Une offensive disproportionnée et dépourvue de logique

Pascal Fenaux, lundi 3 mars 2008

Les buts pour­suivis par l’opération mili­taire israé­lienne lancée le 27 février contre la bande de Gaza laissent la presse locale per­plexe. Sans tou­tefois remettre en question le droit d’Israël à pro­téger ses citoyens contre les roquettes tirées par les mili­tants du Hamas.

"Il faut admettre que, dans les combats de ces der­niers jours, c’est Israël qui a pris l’initiative en bom­bardant [dans la matinée du 27 février] un véhicule trans­portant des res­pon­sables mili­taires du Hamas et en liquidant ses occu­pants. La pluie de roquettes Qassam qui s’est immé­dia­tement abattue sur Sdérot était donc pré­vi­sible, et l’on peut se demander pourquoi les auto­rités n’ont pas assumé leurs res­pon­sa­bi­lités envers les habi­tants de cette ville. Certes, Israël ne doit pas rester sans réagir, mais Tsahal et le gou­ver­nement sont en train de prendre la popu­lation de Sdérot, et bientôt celle d’Ashkelon, en otages de leur indé­cision poli­tique", constate Amir Rapoport, res­pon­sable du desk mili­taire de Maariv, quo­tidien popu­laire de droite. Rapoport s’interroge sur les moti­va­tions et le degré de pré­pa­ration et d’anticipation de l’offensive sur Gaza.

C’est plutôt la confusion poli­tique et mili­taire qu’incrimine pour sa part Uzi Ben­ziman dans le quo­tidien de centre gauche Ha’Aretz. "Il est dif­ficile de ne pas se sentir perdu au milieu de cette pro­fusion de com­mu­niqués offi­ciels et de confé­rences de presse contra­dic­toires à propos des objectifs qu’entend atteindre Tsahal en lançant l’offensive sur Gaza ce week-​​end. L’impression qui prévaut, c’est que, exac­tement comme aux pre­miers jours de l’offensive sur le Liban de juillet 2006, le gou­ver­nement ne sait ni où il va ni où il nous emmène. Il y a tout lieu de croire que les len­de­mains de cette opé­ration seront très amers pour les citoyens d’Israël."

Fina­lement, y a-​​t-​​il une logique dans l’offensive contre la bande de Gaza ? Non, répond Ofer Shelah dans Maariv. "La logique ne compte pas dans notre réaction mili­taire dis­pro­por­tionnée, laquelle ne risque pas – bien au contraire – de créer une ‘réalité nou­velle’ à Gaza. Ce qui est à l’œuvre, c’est une men­talité israé­lienne fondée sur la ven­geance, et notre volonté absurde de main­tenir à tout prix une inéquation entre la quantité de sang versé par les Pales­ti­niens et les Israé­liens. Ce qu’avait très bien exprimé [l’actuel ministre tra­vailliste de la Défense] Ehoud Barak après qu’il ait dû céder le poste de Premier ministre à Ariel Sharon. ‘Quand j’ai quitté le gou­ver­nement [en 2001], le nombre de tués pales­ti­niens depuis sep­tembre 2000 était de 400, tandis que pour la même période le nombre de tués israé­liens était à peine de 40’."

"Israël n’a que trois options : l’option mili­taire, avec la réoc­cu­pation de larges zones de la bande de Gaza, l’option poli­tique, avec un accord de cessez-​​le-​​feu et la libé­ration du soldat Gilad Shalit en échange de l’allègement des sanc­tions, et enfin le statu quo. Mais, hélas, aucune de ces trois options ne repré­sente une solution", regrette le chro­ni­queur mili­taire Amos Harel dans Ha’Aretz.