo­cia­tions avec Olmert et son gou­ver­nement, ces remous à la tête du système poli­tique israélien inquiètent la direction de L’Autorité pales­ti­nienne et son pré­sident Mahmoud Abbas, qui espé­raient aboutir à un règlement du conflit israélo-​​palestinien avant la fin de l’année en cours. Des élec­tions anti­cipées dans l’Etat hébreu pour­raient bloquer tous les contacts entre les deux parties jusqu’à la for­mation d’un nouveau gou­ver­nement et ce sera une reprise à zéro de tous le pro­cessus, alors que les Pales­ti­niens res­teront soumis à toute sorte de pressions.

Cet arrêt de contact ne mettra pas un terme à la poli­tique israé­lienne du fait accompli qui se pour­suivra sans relâche sur le terrain. Pour­suite de la construction du mur de sépa­ration raciste et de la colo­ni­sation en Cis­jor­danie occupée ainsi que du blocus contre la bande de Ghaza, dont les retombées sur la vie des citoyens sont car­rément désas­treuses. Ce scé­nario s’est répété à plu­sieurs reprises depuis le lan­cement du pro­cessus de paix israélo-​​palestinien en 1993, ce qui pousse à croire que c’est une poli­tique bien étudiée pour gagner plus de temps, afin d’achever sur le terrain ce qui est impos­sible sur la table des négo­cia­tions. Tous les pré­textes sont bons même si l’on doit mettre fin à la vie du Premier ministre, comme dans le cas de Yitzhak Rabin, qui fut tué par un extré­miste juif en novembre 1995.