Une tournée ridicule de plus au Proche-​​Orient par un Secré­taire d’Etat américain

James G. Abourezk, dimanche 8 mars 2009

Cette fois-​​ci, c’est le tour de Mme Clinton

C’était presque irréel de voir la Secré­taire d’Etat Clinton rendre sa pre­mière visite à Israël, une visite qui sera pro­ba­blement la pre­mière parmi de nom­breux voyages pré­tendant encou­rager les pour­parlers de paix entre Israël et les Pales­ti­niens. J’ai déjà fait ce rêve plu­sieurs fois : il suffit de se contenter de remplir la liste des divers Secré­taires d’Etats amé­ri­cains, de dire qu’ils ont ren­contré les diri­geants israé­liens et Mahmoud Abbas (qui est à peu près aussi popu­laire auprès des Pales­ti­niens que ne l’est Rush Lim­baugh auprès des Démo­crates) et qu’aucun progrès n’a été fait.

A part dire qu’Abbas dirige le seul gou­ver­nement légitime de la Palestine, Mme Clinton a bien dit que la construction de nou­velles colonies n’apportait « rien d’utile » ou, peut-​​être, que c’était la démo­lition de plu­sieurs immeubles d’habitation pales­ti­niens à Jéru­salem qui n’apportait rien d’utile. Il est dif­ficile de se rap­peler qui n’a été d’aucune aide. Elle a oppor­tu­nément oublié que le mandat d’Abbas en tant que pré­sident de l’Autorité Pales­ti­nienne avait expiré et elle a également oublié que le Hamas avait rem­porté haut la main les élec­tions légis­la­tives. Ce n’est pas que le par­lement [pales­tinien] se soit réuni régu­liè­rement, essen­tiel­lement parce que Israël a arrêté la plupart des députés du Hamas, tous encore der­rière les bar­reaux ; c’était cette sorte d’élection dans laquelle les Etats-​​Unis ne croyaient pas. Elle était légale et mon­trait les pré­fé­rences du public pales­tinien, une chose que les Etats-​​Unis avaient choisi d’ignorer.

Mme Clinton a bien envoyé deux diplo­mates pour parler aux Syriens, ce qui est aussi pro­metteur qu’intéressant. La Syrie a été sur la liste des vrais méchants depuis que George W. Bush a décidé d’agir confor­mément à l’aversion d’Israël vis-​​à-​​vis de la Syrie et de rap­peler l’ambassadrice étasu­nienne, Mar­garet Scobey. C’était le soutien de la Syrie aux « ter­ro­ristes » désignés par les Etats-​​Unis et Israël qui a pro­voqué cette rupture diplomatique.

Il y a quelques années, j’ai déjeuné avec Mme Scobey à Damas, laquelle m’a dit que le pro­blème que « nous » avions avec la Syrie était que ce pays n’empêchait pas les insurgés de tra­verser sa fron­tière vers l’Irak pour com­battre l’armée amé­ri­caine. « Pourquoi ne postez-​​vous pas tout sim­plement des soldats sur la fron­tière pour les en empêcher ? » Je lui ai demandé : « Pourquoi reprochez-​​vous à la Syrie de ne pas faire la police sur cette longue frontière ? »

« Eh bien ! Nous n’avons pas assez de soldats pour faire ce travail », fut sa réponse honnête.

En dénonçant publi­quement la Syrie, George W. a non seulement accompli son objectif consistant à contenter Israël, mais il a également des­cendu en flammes un allié de valeur dans sa « guerre contre le terrorisme ».

Il y a quelques années, au début du premier mandat de Bush, je me trouvais dans une réunion avec le pré­sident syrien, Bashir al-​​Assad. Il a men­tionné qu’il avait donné aux Etats-​​Unis une infor­mation qu’il avait décou­verte au sujet d’une attaque pro­grammée par al-​​Qaïda contre les intérêts des Etats-​​Unis au Moyen-​​Orient. En nous alertant suf­fi­samment tôt, il a permis à nos hommes de contre­carrer les plans des ter­ro­ristes pour nous faire du mal. (J’ai supposé que cette attaque était pla­nifiée contre la base navale US à Bahreïn, mais on ne m’a jamais dit exac­tement où elle était prévue). Peu de temps après, j’ai vu l’ambassadeur amé­ricain, Ted Kattouf, et je lui ai demandé si c’était vrai. Sa réponse fut que non seulement c’était vrai, mais que le per­sonnel des ser­vices de ren­sei­gne­ments syriens avaient découvert et empêché plus d’une attaque pla­nifiée contre les Amé­ri­cains au Moyen-​​Orient.

Ce que le Pré­sident al-​​Assad, visi­blement irrité, m’a dit ce jour-​​là était que si George Bush conti­nuait de traiter la Syrie de pays « ter­ro­riste », il ne nous pré­vien­drait plus jamais des attaques en préparation.

Des sources au sein de la presse nous disent à présent que la Syrie caresse l’idée de déve­lopper des armes nucléaires. Si cela est vrai, ce n’est pas une bonne nou­velle. Mais là encore, nous sommes nous-​​mêmes notre pire ennemi en ce qui concerne la pro­li­fé­ration nucléaire. Tandis que nos poli­ti­ciens dénoncent les ambi­tions nucléaires de l’Iran, abso­lument rien n’est dit sur la pos­session par Israël d’environ 200 têtes nucléaires. La raison pour laquelle l’arsenal nucléaire d’Israël devrait être discuté ouver­tement est qu’il est la cause – et ce n’est pas sur­prenant – de la volonté de ses voisins de déve­lopper leurs propres armes ato­miques. L’autodéfense est une moti­vation puissante.

