Vérité contre vérité

Document Gush Shalom, lundi 13 décembre 2004

Un regard totalement différent sur le conflit /

Les Arabes pen­saient que les Juifs avaient été ins­tallés en Palestine par l’impérialisme occi­dental dans le but d’assujettir le monde arabe. Les sio­nistes, quant à eux, étaient convaincus que la résis­tance arabe à l’entreprise sio­niste était la simple consé­quence de la nature cruelle des Arabes et de l’islam.

Voir aussi la version ori­ginale en anglais, avec des photos his­to­riques, sur le site du gush-​​shalom : http://www.gush-shalom.org/Docs/Tru...

L’opinion publique israé­lienne doit recon­naître que, paral­lè­lement aux aspects positifs de l’entreprise sio­niste, une ter­rible injustice a été infligée au peuple palestinien.

Cela exige que l’on soit prêt à entendre et à com­prendre la position de la partie adverse dans ce conflit his­to­rique, de façon à établir un lien entre les deux expé­riences natio­nales et à les réunir dans un récit commun.

La tyrannie des mythes

1 - La confron­tation vio­lente qui a éclaté en octobre 2000 et que l’on a appelée « Intifada Al-​​Aqsa » n’est qu’une nou­velle phase du conflit his­to­rique qui a pris nais­sance avec la création du mou­vement sio­niste à la fin du XIXe siècle.

2 - Une cin­quième géné­ration d’Israéliens et de Pales­ti­niens est déjà née dans ce conflit. Le monde mental et matériel de cette géné­ration a été tota­lement façonné par cette confron­tation qui domine tous les aspects de leurs vies.

3 - Au cours de ce long conflit, comme dans toute guerre, une masse consi­dé­rable de mythes, de fal­si­fi­ca­tions his­to­riques, de slogans de pro­pa­gande et de pré­jugés se sont accu­mulés de part et d’autre.

4 - L’attitude des deux parties au conflit est construite sur la base de leurs récits his­to­riques, de la façon dont ils per­çoivent l’histoire du conflit au cours des 120 der­nières années. La version his­to­rique sio­niste et la version his­to­rique pales­ti­nienne se contre­disent tota­lement l’une l’autre, à la fois dans sa vision globale et dans presque chaque détail.

5 - Depuis le début du conflit jusqu’à ce jour, la direction sioniste/​israélienne a agi sans aucune prise en compte du récit pales­tinien. Même quand elle sou­haitait arriver à une solution, ses efforts étaient voués à l’échec du fait de l’ignorance des aspi­ra­tions natio­nales, des trau­ma­tismes, des craintes et des espoirs du peuple pales­tinien. Quelque chose de sem­blable s’est produit de l’autre côté, même s’il n’y a aucune symétrie entre les deux.

6 - Le règlement d’un conflit his­to­rique aussi long n’est pos­sible que si chaque partie est capable de com­prendre l’univers mental et poli­tique de l’autre et si elle est prête à parler avec elle d’égal à égal, « les yeux dans les yeux ». Les com­por­te­ments mépri­sants, auto­ri­taires, arro­gants, dépourvus de sen­si­bilité et igno­rants empêchent toute solution négociée.

7 - Les gou­ver­ne­ments israé­liens « de gauche » qui, à cer­taines époques, ont fait naître beaucoup d’espoir ont adopté les mêmes com­por­te­ments que ceux « de droite », ce qui a creusé un énorme fossé entre leurs pro­messes ini­tiales et leurs réa­li­sa­tions désas­treuses. (par exemple le passage au pouvoir d’Ehud Barak.)

8 - Une grande partie du vieux mou­vement de la paix (connu aussi comme « la gauche sio­niste » ou « le parti de la raison »), comme La Paix Main­tenant est aussi encline à de tels com­por­te­ments et, de ce fait, s’effondre en temps de crise.

9 - En consé­quence, la pre­mière tâche d’un nouveau camp de la paix israélien est de s’affranchir des concep­tions fausses et unilatérales.

10 - Cela ne veut pas dire qu’il faille auto­ma­ti­quement rejeter la version israé­lienne des choses et adopter sans réserves la version pales­ti­nienne ou inver­sement. Mais cela exige d’être prêt à entendre et com­prendre le point de vue de l’autre partie dans ce conflit his­to­rique, afin d’établir un lien entre les deux expé­riences natio­nales et de les réunir dans une version commune.

11 - Toute autre voie conduira à la per­pé­tuation du conflit, avec des périodes de tran­quillité appa­rente et de conci­liation fré­quemment inter­rompues par des confron­ta­tions vio­lentes entre les deux nations et entre Israël et le monde arabe. Étant donné le rythme de déve­lop­pement des armes de des­truction massive, de nou­velles phases d’hostilités pour­raient bien conduire à la des­truction des deux parties au conflit.

Les racines du conflit

12 - Le cœur du conflit est la confron­tation entre la nation israé­lienne juive et la nation pales­ti­nienne arabe. C’est essen­tiel­lement un conflit national, même s’il a des aspects reli­gieux, sociaux et autres.

13 - Le mou­vement sio­niste était, essen­tiel­lement, une réaction juive à l’émergence des mou­ve­ments nationaux en Europe qui tous étaient, à des degrés divers, anti­sé­mites. Rejetés par les nations euro­péennes, un certain nombre de Juifs ont décidé de se constituer eux-​​mêmes en nation séparée et, adoptant le nouveau modèle européen, d’établir un État national qui leur soit propre, au sein duquel ils pour­raient être maîtres de leur propre destin.

14 - Des raisons tou­chant à la tra­dition et reli­gieuses ont conduit le mou­vement sio­niste à choisir la Palestine (Eretz Israël en hébreu) pour y établir l’État juif. La maxime était : « Une terre sans peuple pour un peuple sans terre ». Cette maxime n’était pas seulement due à l’ignorance ; elle reflétait aussi l’arrogance qui carac­té­risait à l’époque l’attitude des Euro­péens à l’égard des non-​​Européens.

15 - La Palestine n’était pas une terre vide - ni à la fin du XIXe siècle ni à toute autre période. Á l’époque, un demi-​​million de per­sonnes vivaient en Palestine, arabes à 90%. Cette popu­lation s’est opposée, bien sûr, à l’incursion de colons étrangers sur sa terre.

16 - Le mou­vement national arabe a pris nais­sance presque en même temps que le mou­vement sio­niste, d’abord pour com­battre l’empire ottoman puis pour com­battre les régimes colo­niaux établis sur ses ruines à la fin de la Pre­mière guerre mon­diale. Un mou­vement arabe pales­tinien autonome se déve­loppa dans le pays après la création par les Bri­tan­niques d’un État séparé qu’ils appe­lèrent « Palestine » et au cours de la lutte contre l’infiltration sioniste.

17 - Depuis la fin de la Pre­mière guerre mon­diale, la lutte n’a jamais cessé entre deux mou­ve­ments nationaux, le mou­vement juif sio­niste et le mou­vement pales­tinien arabe, chacun d’entre eux voulant atteindre ses objectifs - des objectifs tota­lement incom­pa­tibles à l’intérieur du même ter­ri­toire. Cette situation demeure inchangée à ce jour.

18 - Comme la per­sé­cution des Juifs s’intensifiait en Europe et que les pays du monde fer­maient leurs portes aux juifs qui ten­taient de fuir l’enfer, le mou­vement sio­niste s’est ren­forcé. L’antisémitisme nazi, en pro­vo­quant une émigration massive de main-d’œuvre qua­lifiée, d’intellectuels, de tech­no­logie et de capital vers la Palestine, a trans­formé l’utopie sio­niste en un projet moderne réa­li­sable. L’Holocauste, qui causa la mort d’environ six mil­lions de Juifs, donna une force morale et poli­tique consi­dé­rable à la reven­di­cation des sio­nistes, conduisant à la création de l’État d’Israël.

