Une foule d’Arabes Israéliens contre l’interdiction d’un mouvement islamique

Le Parisien avec AFP, dimanche 29 novembre 2015

Des milliers d’Arabes Israéliens ont défilé samedi à Oum el-Fahem dans le nord d’Israël pour dénoncer l’interdiction d’une organisation islamique accusée par le gouvernement de Benjamin Netanyahu d’incitation à la violence.

Sous une nuée de drapeaux palestiniens, ces descendants de Palestiniens restés sur leur terre à la création d’Israël en 1948, ont crié "Nous ne sommes pas des terroristes", "Nous sommes plus forts que l’interdiction", avant d’être harangués par des représentants de la minorité arabe d’Israël, dont des députés du Parlement israélien.

Le 17 novembre, Israël a interdit la "branche nord" du Mouvement islamique et son réseau d’associations, en accusant l’organisation d’inciter les Arabes israéliens et les Palestiniens à la violence en propageant des "mensonges" au sujet de l’esplanade des Mosquées à Jérusalem.

Devant les manifestants à Oum el-Fahem, le chef du groupe Raëd Salah, a dénoncé cette interdiction comme une mesure "terroriste".

"Qui est le terroriste ? Moi je dis que c’est le racisme d’Israël, celui qui a fermé des associations qui venaient en aide à 23.000 orphelins désormais abandonnés à leur faim", a-t-il dit.

M. Salah a affirmé que ces associations fournissaient des services à un demi million d’Arabes Israéliens, sur une population de 1,4 million (17,5% de la population israélienne).

"Des services que l’Etat devrait fournir à tous ses citoyens", a dénoncé Mohamed Baraké, qui dirige le Haut comité de suivi regroupant les principales organisations représentant la communauté arabe israélienne qui se plaint de longue date de discriminations.

Depuis sa fondation au début des années 1970, le Mouvement islamique en Israël a tissé un réseau d’associations -religieuses, sportives ou éducatives - et de services sociaux parmi les Arabes Israéliens.

Mais ce mouvement s’est scindé en 1996 en deux entités distinctes, dont une seule, la "branche sud" du mouvement, participe aux institutions israéliennes.

M. Salah a récemment été condamné à 11 mois de prison ferme pour avoir appelé en 2007 "tout musulman et Arabe à venir en aide aux Palestiniens et à lancer une intifada islamique" pour l’esplanade des Mosquées, lieu sacré pour les musulmans et les juifs.

Son mouvement a fait de ce site son cheval de bataille, mobilisant notamment dans la Vieille ville de Jérusalem, d’où est partie la vague de violence qui depuis début octobre a coûté la vie à 98 Palestiniens, à un Arabe israélien, à 17 morts côté israélien, ainsi qu’à un Américain et à un Erythréen.

Le mouvement a été interdit alors que le gouvernement Netanyahu s’est dit déterminé à durcir la répression pour mettre fin à la flambée des violences.