"Une fois qu’on a tout lâché, il ne reste plus rien à négocier"

Mahmoud Al-​​Habbach, lundi 12 février 2007

L’accord conclu jeudi 8 février à La Mecque entre les mou­ve­ments pales­ti­niens rivaux, le Fatah et le Hamas, a été favo­ra­blement accueilli par les Pales­ti­niens qui ont mani­festé leur joie dans les Ter­ri­toires. Cependant, Al-​​Hayat Al-​​Jadida dénonce cet accord qui pousse le Hamas à recon­naître Israël.

Fina­lement, après un dia­logue ardu à La Mecque, le Fatah et le Hamas sont par­venus à un accord. La proximité de la Kaaba encourage le peuple à être opti­miste et à voir dans cet accord une véri­table entente nationale entre les deux prin­cipaux mou­ve­ments poli­tiques pales­ti­niens. Du moins, espère-​​t-​​on, le sang ne coulera plus pour le moindre dif­férend et le blocus inter­na­tional sera allégé. Mais l’état d’esprit des uns et des autres n’en est pas pour autant for­cément modifié, et cet accord risque de s’avérer purement formel. Des craintes per­sistent de voir la situation inté­rieure exploser de nouveau, causer pour d’autres morts, vic­times de guerres picro­cho­lines qui n’ont rien à voir avec les grandes causes reli­gieuses ou nationales.

Une des clauses de cet accord prévoit que le Hamas, ou du moins le gou­ver­nement d’union nationale auquel il par­ti­cipera, recon­naisse les accords signés par l’Organisation de libé­ration de la Palestine (OLP), et plus par­ti­cu­liè­rement ceux d’Oslo, qui impliquent une recon­nais­sance de l’Etat d’Israël. Il s’agit d’un net recul du Hamas par rapport aux posi­tions qu’il avait fer­mement défendues par le passé. Dans l’histoire du conflit israélo-​​arabe, cela constitue un pré­cédent qui pourrait se révéler extrê­mement dan­gereux pour l’avenir. Car le résultat de cet accord est que l’occupation a été absoute par ceux-​​là mêmes dont les terres et les vil­lages sont occupés.

Comme me l’avait dit Abde­laziz Ran­tissi [ancien chef du Hamas] quand je lui avais rendu visite après la pre­mière ten­tative d’assassinat de l’armée israé­lienne [le 10 juin 2003. Il a été tué lors d’une seconde attaque per­pétrée le 17 avril 2004] : "Recon­naître Israël serait une tra­hison !" Et jusqu’à aujourd’hui, cela reste la position de principe des isla­mistes pales­ti­niens et constitue une ligne rouge à ne pas franchir.

En ces temps d’échecs et de revers de la nation arabe, nous avons besoin de quelqu’un qui dise non et qui refuse d’entériner la défaite. Dire non est une nécessité poli­tique parce qu’il est tou­jours pos­sible de dire oui par la suite, alors qu’une fois qu’on a tout lâché, il ne reste plus rien à négocier. C’est ce principe que le Hamas a défendu durant ces der­nières années et qui a été approuvé par sa vic­toire aux der­nières élections.

Nom­breux sont ceux qui auraient préféré que le Hamas renonce aux rênes du pouvoir plutôt que de recon­naître Israël, parce que tous les hon­neurs gou­ver­ne­mentaux du monde ne valent pas une position de principe.