19 - La nation pales­ti­nienne, témoin de l’accroissement de la popu­lation juive sur sa terre, ne pouvait pas com­prendre pourquoi elle devrait payer pour les crimes commis contre les Juifs par les Euro­péens. Les Pales­ti­niens s’opposèrent vio­lemment à la pour­suite de l’immigration juive et à l’acquisition de terres par les Juifs.

20 - La lutte entre les deux nations dans le pays a été res­sentie comme « la guerre des trau­ma­tismes ». La nation israélienne-​​hébraïque portait en elle le vieux trau­ma­tisme de la per­sé­cution des Juifs en Europe - les mas­sacres, les expul­sions mas­sives, l’Inquisition, les pogroms et l’Holocauste. Elle vivait avec la conscience d’être une victime éter­nelle. Le choc avec la nation arabe-​​palestinienne lui apparut comme une simple conti­nuation de la per­sé­cution antisémite.

21 - La nation arabe-​​palestinienne portait en elle la mémoire d’une longue oppression colo­niale, avec ses insultes et ses humi­lia­tions, ren­forcée par les sou­venirs his­to­riques des jours glo­rieux du temps des califes. Les Pales­ti­niens aussi vivaient avec la conscience d’être des vic­times, et la Naqba (catas­trophe) de 1948 leur appa­raissait comme la conti­nuation de l’oppression et de l’humiliation par les colo­ni­sa­teurs occidentaux.

22 - L’aveuglement total de chacune des deux nations à l’égard de l’existence nationale de l’autre a conduit inévi­ta­blement à des per­cep­tions fausses et déformées qui se sont pro­fon­dément enra­cinées dans la conscience col­lective de chacune. Ces per­cep­tions conti­nuent de condi­tionner les atti­tudes des uns à l’égard des autres jusqu’à ce jour.

23 - Les Arabes pen­saient que les Juifs avaient été ins­tallés en Palestine par l’impérialisme occi­dental pour imposer sa loi au monde arabe et pour prendre le contrôle de ses res­sources natu­relles. Cette conviction était étayée par le fait que le mou­vement sio­niste, dès sa nais­sance, s’est efforcé de faire alliance avec au moins une puis­sance occi­dentale pour venir à bout de la résis­tance arabe (l’Allemagne à l’époque de Herzl, la Grande-​​Bretagne depuis le projet Ouganda et la décla­ration Balfour jusqu’à la fin du mandat, l’Union Sovié­tique en 1948, la France depuis les années 1950 jusqu’à la guerre de 1967, les États-​​Unis depuis lors.) Il en est résulté une coopé­ration de fait dirigée contre le mou­vement national arabe entre le projet sio­niste et des puis­sances impé­ria­listes et colonialistes.

24 - Les sio­nistes, de leur coté, étaient per­suadés que la résis­tance arabe au projet sio­niste - dont l’objet était de sauver les Juifs des flammes en Europe - était sim­plement la consé­quence de la nature cruelle des Arabes et de l’islam. Les com­bat­tants arabes étaient des « bandits » et les sou­lè­ve­ments de l’époque des « émeutes ».

25 - En fait, le diri­geant sio­niste le plus extré­miste, Vla­dimir (Ze’ev) Jabo­tinsky, était presque le seul a avoir reconnu dans les années 1920 que la résis­tance arabe aux implan­ta­tions sio­nistes était inévi­table, qu’elle allait de soi et que, de son propre point de vue, c’était une juste réaction d’une popu­lation « autochtone » défendant son pays contre des enva­his­seurs étrangers. Jabo­tinsky recon­naissait aussi que les Arabes du pays consti­tuaient une entité nationale dis­tincte et il tournait en dérision les ten­ta­tives faites pour sou­doyer les diri­geants d’autres pays arabes afin de mettre fin à la résis­tance des Arabes de Palestine. Cependant Jabo­tinsky pré­co­nisait d’élever un « mur de fer » contre les Arabes et d’écraser leur résis­tance par la force.

26 - Ces per­cep­tions tota­lement contra­dic­toires des faits imprègnent tous les aspects du conflit. Par exemple, les Juifs consi­dé­raient leur lutte pour le « travail juif » comme une action sociale de progrès pour trans­former une popu­lation d’intellectuels, de com­mer­çants, d’intermédiaires et de spé­cu­la­teurs en ouvriers et en paysans. Les Arabes, quant à eux, y voyaient une action raciste des sio­nistes pour les expro­prier, les exclure du marché du travail et pour mettre en place sur leur ter­ri­toire une économie juive séparée dont les Arabes seraient exclus.

27 - Les sio­nistes étaient fiers de leur « rachat de la terre ». Ils l’avaient rachetée au prix fort avec l’argent recueilli auprès de Juifs du monde entier. Les « Olim » (les nou­veaux immi­grants, lit­té­ra­lement pèlerins) dont beaucoup avaient été des intel­lec­tuels et des com­mer­çants dans leurs vies pré­cé­dentes gagnaient désormais leur vie au prix d’un dur travail manuel. Ils étaient convaincus d’avoir réalisé tout cela par des moyens paci­fiques et sans dépos­séder un seul Arabe. Pour les Arabes, c’était l’histoire dou­lou­reuse d’une expro­priation et d’une expulsion : les Juifs ache­taient à des pro­prié­taires arabes, habitant des villes en Palestine ou à l’étranger, des terres qu’ils n’occupaient pas. Ils expul­saient ensuite par la force des paysans qui avaient cultivé ces terres pendant des géné­ra­tions. Les sio­nistes se sont fait aider dans cette tâche par les Turcs et plus tard par la police bri­tan­nique. Les Arabes voyaient avec désespoir leurs terres leur échapper.

28 - Contre l’affirmation des sio­nistes d’avoir réussi à « faire fleurir le désert », les Arabes citaient les témoi­gnages de voya­geurs euro­péens qui avaient, pendant plu­sieurs siècles, décrit la Palestine comme une terre rela­ti­vement peuplée et prospère, à l’égal de tous ses voisins dans la région.

Indépendance et catastrophe

29 - Le contraste entre les deux ver­sions natio­nales atteint un sommet au cours de la guerre de 1948 que les Juifs ont appelée « la guerre d’indépendance” ou même « la guerre de libé­ration » et que les Arabes ont appelée « el Naqba » c’est-à-dire la catastrophe.

30 - Alors que le conflit gagnait en intensité dans la région et compte tenu de l’impact consi­dé­rable de l’Holocauste, les Nations unies ont décidé le partage de la région entre deux États, un État juif et un État arabe. Jéru­salem et ses environs devaient demeurer une entité à part, sous juri­diction inter­na­tionale. Les Juifs se virent allouer 55% du ter­ri­toire, dont le désert dépeuplé du Néguev.

31 - La majorité du mou­vement sio­niste a accepté la réso­lution de partage, avec la conviction que la question essen­tielle était d’asseoir la sou­ve­raineté juive sur des fon­da­tions solides. Au cours de réunions en petit comité, David Ben Gourion n’a jamais fait mystère de son intention d’accroître à la pre­mière occasion la surface du ter­ri­toire attribué aux Juifs. Voilà pourquoi la décla­ration d’indépendance d’Israël n’a pas défini les fron­tières de l’État et qu’Israël ne les a tou­jours pas définies à ce jour.

