Union pour la Méditerranée : succès du sommet, échec du projet

Olivier Ferrand, mercredi 16 juillet 2008

Lorsque la pous­sière média­tique du sommet sera retombée, il restera la réalité concrète de l’Union pour la Médi­ter­ranée : et dans ce domaine, le projet est mort-​​né.

Le Sommet de Paris vient de lancer, dimanche 13 juillet, l’Union pour la Médi­ter­ranée. Le sommet est une réussite incon­tes­table. Au plan sym­bo­lique : réunir la quasi-​​totalité des chefs d’Etat et de gou­ver­nement euro-​​méditerranéens est un tour de force. Mais aussi au plan diplo­ma­tique, avec des avancées sur le Moyen Orient en marge du sommet.

Pourtant, lorsque la pous­sière média­tique du sommet sera retombée, il restera la réalité concrète de l’Union pour la Médi­ter­ranée : et dans ce domaine, le projet est mort-​​né.

L’Union pour la Médi­ter­ranée ne béné­ficie d’aucun soutien poli­tique réel au-​​delà de l’hexagone : s’il a été dif­ficile de réunir les leaders euro-​​méditerranéens dimanche, il sera impos­sible de les engager plus avant. La faute à la France : la méthode qu’elle a déployée a été pro­prement calamiteuse.

La France a lancé l’initiative sans aucune concer­tation, entraînant la cri­tique des Euro­péens mais aussi la sur­prise des Médi­ter­ra­néens. Il est assez contre-​​intuitif de lancer en soli­taire un projet qui prétend réunir 44 pays autour d’objectifs ambi­tieux. Pire, elle a donné l’impression d’un projet hostile à l’Union.

Piloté par Henri Guaino, le conseiller spécial de l’Elysée dont les pré­ven­tions euros­cep­tiques pro­voquent de vives ten­sions au sein même du gou­ver­nement, le projet initial écartait la Com­mission euro­péenne et les Etats-​​membres non-​​riverains, au premier rang des­quels l’Allemagne : il ne pouvait que sus­citer un rejet massif de leur part. C’est une tâche indé­lébile pour l’Union pour la Méditerranée.

Consé­quence de cette absence de soutien poli­tique au projet : les résultats du sommet sont sque­let­tiques. L’Union pour la Médi­ter­ranée n’est qu’un toi­lettage du pro­cessus de Bar­celone. Ce dernier structure le dia­logue euro-​​méditerranéen depuis 1995 : exercice lar­gement tech­no­cra­tique, fai­blement financé, il ne produit plus rien de concret. Or l’Union pour la Médi­ter­ranée, c’est le pro­cessus de Bar­celone, plus une co-​​présidence Nord/​Sud et un secré­tariat par­te­narial à créer. Un titre et quelques fonc­tion­naires inter­na­tionaux. Rien de plus.

L’absence d’engagements finan­ciers est le garant de l’échec annoncé de l’Union pour la Médi­ter­ranée. Cette absence n’a même pas pu être masquée, elle est reconnue par le com­mu­niqué final du sommet. Il est indiqué que les projets ont vocation à être financés par tous les acteurs, col­lec­ti­vités locales et régio­nales, entre­prises, ONG, fon­da­tions… Aucune enve­loppe finan­cière nou­velle ne sera dégagée par l’Union.

Réussite du sommet, échec du projet : ce paradoxe est fina­lement la marque de fabrique du sarkozysme.

Pour Nicolas Sarkozy, l’Union pour la Médi­ter­ranée est un plein succès. C’est qu’il n’a qu’un seul objectif, et le sommet de Paris l’a plei­nement atteint : cet objectif est média­tique, exclu­si­vement média­tique. Toute son action est annexée à un but de guerre unique : faire le premier titre du journal télévisé.

Pour y arriver, la méthode Sarkozy repose sur trois piliers. Le volon­ta­risme : c’est le point très positif du sar­ko­zysme. Le "cavalier seul" : pour enchaîner les succès média­tiques, il faut tirer la cou­verture à soi. Au risque d’indisposer ses par­te­naires. C’est le cas pour l’Union pour la Médi­ter­ranée comme sur bien d’autres dos­siers - la libé­ration des infir­mières bul­gares, l’accord sur le traité de Lis­bonne… C’est natu­rel­lement contre-​​productif, sur le fond, quand on a besoin de ses par­te­naires pour avancer.

Enfin, l’excès empha­tique. Pour faire la Une, il faut tra­vestir la réalité, lui donner plus d’importance qu’elle n’en a. Tout ce que fait Nicolas Sarkozy est "his­to­rique", "unique", "sans pré­cédent". Cela prête souvent à sourire, parfois même un peu plus. C’est en général sans consé­quence – sauf en matière diplo­ma­tique, où il s’agit d’un exercice dan­gereux. La diplo­matie demande des équi­libres mil­li­mé­triques, incom­pa­tibles avec le principe d’emphase qui gou­verne le sarkozysme.

L’attitude de Nicolas Sarkozy pour le Liban est typique. Un grand coup de barre d’un côté, en opérant un transport de la quasi-​​totalité de la repré­sen­tation poli­tique fran­çaise au pays du Cèdre. Suivi d’un grand coup de barre de l’autre côté, en invitant Bachar el-​​Assad à la tribune offi­cielle du 14 juillet. Au plan diplo­ma­tique, deux dés­équi­libres en sens opposés ne recréent pas un équi­libre diplo­ma­tique. Mais au plan média­tique, il s’agit de deux évène­ments "réussis", inat­tei­gnables par une diplo­matie "clas­sique", dis­crète et équilibrée.

Réussite média­tique mais échec sur le fond. Telle est la réalité de l’Union pour la Médi­ter­ranée. Tel est, aussi, le bilan pro­bable du sarkozysme.