Lorsque nous nous pen­chons en arrière sur l’histoire, en dehors de l’Irak de Saddam Hussein, Israël est le seul pays dans cette région qui ait attaqué ses voisins. L’Iran n’a attaqué per­sonne au cours des deux ou trois cents der­nières années. Pas plus que la Syrie. Même la mésa­venture de la Syrie au Liban fut la consé­quence d’y avoir été invitée pour aider à régler la Guerre Civile dans les années 70, mais ce n’était pas une véri­table invasion, pas comme celles dans les­quelles Israël s’est spé­cialisé. Le péché de la Syrie fut de pro­longer mal­adroi­tement son séjour au Liban.

Ce qui n’est pas très connu (et on se demande bien pourquoi !) est que la Syrie et l’Iran ont tous deux proposé un « Moyen-​​Orient sans armes nucléaires » - des pro­po­si­tions qui ont été immé­dia­tement raillées par Israël et par les Etats-​​Unis.

Ce double langage s’applique également aux milices arabes – le Hez­bollah et le Hamas – qui s’arment pour se défendre contre les attaques israé­liennes per­pé­trées contre eux et leur liberté. Dire que le Hamas et le Hez­bollah sont des groupes ter­ro­ristes n’est, ainsi que le dirait Mme Clinton dans un autre contexte, « d’aucune aide ». Ils sont, selon toutes les défi­ni­tions, à l’exception des défi­ni­tions offertes par les Etats-​​Unis et Israël, des « groupes de libé­ration ». Ils essayent de libérer leurs terres des occu­pants étrangers – à savoir, Israël -, une action que les Etats-​​Unis applau­dissent nor­ma­lement. Mais Israël a demandé à notre gou­ver­nement de les iden­tifier comme groupes ter­ro­ristes, ce que notre gou­ver­nement a fait volon­tiers. Rendre ce service à Israël res­sem­blait beaucoup au service rendu par l’invasion de Bush en Irak, qui fut gran­dement encou­ragée par la peur d’Israël de la poli­tique ira­kienne menée contre eux. Bien sûr, l’influence des néocons dans l’administration Bush a beaucoup facilité la décision d’entrer en guerre.

Ce double langage est tel­lement fla­grant qu’il serait embar­rassant si le public amé­ricain en prenait jamais conscience. Le Pré­sident Obama a main­tenant déclaré offi­ciel­lement qu’il sou­tenait un don d’armes à Israël, de plu­sieurs mil­liards de dollars, pour les dix pro­chaines années. Israël et les Etats-​​Unis [NdT : ainsi que la France, l’Allemagne, la Grande-​​Bretagne, etc.] décrient – de la voix la plus forte – les armes qui sont intro­duites à Gaza, afin que les gens de là-​​bas puissent se défendre. La même chose est vraie pour le Hez­bollah. On fait grand cas de la « contre­bande » d’armes vers le Hez­bollah, lequel, à l’instar du Hamas, fait tout ce qu’il peut pour défendre son peuple de la puis­sance mili­taire israé­lienne. Mais les poli­ti­ciens et les jour­na­listes amé­ri­cains lisent conscien­cieu­sement les argu­ments israé­liens lorsque le moment arrive d’expliquer leurs sen­ti­ments. Les armes rudi­men­taires du Hamas sont dif­fi­ci­lement à la hauteur des avions de combat, des chars modernes, des drones, des bombes à frag­men­tation, des obus au phos­phore et autres bombes qu’Israël a infligés aux civils dans le Ghetto de Gaza. La nou­velle arme « DIME », qui brûle sévè­rement tout ce qu’elle touche, a été par­ti­cu­liè­rement efficace lorsqu’elle a été uti­lisée contre les civils de Gaza. L’argument qui a le plus été mis en avant par la machine de pro­pa­gande israé­lienne durant l’assaut de Gaza était le suivant : « Nous ne res­terons pas les bras croisés en per­mettant que nos familles soient la cible de quelqu’un qui tire des roquettes sur nos villes. »

Soumise à aucun examen, cette tranche de pro­pa­gande, expli­quant le mas­sacre de quelques 1.500 per­sonnes à Gaza – pour la plupart des femmes et des enfants – fut brillante. Comme les Nazis essayant d’éradiquer le Ghetto de Var­sovie, Israël a volon­tai­rement et déli­bé­rément mas­sacré des civils qui étaient inca­pables de fuir à cause des clô­tures les encer­clant. Lorsque les Israé­liens ont été pris la main dans le sac, l’armée israé­lienne a sim­plement dit qu’elle enquê­terait. Rien n’est jamais sorti d’une telle enquête, si, en fait, il y a jamais eu d’enquête.

Il est embar­rassant de voir que le Lobby au travail pour un si petit pays amène nos poli­ti­ciens à trembler dans leurs bottes. Malgré toutes les démo­li­tions d’habitations pales­ti­niennes, malgré l’expansion des colonies dans les ter­ri­toires occupés, malgré les inva­sions dévas­ta­trices du Liban en 1982 et en 2006, l’invasion brutale du ghetto de Gaza l’année der­nière et malgré la détention de mil­liers de Pales­ti­niens dans les prisons israé­liennes, la plupart détenus sans mise en accu­sation et sans procès, nous n’entendons pas le moindre mot de cri­tique de la part de notre Congrès ou de notre pré­sident. Etonnant, non ?

Je l’ai déjà dit aupa­ravant, mais il est néces­saire de la répéter – il n’y aura pas d’accord de paix entre Israël et les Pales­ti­niens tant que le Pré­sident des Etats-​​Unis ne dira pas à Israël de chasser les colons de Cis­jor­danie, per­mettant ainsi la for­mation d’un Etat pales­tinien. S’il ne le fait pas, Mme Clinton et George Mit­chell finiront par se lasser de voyager au Moyen-​​Orient au pré­texte de sou­tenir des pour­parlers de paix.