32 - Le monde arabe n’a pas accepté le plan de partage et l’a considéré comme une ignoble ten­tative des Nations unies, qui était alors un club regroupant essen­tiel­lement des pays occi­dentaux et des pays com­mu­nistes, de diviser un pays qui ne leur appar­tenait pas. L’attribution de plus de la moitié du pays à la minorité juive qui repré­sentait seulement un tiers de la popu­lation rendait la chose d’autant plus impar­don­nable à leurs yeux.

33 - La guerre déclanchée par les Arabes après le plan de partage fut, inévi­ta­blement, une guerre « eth­nique » ; une guerre au cours de laquelle chaque camp s’efforce de conquérir autant de terrain que pos­sible et d’en chasser la popu­lation de l’autre camp. Une telle cam­pagne (que l’on a qua­lifiée plus tard de « net­toyage eth­nique ») implique tou­jours des expul­sions et des atrocités.

34 - La guerre de 1948 a été la suite directe du conflit entre les sio­nistes et les Arabes et chaque camp a cherché à réa­liser ses objectifs his­to­riques. Les Juifs vou­laient ins­taller un État national homogène sur un espace aussi vaste que pos­sible. Les Arabes vou­laient éradiquer l’entité sio­niste juive qui avait été fondée en Palestine.

35 - Les deux parties ont pra­tiqué le net­toyage eth­nique comme partie inté­grante du combat. Presque aucun arabe n’est resté dans les ter­ri­toires conquis par les Juifs et aucun juif n’est resté dans les ter­ri­toires conquis par les Arabes. Cependant, du fait que les ter­ri­toires conquis par les Juifs étaient très étendus alors que les Arabes n’avaient réussi à conquérir que des petites zones (comme le Bloc Etzion, le quartier juif de la vieille ville de Jéru­salem), le résultat a été inégal. (L’idée d’« échange de popu­la­tions » et celle de « transfert » ont été émises au sein des orga­ni­sa­tions sio­nistes dès les années 1930. Concrè­tement cela signi­fiait l’expulsion de la popu­lation arabe du pays. D’un autre coté, beaucoup parmi les Arabes esti­maient que les sio­nistes devaient retourner aux endroits d’où ils venaient.)

36 - Le mythe du « petit nombre contre le grand nombre » a été créé du coté juif pour décrire la situation de la com­mu­nauté de 650.000 per­sonnes opposée à l’ensemble du monde arabe : plus de 100 mil­lions d’individus. La com­mu­nauté juive a perdu 1% de sa popu­lation dans la guerre. Les Arabes ont eu une image tota­lement dif­fé­rente : un peuple arabe frag­menté, sans direction nationale digne de ce nom, sans com­man­dement unifié pour diriger de maigres forces sous-​​équipées en arme­ments, obso­lètes pour la plupart, face à une com­mu­nauté juive très bien orga­nisée, rompue au maniement d’armes qu’elle recevait à pro­fusion (en par­ti­culier du bloc sovié­tique). Les pays arabes voisins ont trahi les Pales­ti­niens et, quand ils ont fini par envoyer leurs armées en Palestine, ils sont entrés en com­pé­tition les uns avec les autres, sans coor­di­nation ni plan commun. Tant du point de vue social que mili­taire, les moyens de combat des Israé­liens étaient très supé­rieurs à ceux des États arabes à peine sortis de l’ère coloniale.

37 - Le plan de partage des Nations unies attri­buait 55% du ter­ri­toire de la Palestine à l’État juif, État dans lequel les Arabes repré­sen­te­raient presque la moitié de la popu­lation. Pendant la guerre, l’État juif étendit ses ter­ri­toires et finit par s’attribuer 78% de la surface de la Palestine, presque vidée de sa popu­lation arabe. Les popu­la­tions arabes de Nazareth et de quelques vil­lages de Galilée sont restées, presque par hasard ; les vil­lages situés dans le Tri­angle furent donnés à Israël par le roi Abdallah dans le cadre d’un accord passé avec lui ; leurs habi­tants ne pou­vaient de ce fait en être chassés.

38 - Au cours de la guerre, 750.000 Pales­ti­niens ont été déra­cinés. Cer­tains, qui se trou­vaient dans des zones de combat, s’étaient enfuis comme le font les civils dans toutes les guerres. Cer­tains furent conduits à fuir par des actes de terreur, comme le mas­sacre de Deir-​​Yassin. D’autres furent métho­di­quement chassés au cours d’opérations de net­toyage ethnique.

39 - Le fait que les réfugiés n’aient pas été auto­risés à rentrer chez eux après la fin des combats, comme cela se fait après une guerre conven­tion­nelle, n’est pas moins important que l’expulsion des gens. Tout au contraire, le nouvel État d’Israël a considéré le départ des Arabes comme une béné­diction et a entrepris de raser com­plè­tement quelques 450 vil­lages arabes. De nou­veaux vil­lages juifs furent construits sur les ruines ; ils ont souvent repris leur ancien nom sous une forme hébraïque. Les quar­tiers aban­donnés dans les villes ont été remplis de nou­veaux immi­grants. Dans les manuels sco­laires israé­liens toute mention des habi­tants anté­rieurs a été supprimée.

« Un État juif »

40 - La signature des accords d’armistice au début de 1949 n’a pas mis fin au conflit his­to­rique. Au contraire il lui a fait franchir un nouveau degré plus intense.

41 - Le nouvel État d’Israël a consacré ses pre­mières années d’existence à conso­lider son caractère d’État juif homogène. D’énormes sur­faces de terres ont été expro­priées aux dépens des « absents » (les réfugiés à qui l’on inter­disait de revenir), aux dépens aussi de ceux que l’on qua­li­fiait de « pré­sents absents » (des Arabes qui étaient restés en Israël mais aux­quels on avait refusé la citoyenneté israé­lienne) et même aux dépens de citoyens arabes d’Israël dont la majeure partie des terres furent saisies. Sur ces terres un dense réseau de com­mu­nautés juives a été créé. Des immi­grants juifs furent invités et même incités à venir en masse. Ce grand effort a permis de mul­ti­plier plu­sieurs fois la popu­lation de l’État en peu d’années.

42 - Dans le même temps, l’État a pour­suivi une poli­tique éner­gique pour effacer l’entité nationale pales­ti­nienne. Avec l’assistance des Israé­liens, le roi Abdallah de Trans­jor­danie a pris le contrôle de la Cis­jor­danie et, depuis lors, il y a eu en fait une garantie mili­taire israé­lienne de l’existence de ce qui est devenu le Royaume hachémite de Jordanie.

43 - La prin­cipale raison de l’alliance entre Israël et le Royaume hachémite, depuis déjà trois géné­ra­tions, est d’empêcher la création d’un État pales­tinien indé­pendant et viable. Un tel État était, et est tou­jours, considéré par les auto­rités israé­liennes comme un obs­tacle potentiel à la réa­li­sation de l’objectif sioniste.

44 - Un chan­gement his­to­rique est intervenu à la fin des années 1950 du coté pales­tinien lorsque Yasser Arafat et ses com­pa­gnons ont fondé le Mou­vement de Libé­ration de la Palestine (Fatah), non seulement pour diriger le combat contre Israël mais aussi pour libérer la cause pales­ti­nienne de la tutelle des gou­ver­ne­ments arabes. Ce n’est pas par hasard que ce mou­vement est né après l’échec de la grande vague pan­arabe dont le pro­ta­go­niste le plus connu était Gamal Abd-​​el-​​Nasser. Jusqu’alors, beaucoup de Pales­ti­niens avaient espéré s’intégrer dans une nation unie pan­arabe. Lorsque cet espoir s’est évanoui, l’identité pales­ti­nienne séparée s’est réaffirmée.

