Unité nationale ?

Ghassan KHATIB, jeudi 21 septembre 2006

Alors que les négo­cia­tions sur le gou­ver­nement d’unité nationale, annoncé depuis plu­sieurs jours, sont blo­quées, retour avec Khatib (en août) sur les raisons de la nécessité du pro­cessus politique.

Avant la capture, le 25 juin, d’un soldat israélien dans la Bande de Gaza, le gou­ver­nement dirigé par le Hamas ren­con­trait un certain nombre de dif­fi­cultés tant par manque d’expérience qu’à cause du boycott israélien et inter­na­tional de ce gouvernement.

Ces dif­fi­cultés aggravées par le fait que toutes les parties rivales, y compris le Fatah et les fac­tions de l’OLP, se trou­vaient exclues du gou­ver­nement créant une oppo­sition rela­ti­vement forte, avaient com­mencé à pro­duire les germes d’une cri­tique publique du gouvernement.

Pour ces raisons et pour d’autres, le terrain était prêt pour un éventuel gou­ver­nement d’unité nationale. Après le 25 juin, avec la cam­pagne de vio­lence israé­lienne contre Gaza ainsi que l’arrestation en Cis­jor­danie de la plupart des membres du cabinet pales­tinien et des par­le­men­taires appar­tenant au Hamas ces efforts ont été gelés.

A l’intérieur du Hamas aujourd’hui, le débat semble se foca­liser sur la question de savoir s‘il faut ou non lier les négo­cia­tions sur le soldat israélien capturé à Gaza avec ce que pourrait faire le Hez­bollah en ce qui concerne les deux soldats israé­liens cap­turés sur la fron­tière israélo-​​ liba­naise.

La plupart des membres du Hamas à Gaza ne semblent pas enthou­siastes au sujet d’un tel lien et pré­fé­re­raient un accord qui inclurait la libé­ration de pri­son­niers poli­tiques pales­ti­niens et la fin des vio­lences contre Gaza en échange du pri­sonnier israélien et de la fin des tirs de roquettes sur le sud d’Israël.

Si un tel accord devait se maté­ria­liser (des efforts éner­giques sont entrepris à cet effet par l’Egypte et par la Pré­si­dence de l’Autorité pales­ti­nienne) la pos­si­bilité d’un gou­ver­nement d’unité nationale pourrait à nouveau émerger.

Il y a deux points de vue à l’intérieur du Hamas concernant une telle pos­si­bilité. Il y a ceux qui consi­dèrent encore sérieu­sement leur devoir gou­ver­ne­mental et croient qu’un gou­ver­nement de coa­lition a une plus grande chance de survie et par consé­quent d’assurer la vic­toire du Hamas aux élec­tions légis­la­tives de janvier.

Ce courant de pensée sou­tient également qu’un gou­ver­nement de coa­lition sera mieux à même de faire face, pour y mettre fin, au boycott inter­na­tional et qu’il pourrait aussi aider à convaincre Israël d’arrêter le blocage des taxes qu’il col­lecte pour le compte de l’Autorité pales­ti­nienne, sommes qui consti­tuent entre un tiers et la moitié des salaires que doit verser l’Autorité.

En effet, le transfert de cet argent pourrait aussi être une condition de tout accord avec Israël concernant le soldat prisonnier.

Néan­moins, il n’y a aucun signal encou­ra­geant ni de la part d’Israël ni de celle de la com­mu­nauté inter­na­tionale pour indiquer que le soutien à l’Autorité pales­ti­nienne pourrait reprendre si un gou­ver­nement d’unité nationale se formait. Cela en dépit de sug­ges­tions qu’un tel gou­ver­nement aurait un premier ministre tech­no­crate plutôt qu’ appar­tenant au Hamas, voire même que le Pré­sident Mahmoud Abbas, lui même pren­drait cette responsabilité.

Le manque de tels signaux est utilisé comme argument par l’autre courant de pensée à l’intérieur du Hamas. Ce courant sou­tient qu’un gou­ver­nement stric­tement Hamas doit continuer parce que quelle que soit la flexi­bilité et l’ouverture mani­festée par le Hamas sur cette question, il y a peu à attendre en termes de flexi­bilité de la part des pays dona­teurs non plus que d’Israël.

Néan­moins, tout accord avec Israël concernant l’échange de pri­son­niers sera vrai­sem­bla­blement suivi au moins d’un rema­niement gou­ver­ne­mental. Il pourrait coïn­cider avec un chan­gement soit dans la com­po­sition du gou­ver­nement israélien soit dans un chan­gement de son attitude et de ses posi­tions vis-​​à-​​vis de la question palestinienne.

Une des conclu­sions qu’Israël est invité à tirer de ses crises avec le Hamas en Palestine et le Hez­bollah au Liban est que s’en remettre uni­quement à sa puis­sance mili­taire et à l’usage de la force ne sera pas suf­fisant pour assurer la sûreté, la sécurité, et la survie d’Israël. Peu importe la force israé­lienne, l’injustice conti­nuelle qu’il inflige à ses voisins et le manque de toute pers­pective poli­tique de paix pour une coexis­tence -l’ensemble de l’expérience des Pales­ti­niens dans les négo­cia­tions pour un com­promis his­to­rique basé sur l’échange de la terre contre la paix-​​ donnera tou­jours lieu à la résistance

C’est pourquoi, logi­quement, on devrait s’attendre soit de la part d’un nouveau gou­ver­nement israélien d’après conflit, soit de la part du gou­ver­nement existant à un mou­vement vers un pro­cessus politique.

Sans un tel pro­cessus, Israël ne peut espérer désa­morcer l’hostilité gran­dis­sante parmi ses voisins qui est le résultat de son arro­gance, de l’usage dis­pro­por­tionné de la force et d’un dés­in­térêt total pour les besoins et les droits de l’autre partie.