Une nouvelle gauche est née

Sara Benninga, dimanche 14 mars 2010

Dis­cours pro­noncé lors de la mani­fes­tation à Sheikh Jarrah [1]

Une nou­velle Gauche est née, et celle-​​ là ne contente pas de « pour­parlers de paix ». C’est une Gauche qui se bat. C’est une Gauche qui sait qu’il y a des choses qu’il faut com­battre, même si en faisant cela, on combat l’Etat lui-​​même, et même quand ces choses béné­fi­cient de la cou­verture de la loi.

Il existe main­tenant une nou­velle Gauche qui sait que cette guerre ne sera pas gagnée sur le papier, mais sur le terrain, dans les col­lines, les vignes et les oliveraies.

Il y a une nou­velle Gauche qui n’a pas peur des colons, même quand elle les voit, cagoulés et armés dévaler vers elle, les collines.

Cette Gauche résiste à la répression à caractère poli­tique de la police, et se fiche des com­men­taires qui sui­vront dans Maariv. Une nou­velle gauche est née ! Cette gauche ne recherche pas la consi­dé­ration vaine, et n’a pas de rêves de Grand place, et ne s’arrête pas à la mémoire des 400 000.Cette Gauche propose un par­te­nariat entre les Pales­ti­niens, qui savent bien qu’ils ne vien­dront pas à bout de l’occupation avec des mis­siles et des bombes, et les Israé­liens qui ont compris que le combat des Pales­ti­niens est aussi le leur.

La nou­velle Gauche se joint aux Pales­ti­niens dans un nuage de gaz lacry­mo­gènes à Bilin où elle se fait matraquer avec eux, par les colons au sud de la colline d’Hébron.

Cette gauche prend aussi la défense des réfugiés et des tra­vailleurs immigrés à Tel Aviv, et lutte contre le plan Wisconsin.

La nou­velle Gauche, c’est nous, nous tous !Tous ceux qui sont venus ici cette nuit. Tous ceux qui ont osé franchir la ligne de démar­cation ima­gi­naire entre Jérusalem-​​Ouest et Jérusalem-​​Est en dépit des menaces et de l’intimidation.

Nous tous sommes la nouvelle Gauche qui vient de naître en Palestine et Israël.

Nous ne nous battons pas pour un accord de paix. Nous nous battons pour la justice. Mais nous pensons que l’injustice est le prin­cipal obs­tacle à la paix. Il n’y aura pas de paix tant que les familles Gawi, Hanoun et Al Kurd n’auront pas retrouvé leurs maisons. Parce que la paix ne peut croître sur un sol contaminé par la dis­cri­mi­nation, l’oppression et le vol.

Une nou­velle Gauche a vu le jour, et cette gauche est aux côtés des gens de Sheikh Jarrah ce soir, et restera à ses côtés jusqu’à ce que la justice triomphe du fanatisme.

Mais il y a aussi une nouvelle droite.

Une nou­velle droite qui se nourrit de fana­tisme et de racisme, et séduit les masses avec sa rhé­to­rique nationaliste.

La nouvelle droite se fiche du bien comme du bien-​​être dû aux êtres humains.

La nou­velle droite est toute entière inféodée à l’idéologie eth­nique, tribale, prônée par Lieberman.

Pour la nou­velle droite, la charité com­mence par soi-​​même, c’est-à-dire pour les Juifs seulement, et ce qui définit un individu comme juif, c’est uni­quement le fait qu’il n’est pas arabe.

La nou­velle droite n’a rien à pro­poser si ce n’est une guerre sans fin. La nou­velle droite est la char­rette vide qui a quitté la route : des Juifs reli­gieux et laïcs qui n’éprouvent que de la haine pour les autres, à savoir : les Arabes, les réfugiés, les gens de gauche.

C’est la nou­velle droite qui fabrique en les berçant d’illusions, les colons, à cause des­quels nous mani­festons ce soir. Ces colons ont horreur de Jéru­salem. Ils n’aiment pas les Juifs et n’aiment pas l’humanité. Ils ne s’intéressent qu’à eux-​​mêmes. Parmi les colons, il y en a beaucoup avec les­quels il fau­drait qu’on parle. Quant aux colons de Sheikh Jarrah qui chantent des can­tiques à la mémoire de Baruch Gold­stein, il faut les com­battre et les défaire.