45 - Au début des années 1960, Gamal Abd-​​el-​​Nasser a créé l’Organisation de Libé­ration de la Palestine (OLP), prin­ci­pa­lement pour empêcher des actions pales­ti­niennes indé­pen­dantes qui auraient pu l’engager malgré lui dans une guerre avec Israël. L’Organisation était conçue pour imposer un contrôle égyptien sur les Pales­ti­niens. Cependant, après la déroute arabe de la guerre de juin 1967, le Fatah, dirigé par Yasser Arafat, a pris le contrôle de l’OLP qui est depuis lors le seul repré­sentant du peuple palestinien.

« La guerre des Six-​​Jours »

46 - Comme tous les autres événe­ments sur­venus au cours des 120 der­nières années, la guerre de juin 1967 est vue sous un éclairage très dif­férent par chacune des deux parties. Selon le mythe israélien, elle a été une guerre de défense déses­pérée qui laissa mira­cu­leu­sement une grande quantité de terres aux mains des Israé­liens. Selon le mythe pales­tinien, Israël a entraîné les diri­geants d’Égypte, de Syrie et de Jor­danie dans une guerre à laquelle il avait intérêt, dans le but dès l’origine de s’emparer du reste de la Palestine.

47 - Beaucoup d’Israéliens pensent que la « guerre des Six-​​Jours » est la racine de tout le mal et que c’est alors seulement que l’Israël paci­fiste et pro­gres­siste s’est trans­formé en conquérant et en occupant. Cette conviction leur permet de pré­tendre à l’absolue pureté du sio­nisme et de l’État d’Israël jusqu’à ce moment de l’histoire et de pré­server leurs vieux mythes. Il n’y a rien de vrai dans cette légende.

48 - La guerre de 1967 était encore une nou­velle phase de la vieille lutte engagée entre les deux mou­ve­ments nationaux. La nature n’en était pas changée, les cir­cons­tances seules étaient dif­fé­rentes. Les objectifs essen­tiels du mou­vement sio­niste - un État juif, l’expansion, et la colo­ni­sation - ont été pour­suivis par l’adjonction d’encore plus de ter­ri­toires. Les cir­cons­tances par­ti­cu­lières de cette guerre n’ont pas permis un net­toyage eth­nique complet, mais plu­sieurs cen­taines de mil­liers de pales­ti­niens ont néan­moins été expulsés.

49 - Le plan de partage de 1947 attri­buait à Israël 55% de la Palestine, puis 23% sup­plé­men­taires furent conquis lors de la guerre de 1948 et main­tenant les 22% res­tants, au delà de la « Ligne verte » (la ligne d’avant l’armistice de 1967) le sont aussi. En 1967, Israël ras­sembla par inad­ver­tance sous son autorité toutes les com­po­santes du peuple pales­tinien qui res­taient dans le pays (y compris des réfugiés).

50 - Dès la fin de la guerre, le mou­vement de colo­ni­sation des ter­ri­toires occupés a com­mencé. Presque toutes les com­po­santes de l’échiquier poli­tique israélien y ont pris part - depuis le messianico-​​nationaliste « Gush Emunim » jusqu’au Mou­vement uni des Kib­boutz « de gauche ». Les pre­miers colons avaient le soutien de la plupart des hommes poli­tiques, de gauche comme de droite, de Ygal Alon (la colonie juive de Hebron) à Shimon Peres (la colonie de Kedumim).

51 - Le fait que tous les gou­ver­ne­ments d’Israël ont favorisé et déve­loppé les colonies, bien qu’à des degrés divers, prouve que l’incitation à implanter de nou­velles colonies n’était pas le fait d’un camp idéo­lo­gique par­ti­culier mais que cela impli­quait l’ensemble du mou­vement sio­niste. L’impression que seule une petite minorité a assuré le déve­lop­pement du pro­cessus de colo­ni­sation est une l’illusion. Seule une action vigou­reuse de tous les éléments du gou­ver­nement, impli­quant tous les minis­tères, depuis 1967, pouvait pro­duire l’infrastructure légis­lative, stra­té­gique et bud­gé­taire qu’exige une entre­prise aussi longue et aussi coûteuse.

52 - L’infrastructure légis­lative accrédite l’hypothèse men­songère que l’autorité d’occupation est le pro­prié­taire de « terres appar­tenant au gou­ver­nement » bien qu’elles consti­tuent les réserves de terres indis­pen­sables à la popu­lation pales­ti­nienne. Il va sans dire que l’activité de colo­ni­sation contre­vient au droit international.

53 - Le désaccord entre les par­tisans du « Grand Israël » et ceux du « com­promis ter­ri­torial » est essen­tiel­lement un désaccord sur les moda­lités de réa­liser l’aspiration sio­niste de base qui leur est commune : un État juif homogène sur un ter­ri­toire aussi vaste que pos­sible, mais sans une « bombe démo­gra­phique à retar­dement ». Les par­tisans du « com­promis » mettent l’accent sur l’aspect démo­gra­phique et veulent éviter d’inclure la popu­lation pales­ti­nienne dans l’État d’Israël. Les par­tisans du « Grand Israël » mettent l’accent sur l’aspect géo­gra­phique et estiment - en privé ou en public - qu’il est pos­sible d’expulser la popu­lation non juive du pays (nom de code « transfert »).

54 - L’état-major de l’armée israé­lienne a joué un rôle important dans la pla­ni­fi­cation et l’implantation des colonies. Il a établi la carte des colonies (en accord avec Ariel Sharon) : groupes de colonies avec des routes de contour­nement et de rac­cor­dement aux grands axes rou­tiers découpant la Cis­jor­danie et la bande de Gaza et empri­sonnant les Pales­ti­niens dans des enclaves isolées, entourées de colonies et de forces d’occupation.

55 - Les Pales­ti­niens ont eu recours à plu­sieurs méthodes de résis­tance, prin­ci­pa­lement des raids à partir du Liban et de la Jor­danie ainsi que des attentats à l’intérieur d’Israël et dans le monde. Ces actes sont qua­lifiés de « ter­ro­risme » par les Israé­liens, tandis que les Pales­ti­niens les consi­dèrent comme des actes de résis­tance légitime d’un peuple occupé. Alors que les Israé­liens consi­dé­raient la direction de l’OLP, avec à sa tête Yasser Arafat, comme un quartier général ter­ro­riste, celle-​​ci a été pro­gres­si­vement reconnue au plan inter­na­tional comme le « seul repré­sentant légitime » du peuple palestinien.

56 - Á la fin de 1987, lorsque les Pales­ti­niens ont pris conscience que ces actions ne per­met­taient pas de mettre un terme au pro­cessus d’implantation de colonies qui pro­gres­si­vement leur enlevait la terre de dessous les pieds, ils ont lancé l’Intifada - un sou­lè­vement popu­laire spontané de tous les sec­teurs de la popu­lation. Pendant cette (« pre­mière ») Intifada, 1500 Pales­ti­niens ont été tués, dont des cen­taines d’enfants ; c’est plu­sieurs fois le nombre des pertes israé­liennes, mais cela a remis le « pro­blème pales­tinien » à l’ordre du jour des ins­tances israé­liennes et internationales.

Le processus de paix

57 - La guerre d’octobre 1973, qui a com­mencé par de pre­miers succès par sur­prise des forces égyp­tiennes et syriennes et s’est ter­minée par leur défaite, a convaincu Yasser Arafat et ses proches com­pa­gnons que la réa­li­sation des aspi­ra­tions natio­nales pales­ti­niennes par des voies mili­taires était impos­sible. Il a décidé de se tourner vers une option poli­tique qui conduirait à un accord avec Israël et per­met­trait aux Pales­ti­niens, par des négo­cia­tions, de constituer un État indé­pendant dans au moins une partie du pays.

