Une équipe de chirurgiens empêchée de se rendre à Gaza par les Israéliens

Leyla Jad, jeudi 9 juillet 2009

Les auto­rités israé­liennes ont refusé lundi l’entrée à Gaza d’une mission huma­ni­taire de chi­rur­giens, man­datée par le ministère français des Affaires étrangères.

Les auto­rités israé­liennes avaient déjà empêché dimanche l’équipe de neuf chi­rur­giens (quatre Français, trois Bri­tan­niques et deux Espa­gnols) de franchir le point de passage d’Erez, entre Israël et la bande de Gaza.

« Ils nous refusent l’entrée dans la bande de Gaza sans aucune expli­cation », a déclaré Chris­tophe Oberlin, chi­rurgien français et res­pon­sable de la mission [1].

Il s’agit de la troi­sième mission du pro­fesseur Oberlin dans la bande de Gaza cette année, et la 25e depuis 2002.

« Au cours des 25 mis­sions que j’ai effec­tuées, on a souvent eu des ennuis avec les Israé­liens. Tantôt, ils lais­saient passer cinq per­sonnes de l’équipe, et pas les autres », raconte Oberlin. « Jamais l’équipe entière n’a été bloquée pendant toute la durée de la mission. »

Au cours de la mission les chi­rur­giens devraient apporter des soins à 70 patients, notamment des blessés lors de l’offensive israé­lienne de décembre-​​janvier contre le ter­ri­toire pales­tinien, et des enfants atteints de tumeur ou vic­times d’accidents d’autres ori­gines. L’attaque israé­lienne, avec le pré­texte des roquettes du Hamas, a fait plus de 1.400 morts et 5.000 blessés palestiniens.

« Depuis le début de cette mission, on a opéré entre 700 à 800 patients, dont 45 % sont des enfants », a déclaré Oberlin.

Les médecins pré­voyaient aussi d’organiser un pro­gramme de for­mation à la chi­rurgie répa­ra­trice et la micro-​​chirurgie pour des médecins pales­ti­niens de Gaza.

Le pro­fesseur a ajouté : « À chaque mission, nous voyons quatre fois plus de patients que nous ne pouvons opérer. C’est pourquoi nous sommes passés à la for­mation car il y a un besoin aigu. