Une idéologie sioniste à reconsidérer

Morsi Attalla, jeudi 15 mai 2008

Tel-​​Aviv est ter­rifié par l’idée que le droit au retour frappe au cœur l’idéologie sio­niste sur laquelle est bâti l’Etat d’Israël.

Il existe des signes confirmant qu’Israël désire actuel­lement être reconnu en tant qu’Etat purement sio­niste. Il voit dans la célé­bration mon­diale en grande pompe du 60e anni­ver­saire de sa création la meilleure occasion pour réa­liser son ancien rêve qui a précédé son exis­tence de dix ans. Il faut noter que ce rêve est ancien et ne date pas de 2004, comme d’aucuns ont l’habitude de le consi­dérer, lorsque Bush a pro­noncé son dis­cours à Aqaba dans lequel il a évoqué le droit des juifs à dis­poser d’un Etat.

Celui qui croit que le refus d’Israël de dis­cuter le droit du retour est lié aux consé­quences qui peuvent en découler, c’est-à-dire la récu­pé­ration par les réfugiés de leurs demeures et de leurs pro­priétés spo­liées, aurait tort. Tel-​​Aviv est ter­rifié par l’idée que le droit du retour frappe au cœur l’idéologie sio­niste sur laquelle est bâti l’Etat d’Israël.

L’expulsion des Pales­ti­niens de la terre de Palestine fut l’un des piliers de l’idéologie sio­niste à laquelle a appelé Theodor Herzl il y a plus de 100 ans. Lorsqu’il a écrit, le 12 juillet 1895 : « Nous essayerons d’expulser les démunis en dehors des fron­tières, en leur trouvant des oppor­tu­nités d’emplois là-​​bas et en même temps on leur interdira de tra­vailler dans notre pays ».

Avec le même esprit de Herzl, le sio­niste fana­tique Israël Zaoui a écrit en 1905 : « Nous devons nous pré­parer à expulser les tribus arabes par l’épée, comme l’ont fait nos aïeux ». Tel était leur plan qui date de plus d’un siècle, alors que nous sommes pré­oc­cupés jusqu’à aujourd’hui par la lutte opposant le Fatah et le Hamas. Le danger réel réside dans le fait que ceux qui sus­pectent le droit au retour des Pales­ti­niens expulsés en 1948, confor­mément aux réso­lu­tions des Nations-​​Unies, ignorent inten­tion­nel­lement une série de réa­lités. Au moment de la nakba, lorsque les Pales­ti­niens furent vic­times de la réso­lution de partage de 1947 et de la guerre de 1948, les pro­priétés des juifs à cette date en Palestine ne repré­sen­taient que 8 % de la totalité de la super­ficie. Alors que 92 % des ter­ri­toires étaient la pro­priété du peuple pales­tinien et des Waqfs isla­miques qui remon­taient à l’époque ottomane.

Ce jour-​​là, le plus atroce crime poli­tique et humain a eu lieu. Lorsqu’une minorité étrangère a envahi la Palestine, a expulsé ses habi­tants et a mis en place l’Etat hébreu sur les décombres de 531 villes et villages.

A mon avis, le fait de se résigner aux plans israé­liens de sus­pi­cions sou­tenus par les Etats-​​Unis repré­sente le plus grand danger pour le dossier des réfugiés. D’autant plus qu’il n’est pas du ressort de n’importe quelle autorité pales­ti­nienne de renoncer à ce droit. Car c’est un droit authen­tique aux réfugiés et ils n’ont mandaté per­sonne pour le négocier à leur place. Le droit au retour est un droit élémen­taire et non pas une simple licence qui expire avec le temps. En réalité, cette sus­picion est sans fon­dement parce qu’elle autorise les réfugiés à regagner leurs demeures à condition de ne pas toucher aux habi­tants juifs. Cependant, c’est le contraire qui est vrai. Le retour peut être enri­chissant par exemple au niveau de l’économie israé­lienne, notamment dans le domaine agricole qui souffre d’un sous-​​effectif.

Mal­heu­reu­sement pour la cause pales­ti­nienne, nous vivons un moment excep­tionnel de l’Histoire où prévaut uni­quement la loi du plus fort. Il est évident, en réfé­rence à des témoi­gnages qui datent de 60 ans, que le projet sio­niste avait pour visée de mettre en place un Etat enclavé au cœur du monde musulman séparant l’aile asia­tique de l’aile afri­caine. L’objectif étant non pas uni­quement d’empêcher son unité, mais de garantir sa fai­blesse et sa dis­lo­cation. Ainsi, l’expérience de 60 ans d’Israël démontre que ceux qui ont soutenu le projet sio­niste avaient pour objectif de saper n’importe quelle crois­sance civi­li­sa­tion­nelle des Arabes et des musulmans qui sont pré­oc­cupés par des pro­blèmes chro­niques qui épuisent leurs énergies et leurs efforts. Le danger actuel menace toute la région et non pas seulement la cause pales­ti­nienne ou le droit des réfugiés pales­ti­niens à retrouver leurs terres. Si Israël ne possède pas le courage de recon­si­dérer son idéo­logie sio­niste expan­sion­niste et si les Etats-​​Unis, en tant que prin­cipal allié, ne s’aperçoivent pas que le mou­vement de l’Histoire prendra en fin de compte son cours normal, la région ne vivra jamais en paix et ne connaîtra jamais la stabilité.