58 - Pour pré­parer le terrain, Arafat prit des contacts avec des per­son­na­lités israé­liennes capables d’exercer une influence sur l’opinion publique et la poli­tique du gou­ver­nement. Ses émis­saires (Saïd Hamami et Issam Sar­taoui) ont ren­contré des pion­niers de la paix israé­liens qui, à la fin de 1975, créé le « Conseil israélien pour la paix israélo-​​palestinienne ».

59 - Ces contacts, de plus en plus fré­quents, de même que la las­situde crois­sante des israé­liens face à l’Intifada, le désen­ga­gement jor­danien officiel de la Cis­jor­danie, l’évolution de la situation inter­na­tionale (l’effondrement du bloc com­mu­niste, la guerre du Golfe) ont abouti à la Confé­rence de Madrid et, plus tard, aux accords d’Oslo.

Les accords d’Oslo

60 - Les accords d’Oslo com­portent des éléments positifs et des éléments négatifs.

61 - Pour ce qui est des éléments positifs, les accords ont conduit pour la pre­mière fois Israël à recon­naître offi­ciel­lement le peuple pales­tinien et sa direction nationale et le mou­vement national pales­tinien à recon­naître l’existence d’Israël. Á cet égard, les accords - et les échanges de lettres qui les ont pré­cédés - ont eu une portée his­to­rique considérable.

62 - En fait, les accords don­naient au mou­vement national pales­tinien une base ter­ri­to­riale sur le sol de la Palestine, la structure d’un « État en voie de consti­tution » et des forces armées - faits qui joue­raient un rôle important dans le dérou­lement de la lutte des Pales­ti­niens. Pourles Israéliens,lesaccords ouvraient les portes du monde arabe et met­taient fin aux attaques pales­ti­niennes - pour autant que les accords soient réel­lement appliqués.

63 - Le défaut le plus important des accords tenait au fait que le but final n’était pas formulé, ce qui per­mettait à chacune des parties de pour­suivre des objectifs tota­lement dif­fé­rents. Les Pales­ti­niens voyaient dans les accords inté­ri­maires une voie royale vers la fin de l’occupation et l’établissement d’un État pales­tinien dans l’ensemble des ter­ri­toires occupés (qui dans leur ensemble repré­sentent 22% de la surface de la Palestine his­to­rique entre la Médi­ter­ranée et le Jourdain). D’autre part, les gou­ver­ne­ments israé­liens suc­cessifs les consi­dé­raient comme un moyen de main­tenir leur occu­pation dans des parties impor­tantes de la Cis­jor­danie et de la bande de Gaza, le « gou­ver­nement autonome » pales­tinien jouant le rôle d’auxiliaire de sécurité pour pro­téger Israël et les colonies

64 - Étant donné que le but final n’était pas défini, les accords d’Oslo n’ont pas marqué le com­men­cement d’un pro­cessus pour mettre fin au conflit, mais plutôt l’entrée dans une nou­velle phase du conflit.

65 - Étant donné la diver­gence entre les attentes des deux parties et le fait que chacune restait entiè­rement pri­son­nière de sa propre « version » nationale, chaque article des accords a été inter­prété dif­fé­remment. En fin de compte, de nom­breux éléments des accords sont restés lettre morte, surtout de la part d’Israël (par exemple : le troi­sième retrait, les quatre pas­sages sécu­risés entre la Cis­jor­danie et la bande de Gaza).

66 - Pendant toute la période du « pro­cessus d’Oslo », Israël a continué sa vigou­reuse expansion des colonies, d’abord en créant de nou­velles colonies sous divers pré­textes, en déve­loppant celles qui exis­taient déjà, en construisant un réseau dense de routes de contour­nement, expro­priant des terres, démo­lissant des maisons, déra­cinant des plan­ta­tions etc. Les Pales­ti­niens, de leur coté, met­taient à profit le temps pour accroître leurs forces, à la fois dans le cadre des accords et en dehors de ce cadre. En réalité la confron­tation his­to­rique s’est pour­suivie sans inter­ruption sous l’apparence de négo­cia­tions et du « pro­cessus de paix » qui est devenu le suc­cédané d’une paix réelle.

67 - Contrai­rement à l’image de lui que l’on a abon­damment exploité après son assas­sinat, Yitzhak Rabin a continué l’expansion « sur le terrain » tout en s’engageant dans le même temps dans le pro­cessus poli­tique de réa­li­sation d’une paix conforme à l’idée que s’en fai­saient les Israé­liens. Comme adepte du « récit » et de la mytho­logie sio­nistes, il était victime de dis­so­nance cog­nitive quand son désir sincère de paix entrait en conflit avec son univers conceptuel. On l’a vu lorsqu’il s’est abstenu d’évacuer la colonie juive d’Hébron après le mas­sacre par Gold­stein de musulmans en prière. Il semble qu’il n’ait com­mencé à assi­miler quelques éléments de l’« his­toire » pales­ti­nienne que vers la fin de sa vie.

68 - Le cas de Shimon Peres est bien plus acca­blant. Il s’est constitué une image inter­na­tionale d’artisan de la paix et il a même réussi à adapter son langage à cette image (« Le nouveau Moyen-​​Orient ») alors qu’il est demeuré fon­da­men­ta­lement un faucon sio­niste tra­di­tionnel. C’est apparu clai­rement pendant la brève et san­glante période où il a été Premier ministre après l’assassinat de Rabin en 1995 puis, de nouveau, lorsqu’il est entré dans le gou­ver­nement de Sharon en 2001 en acceptant de jouer le rôle de porte parole et d’apologiste de Sharon.

69 - C’est Ehud Barak qui a exprimé le plus clai­rement le dilemme israélien ; il est arrivé au pouvoir abso­lument convaincu qu’il pourrait trancher le nœud gordien du conflit his­to­rique par un coup spec­ta­cu­laire, à la façon d’Alexandre le Grand. Barak a abordé la question en ignorant tota­lement l’« his­toire » pales­ti­nienne, faisant preuve du plus profond mépris pour ce qu’elle exprimait. Il a formulé ses pro­po­si­tions sans aucune consi­dé­ration pour le point de vue pales­tinien et les a pré­sentées comme un ulti­matum. Il a été choqué et est devenu furieux quand les Pales­ti­niens les ont rejetées.

70 - Á ses propres yeux et aux yeux de l’opinion publique israé­lienne, Barak « avait remué ciel et terre » et fait aux Pales­ti­niens « plus d’offres géné­reuses qu’aucun des Pre­miers ministres qui l’avaient précédé ». En échange, il exi­geait que les Pales­ti­niens signent une décla­ration disant que ces offres consti­tuaient « la fin du conflit ». Pour les Pales­ti­niens c’était une absurdité dans la mesure où Barak leur demandait de renoncer à leurs aspi­ra­tions natio­nales fon­da­men­tales, comme le droit au retour et la sou­ve­raineté sur Jérusalem-​​Est, le Mont du Temple inclus. Qui plus est, l’annexion de ter­ri­toires que Barak pré­sentait comme des pour­cen­tages négli­geables (tels que les « blocs de colonies ») concernait, d’après les calculs des Pales­ti­niens, l’annexion réelle à Israël de 20% de la Cisjordanie.

