Une journée de démolitions à Jérusalem

Communiqué de l’ICAHD (comité israélien contre les démolitions de maisons), jeudi 21 août 2003

ICAHD appelle la com­mu­nauté inter­na­tionale à inter­venir pour empêcher les demo­li­tions de maisons - dans les ter­ri­tories Occupés (y compris à Jérusalem-​​Est) ainsi qu’en Israel où la demo­lition de maisons des citoyens pales­ti­niens et des bédouins d’Israel a atteint des pro­por­tions épidé­miques. Nous vous demandons d’appeler vos repré­sen­tants poli­tiques, vos res­pon­sables locaux et reli­gieux, vos médias locaux pour qu’ils élèvent leux voix contre cette poli­tique injuste et tragique.

Au cours de ces der­nières semaines, depuis que la feuille de route est entrée en vigueur et qu’Israël s’est trouvé empêché de démolir des maisons pales­ti­niennes en Cis­jor­danie et à Gaza, on a assisté à une accé­lé­ration sou­daine de la démo­lition de maisons à Jéru­salem "Est" - dix rien que pour cette semaine. Ce matin (lundi 18 août) les par­ti­ci­pants au chantier de recons­truction de l’Icahd ont assisté à la démo­lition de trois maisons - à Shuafat, Beit Hanina et Isa­wiyeh - et à l’arrestation de Jeff Halper, Coor­di­nateur de l’Icahd, et de la mili­tante Linda Livni, tous deux s’étant opposés à la démo­lition. Ces démo­li­tions ont été exé­cutées par la muni­ci­palité de Jéru­salem. Ces démo­li­tions violent non seulement le droit humain fon­da­mental pour une famille d’avoir une maison mais aussi le droit inter­na­tional qui interdit la démo­lition de maisons dans des ter­ri­toires sous occu­pation, ainsi que l’initiative de la feuille de route.

La pre­mière maison démolie appar­tient à la famille Muhei­dayeh de Shuafat - Saleh, Iman et leurs dix enfants. Shuafat a fait l’objet d’une vague de démo­li­tions toutes ces der­nières années alors que les construc­tions israé­liennes empié­taient peu à peu sur cette com­mu­nauté, la réduisant à une sorte de ghetto tronqué. Une large com­mau­nauté ultra-​​orthodoxe (appelée "Crête de Shuafat" jusqu’à ce que les habi­tants demandent la modi­fi­cation de ce "nom arabe" en "Hauts de Salomon" ) s’est établie sur une bonne partie des terres pales­ti­niennes ; une grande auto­route passe à travers le village, et d’autres routes ont été pla­ni­fiées, qui tra­ver­seront Shuafat de part en part pour réunir les grandes colonies juives à l’est et à l’ouest de la ville (Jéru­salem, ndt) ainsi que le tramway qui les dés­servira. Malgré le fait que la demande de permis de construire émise par les Muheiyadeh soit tou­jours en suspens, leur modeste maison a été démolie.

Les bull­dozers se sont ensuite rendus non loin de là, au domicile des neuf membres de la famille Jabari, à Beit Hanina, où des mili­tants de diverses orga­ni­sa­tions paci­fistes et des droits de l’homme, tant israé­liennes qu’internationales, se réunis­saient chaque matin dans l’attente de la démo­lition. Alors même que la maison des Jabari a été construite dans une zone construc­tible - où la Muni­ci­palité prétend ne pas pro­céder à des démo­li­tions - elle a quand même été démolie. Khader Jabari et son frère ont menacé de se sui­cider si la maison était démolie, et ils se sont sérieu­sement blessés avant que la police n’intervienne. Jeff et Linda ont été arrêtés alors qu’ils s’opposaient à la démo­lition. On verra si des charges seront portées contre eux.

Khader, en larmes mais néan­moins résolu, dira plus tard : "Ce gou­ver­nement, et ces gens tra­vaillant à la Muni­ci­palité, tous per­çoivent des pots-​​de-​​vin (il y a trois ans, toute l’équipe au grand complet des ins­pec­teurs de la Muni­ci­palité de Jéru­salem ont été arrêtés pour cor­ruption). Je n’avais pas d’argent pour les payer, ils m’ont demandé 6500 $. J’ai engagé un ingé­nieur du bâtiment pour la maison, mais n’avais pas l’argent pour les pots-​​de-​​vin. C’est pour ça qu’ils ont détruit la maison. Nous sommes forts et nous recons­truirons la maison, mais pour l’instant nous ne savons pas où aller. Je remercie de tout mon coeur tous les mili­tants, qui ont fait tout ce qu’ils pou­vaient pour sauver ma maison".

"Les auto­rités israé­liennes pré­tendent que ces maisons étaient illé­gales et qu’elles ne font donc rien d’autre que d’appliquer la loi" dit Jeff Halper. "Mais Israël fait un usage cynique de la loi, orga­nisant les pro­cessus et l’administration de façon à pour­suivre un objectif poli­tique qui est de confiner les Pales­ti­niens dans de petits îlots à "l’est" de Jéru­salem, le cas échéant en les poussant hors de la ville par cette même occasion. Les lois sont faciles à mettre en oeuvre : per­sonne n’a fait l’objet de mesures légis­la­tives y compris en matière d’habitat plus dis­cri­mi­na­toires que les Juifs - tout cela de façon très "légale" en appa­rence. Mais quand la loi est séparée de la justice, quant elle ne devient qu’un outil de répression poli­tique, alors elle met en péril les fon­de­ments de base de l’égalité et de la démo­cratie. Israël prétend être "la seule démo­cratie du Moyen-​​Orient", alors que c’est le seul état au monde qui démolit sys­té­ma­ti­quement les maisons d’une com­mu­nauté nationale spé­ci­fique. Per­sonne parmi ces familles dont les maisons ont été démolies aujourd’hui n’a été accusé d’aucune activité cri­mi­nelle, aucun n’a été accusé de ter­ro­risme ; ce sont sim­plement des gens dont le seul crime a été de construire une maison sur une terre convoitée par Israël. Lorsqu’il Israël poursuit clai­rement une poli­tique de net­toyage eth­nique, il met en péril la base morale de son existence."