71 - De leur point de vue, les Pales­ti­niens avaient déjà fait le maximum de conces­sions en acceptant d’installer leur État au-​​delà de la ligne verte, sur seulement 22% du ter­ri­toire de leur patrie his­to­rique. En consé­quence, ils n’accepteraient que de légères modi­fi­ca­tions de fron­tières dans le cadre d’un échange de ter­ri­toires. La position israé­lienne tra­di­tion­nelle est que les ter­ri­toires acquis lors de la guerre de 1948 ne peuvent faire l’objet d’aucune dis­cussion et que le com­promis néces­saire ne peut concerner que les 22% restants.

72 - Ainsi, comme c’est le cas avec beaucoup de termes et de concepts, le mot «  concession » ne signifie pas la même chose pour les deux parties. Les Pales­ti­niens croient qu’ils ont déjà « concédé » 78% de leur ter­ri­toire lorsqu’à Oslo ils ont accepté de n’en conserver que 22%. Les Israé­liens croient qu’ils font des « conces­sions » lorsqu’ils acceptent de « donner » aux Pales­ti­niens des parties de ces 22%.

73 - Les choses ont atteint leur paroxysme au Sommet de Camp David au cours de l’été 2000, sommet imposé à Arafat contre son gré et sans lui laisser de temps de le pré­parer. Les exi­gences de Barak, pré­sentées au Sommet comme étant celles de Clinton, étaient que les Pales­ti­niens acceptent de mettre fin au conflit en ne parlant plus du droit au retour et de tout retour de réfugiés en Israël. Ils devaient en outre accepter des arran­ge­ments com­plexes pour Jérusalem-​​Est et le Mont du Temple, sans obtenir de sou­ve­raineté sur ces lieux, accepter l’annexion par Israël d’importants blocs de colonies en Cis­jor­danie et dans la bande de Gaza, accepter une pré­sence mili­taire israé­lienne dans d’autres zones étendues (comme la vallée du Jourdain), accepter le contrôle par les Israé­liens des fron­tières entre l’État pales­tinien et le reste du monde. Il était tota­lement impos­sible à n’importe quel diri­geant pales­tinien de signer un tel accord et de convaincre son peuple de l’accepter ; de ce fait le sommet s’est terminé sans résultat. Peu de temps après, les mandats de Clinton et de Barak pre­naient simul­ta­nément fin, alors qu’Arafat était reçu en héros par les Pales­ti­niens pour avoir résisté sans céder aux pres­sions de Clinton et de Barak.

L’Intifada al Aqsa

74 - L’échec du Sommet, la dis­pa­rition de tout espoir d’accord entre les deux parties et la position incon­di­tion­nel­lement pro-​​israélienne des États-​​Unis ont inévi­ta­blement conduit à une nou­velle phase de confron­ta­tions vio­lentes que l’on a appelé « l’Intifada al-​​Aqsa ». Pour les Pales­ti­niens c’est un sou­lè­vement national jus­tifié contre une inter­mi­nable occu­pation qui a permis de continuer à tirer la terre sous leurs pieds. Pour les Israé­liens il s’agit d’une explosion de ter­ro­risme meur­trier. Les auteurs de ces attaques sont aux yeux des Pales­ti­niens des héros de la nation et pour les Israé­liens d’horribles cri­minels qu’il faut liquider.

75 - Les médias offi­ciels en Israël ont fré­quemment aban­donné le mot « colons » et, sur ordre des auto­rités, se sont mis à les appeler des « rési­dents », si bien que toute attaque contre eux appa­raissait comme un crime à l’encontre de civils. Les Pales­ti­niens voient dans les colons le fer de lance d’un ennemi dan­gereux venu les dépos­séder de leurs terres aux­quels il faut résister et qu’il faut attaquer.

76 - Pendant l’Intifada al-​​Aqsa, une grande partie du « Camp de la Paix » israélien s’est écroulé, démon­trant ainsi le faible enra­ci­nement de beaucoup de ses convic­tions. Dans la mesure où il n’a jamais fait l’effort d’un réel réexamen de l’histoire sio­niste et où ses membres n’ont jamais assimilé le fait qu’il y a aussi une his­toire pales­ti­nienne, les com­por­te­ments pales­ti­niens sem­blaient à ses membres tota­lement incom­pré­hen­sibles, surtout après que Barak eut « remué ciel et terre et fait des offres plus géné­reuses qu’aucun Premier ministre avant lui ». La seule expli­cation qui restait était que les Pales­ti­niens avaient trompé le Camp de la paix israélien, qu’ils n’avaient jamais eu réel­lement l’intention de faire la paix et que leur véri­table projet est de jeter les Juifs à la mer comme l’a tou­jours pré­tendu la droite sio­niste. Conclusion : « Nous n’avons pas de partenaire ».

77 - Il en est résulté que la fron­tière entre les sio­nistes de « droite » et ceux de « gauche  » a presque disparu. Les diri­geants du parti tra­vailliste ont rallié le gou­ver­nement Sharon et sont devenus ses apo­lo­gistes les plus effi­caces (e.g. Shimon Pérès) et même l’opposition for­melle de gauche est devenue inef­ficace. Cela a démontré une fois de plus que la vision ori­gi­nelle sio­niste de l’histoire est le facteur décisif d’unité entre tous les éléments du système poli­tique en Israël ; en temps de crise les dif­fé­rences entre eux perdent toute signification.

78 - L’Intifada al-​​Aqsa (encore appelée « seconde Intifada ») a porté l’intensité du conflit à un nouveau niveau. Au cours des trois pre­mières années, environ 2600 Pales­ti­niens et 800 Israé­liens ont été tués. Les opé­ra­tions mili­taires israé­liennes ont fait de la vie des Pales­ti­niens un enfer ; les villes et les vil­lages ont été séparés les uns des autres ; leur économie a été détruite et beaucoup de gens sont à la limite de la famine. Les exé­cu­tions extra­ju­di­ciaires de mili­tants pales­ti­niens (« liqui­da­tions ciblées »), tuant au passage des civils, sont devenues une routine. Les incur­sions dans les villes et les vil­lages pales­ti­niens pour tuer ou arrêter des sus­pects sont devenues quo­ti­diennes. Yasser Arafat, le diri­geant de la lutte pales­ti­nienne de libé­ration, empri­sonné dans son com­plexe de Ramallah (la Moukata) et dont la vie est constamment menacée est devenu le symbole suprême de la résis­tance à l’occupation.

79 - Contrai­rement aux attentes des diri­geants poli­tiques et mili­taires israé­liens, l’extrême pression mili­taire et écono­mique exercée sur la popu­lation pales­ti­nienne n’est pas par­venue à la briser. Même dans les cir­cons­tances les plus extrêmes, elle a réussi à main­tenir les appa­rences d’une vie normale et elle a trouvé les moyens de reprendre le combat. L’arme la plus efficace et la plus épou­van­table est constituée par les attentats sui­cides qui ont porté la confron­tation san­glante au centre des villes israé­liennes. L’Intifada a encore causé d’autres dom­mages à Israël en para­lysant le tou­risme et en arrêtant les inves­tis­se­ments étrangers, en creusant la dépression, en pro­vo­quant un ralen­tis­sement de l’économie nationale et l’effondrement des ser­vices sociaux, entraînant de ce fait un élar­gis­sement des frac­tures sociales et accroissant les ten­sions au sein de la société israélienne.

80 - Pour répondre aux attentats et spé­cia­lement aux attentats sui­cides dont l’impact sur le moral de la popu­lation est énorme, les diri­geants de la « gauche sio­niste » ont exigé la construction d’une bar­rière phy­sique entre Israël et les ter­ri­toires pales­ti­niens. Dans un premier temps, la « droite sio­niste » s’est opposée à cette « clôture de sépa­ration » crai­gnant qu’elle ne crée une fron­tière poli­tique à proximité immé­diate de la Ligne Verte. Mais Ariel Sharon a vite compris qu’il pourrait exploiter l’idée de clôture à ses propres fins. Il a com­mencé à édifier la bar­rière suivant un tracé cor­res­pondant à ses objectifs, avec des péné­tra­tions pro­fondes à l’intérieur des ter­ri­toires pales­ti­niens, réunissant les gros blocs de colonies à Israël et confinant les Pales­ti­niens dans des enclaves isolées, sous le contrôle d’Israël.

81 - Vers la fin de la troi­sième année de l’Intifada al-​​Aqsa, des signes clairs de las­situde de la guerre et aussi d’opposition à la bru­talité crois­sante de l’occupation pou­vaient être per­cep­tibles dans la société israé­lienne. Parmi ces signes, le mou­vement de refus chez les jeunes gens appelés sous les dra­peaux, la révolte de 27 pilotes de l’armée de l’air, le refus de l’unité de com­mando d’élite de l’état-major de par­ti­ciper à des opé­ra­tions « illé­gales et immo­rales », le com­mu­niqué commun de quatre anciens chefs des ser­vices de sécurité contre la pour­suite de l’occupation, la publi­cation des prin­cipes de paix de Sari Nus­seibeh et Ami Ayalon, l’initiative de Genève de Yossi Beilin et Yasser Abed Rabbo, la lutte en cours contre le Mur de sépa­ration, l’inflexion des posi­tions et du ton d’hommes poli­tiques et de commentateurs.

82 - Après l’invasion amé­ri­caine de l’Irak au début de l’année 2003, les États-​​Unis sont devenus plus sen­sibles aux consé­quences néga­tives du conflit israélo-​​palestinien. En raison des pres­sions exercées aux États-​​Unis par les puis­sants lobbys juif et chrétien fon­da­men­ta­liste qui ont beaucoup d’influence au sein de la Maison Blanche de Georges W. Bush, la capacité de l’administration amé­ri­caine à contribuer à une solution est très limitée. Malgré cela, un « quartet » com­prenant les USA, l’Union euro­péenne, la Russie et les Nations unies a réussi à pré­senter une « Feuille de route vers la Paix ».

83 - La Feuille de route de 2003 souffre du même défaut fon­da­mental que la Décla­ration de prin­cipes d’Oslo de 1993. Bien que, à la dif­fé­rence d’Oslo, elle défi­nisse concrè­tement un but (« deux États pour deux peuples »), elle ne précise pas où doivent se situer les fron­tières du futur État pales­tinien ; ce qui vide la « feuille » de son élément essentiel. Ariel Sharon a pu accepter la Feuille de route (avec 14 réserves la vidant de l’essentiel de son contenu) puisqu’il était tout à fait prêt à donner le nom d’« État Pales­tinien » aux enclaves pales­ti­niennes qu’il veut établir sur 10% du territoire.

84 - L’expérience d’Oslo et la nou­velle ten­tative de la Feuille de route montrent de façon pro­bante qu’un document qui cherche à pro­poser des phases inter­mé­diaires n’a pas de valeur, à moins de for­muler clai­rement dès son émission les détails de l’accord de paix final. Á défaut d’une telle for­mu­lation, il est tota­lement impos­sible de réa­liser les phases inter­mé­diaires. Lorsque chaque partie se bat pour un objectif final dif­férent, la confron­tation ne peut que rede­venir explosive à chaque nou­velle phase intérimaire.

85 - Sachant per­ti­nemment qu’il n’y a aucune chance de mise en œuvre effective de la Feuille de route, Sharon a pré­senté à la fin de l’année 2003 son projet de « pas uni­la­téraux ». C’est un nom de code pour désigner l’annexion d’environ la moitié de la Cis­jor­danie à Israël et le confi­nement des Pales­ti­niens dans des enclaves isolées, reliées seulement par des routes, des tunnels et des ponts sus­cep­tibles d’être coupés à tout moment. Le plan est conçu de telle façon qu’aucune popu­lation pales­ti­nienne ne soit incor­porée à Israël et qu’aucune réserve ter­ri­to­riale ne soit laissée aux enclaves pales­ti­niennes. Dans la mesure où le projet n’implique aucune négo­ciation avec les Pales­ti­niens mais prétend apporter « paix et sécurité » aux citoyens israé­liens, il peut tirer parti de l’aspiration crois­sante des Israé­liens à une solution sans entamer les pré­jugés et la haine des Israé­liens à l’encontre des Palestiniens.

86 - L’attaque générale du gou­ver­nement Sharon et des diri­geants de l’armée contre la popu­lation des ter­ri­toires occupés (agran­dis­sement des colonies, création de nou­velles colonies bap­tisées « avant-​​postes », construction de la « clôture de sépa­ration » et de « routes de contour­nement » réservées aux seuls colons, incur­sions de l’armée dans les villes pales­ti­niennes et « liqui­da­tions ciblées », démo­lition de maisons et arra­chement de plan­ta­tions) d’une part, les attaques pales­ti­niennes mor­telles à l’intérieur d’Israël d’autre part mettent les citoyens pales­ti­niens d’Israël dans une situation intolérable.

87 - La ten­dance natu­relle des Arabes citoyens d’Israël à aider leurs frères situés de l’autre côté de la Ligne Verte entre en conflit avec leur désir d’être acceptés comme des citoyens à part entière d’Israël. Dans le même temps, la peur et la haine de la popu­lation juive d’Israël contre tous les « Arabes » s’accroissent et menacent les fon­de­ments de l’égalité et des droits civils. Ces pro­cessus ont culminé lors des événe­ments d’octobre 2000, immé­dia­tement après le déclen­chement de l’Intifada al-​​Aqsa, lorsque la police israé­lienne a ouvert un feu meur­trier sur des citoyens arabes.

88 - Ces pro­cessus, avec la réémer­gence du « pro­blème démo­gra­phique » sur l’agenda israélien, laissent planer de nou­veaux doutes sur la doc­trine de « l’État juif démo­cra­tique ». La contra­diction interne entre ces deux qua­li­fi­catifs, non résolue depuis la création de l’État d’Israël ni en théorie ni en pra­tique, est plus que jamais évidente. Le sens exact de l’expression « État juif » n’a jamais été explicité, pas plus que le statut de la minorité arabe pales­ti­nienne dans un État offi­ciel­lement défini comme « juif ». La reven­di­cation de trans­former Israël en un « État de tous ses citoyens » et/​ou de recon­naître des droits nationaux précis à la minorité arabe pales­ti­nienne recueille de plus en plus d’audience et pas seulement chez les citoyens arabes.

89 - Il résulte de toutes ces évolu­tions que le conflit devient de moins en moins une confron­tation israélo-​​palestinienne et de plus en plus une confron­tation judéo-​​arabe. Le soutien apporté à Israël par la grande majorité de la dia­spora juive, sans tenir compte de ses actions et d’autre part l’adhésion des masses arabes et musul­manes à la cause pales­ti­nienne, indé­pen­damment des posi­tions de leurs diri­geants, ont ren­forcé le phé­nomène. L’assassinat des diri­geants du Hamas, Cheikh Ahmed Yacine en mars 2003 et Abd-​​al-​​Aziz al-​​Rantissi trois semaines plus tard, ont encore attisé davantage les flammes.

Un nouveau camp de la paix

90 - Le nouveau Mou­vement pour la paix doit être fondé sur la com­pré­hension que le conflit est un choc entre le Mou­vement sio­niste israélien, que son « code géné­tique » oriente vers la conquête de la totalité du pays avec l’expulsion de la popu­lation non juive, et le Mou­vement national pales­tinien, que son « code géné­tique » oriente vers l’opposition à cette conquête et l’établissement d’un État pales­tinien sur l’ensemble du pays. On peut y voir le choc entre une « force irré­sis­tible » et « un objet inébranlable ».

91 - La tâche du Mou­vement israélien pour la paix est de mettre fin au choc his­to­rique, de sur­monter le « code géné­tique » sio­niste israélien et de coopérer avec les forces de paix pales­ti­niennes, afin de rendre pos­sible une paix sur la base d’un com­promis his­to­rique qui conduira à la récon­ci­liation entre les deux peuples. Les forces de paix pales­ti­niennes ont une tâche sem­blable à accomplir.

92 - Pour cela des for­mu­la­tions diplo­ma­tiques d’un futur accord de paix ne suf­fisent pas. Le Mou­vement de la paix israélien doit être inspiré d’un esprit nouveau qui puisse toucher les cœurs de l’autre peuple, entraîner la foi dans la pos­si­bilité de la paix et gagner les cœurs des sec­teurs de la société israé­lienne pri­son­niers des vieux mythes et pré­jugés. Le Mou­vement de la paix doit s’adresser aux cœurs et aux esprits de l’ensemble des Israéliens.

93 - Les petits mou­ve­ments de la paix israé­liens consé­quents quant à leurs posi­tions, qui ont tenu bon et continué à lutter alors que la majeure partie du camp de la paix s’effondrait avec l’échec de Camp David et l’explosion de l’Intifada al-​​Aqsa, doivent jouer un rôle essentiel dans ce processus.

94 - Ces mou­ve­ments peuvent se com­parer à une petite roue animée par un moteur qui entraîne une roue plus grande qui à son tour met en mou­vement une roue encore plus grande et ainsi de suite jusqu’à ce que l’ensemble de la machi­nerie soit mise en route. Toutes les réa­li­sa­tions des forces de paix israé­liennes ont été obtenues de cette façon dans le passé : la recon­nais­sance par Israël de l’existence du peuple pales­tinien, l’acceptation par un large public de l’idée d’un État pales­tinien, l’ouverture à l’idée d’engager des négo­cia­tions avec l’OLP, d’accepter un com­promis sur Jéru­salem, etc.

95 - Le nouveau camp de la paix doit conduire l’opinion publique à un réexamen cou­rageux de « l’histoire nationale » pour la purger de ses erreurs. Il doit tra­vailler sin­cè­rement à faire la syn­thèse des ver­sions his­to­riques des deux peuples en une seule his­toire, exempte d’erreurs his­to­riques et accep­table par les deux parties.

96 - En se livrant à ce travail, il doit aussi aider le public israélien à prendre conscience qu’à coté des aspects nobles et positifs du projet sio­niste, une injustice ter­rible a été infligée au peuple pales­tinien. Cette injustice, d’une ampleur énorme pendant la « Naqba », nous fait une obli­gation d’en assumer la res­pon­sa­bilité et d’en cor­riger les effets autant que possible.

97 - Un accord de paix n’a de valeur que si les deux parties sont capables de l’accepter en esprit et en pra­tique, si tant est qu’il répond aux aspi­ra­tions natio­nales fon­da­men­tales et ne porte pas atteinte à la dignité et à l’honneur de la nation.

98 - Dans la situation actuelle il n’y a pas d’autre solution que celle qui se fonde sur le principe de « Deux États pour deux peuples », ce qui signifie la coexis­tence paci­fique dans deux États indé­pen­dants, Israël et Palestine.

99 - L’idée émise quel­quefois qu’il est pos­sible et sou­hai­table de rem­placer la solution des deux États par une solution d’un seul État entre la Médi­ter­ranée et le Jourdain, un État bi-​​national ou non national, est irréa­liste. La majorité des Israé­liens n’acceptera pas le déman­tè­lement de l’État d’Israël, tout comme, dans leur grande majorité, les Pales­ti­niens ne renon­ceront pas à un État qui leur soit propre. De plus, cette illusion est dan­ge­reuse en ce qu’elle sape les efforts pour une solution à deux États, réa­li­sable dans un avenir pré­vi­sible, en faveur d’une idée qui n’a aucune chance de se réa­liser au cours des pro­chaines décennies. Cette illusion peut aussi être mal uti­lisée et servir de pré­texte au maintien et à l’extension des colonies. Si l’on arrivait à créer un État conjoint, il devien­drait un champ de bataille, avec une partie luttant pour pré­server sa majorité en expulsant l’autre partie.

100 - Le nouveau camp de la paix doit for­muler un plan de paix basé sur les prin­cipes suivants :

a - L’occupation prendra fin. Un État pales­tinien indé­pendant et viable sera créé à côté d’Israël.

b - La Ligne Verte sera la fron­tière entre l’État d’Israël et l’État de Palestine. Des échanges limités de ter­ri­toires seront pos­sibles seulement par accord mutuel, dans le cadre de négo­cia­tions libres et sur la base de 1 pour 1.

c - Tous les colons seront évacués de l’État de Palestine et les colonies seront attri­buées aux réfugiés qui reviendront.

d - La fron­tière entre les deux États sera ouverte aux mou­ve­ments de per­sonnes et de biens et feront l’objet d’arrangements par accord mutuel.

e - Jéru­salem sera la capitale des deux États. Jérusalem-​​Ouest sera la capitale d’Israël et Jérusalem-​​Est la capitale de la Palestine. L’État de Palestine exercera une sou­ve­raineté com­plète sur Jérusalem-​​Est, y compris le Haram al-​​Charif (Mont du Temple). L’État d’Israël exercera une sou­ve­raineté com­plète sur Jérusalem-​​Ouest, y compris le Mur Occi­dental et le quartier juif. Les deux États se met­tront d’accord pour assurer l’unité de la ville au plan municipal.

f - Israël recon­naîtra, en principe, le droit au retour des réfugiés pales­ti­niens comme un droit humain inalié­nable, et assumera sa res­pon­sa­bilité morale pour la part qu’il a prise dans la création du pro­blème. Un Comité de Vérité et Récon­ci­liation établira les faits his­to­riques de façon objective. La solution du pro­blème sera obtenue par des accords fondés sur des consi­dé­ra­tions justes, équi­tables et pra­tiques et incluront le retour des réfugiés dans le ter­ri­toire de l’État de Palestine, le retour aussi d’un nombre limité d’entre eux, arrêté d’un commun accord, vers l’État d’Israël, le paiement d’indemnités et l’installation dans d’autres pays.

g - Les res­sources en eau feront l’objet d’un contrôle conjoint et seront allouées d’un commun accord de façon équitable.

h - Un pacte de sécurité entre les deux États garantira leur sécurité et prendra en consi­dé­ration les besoins par­ti­cu­liers dans ce domaine d’Israël et de la Palestine. L’accord sera avalisé par la com­mu­nauté inter­na­tionale et s’appuiera sur des garanties internationales.

i - Israël et la Palestine coopé­reront avec d’autres États de la région pour créer une com­mu­nauté régionale sur le modèle de l’Union Européenne.

j - La région entière sera rendue exempte d’armes de destruction massive.

101 - La signature de l’accord de paix et sa mise en œuvre honnête et de bonne foi conduira à la fin du conflit his­to­rique et à la récon­ci­liation entre les deux peuples, sur la base de l’égalité, du respect mutuel et en four­nissant un effort de coopé­ration maximale.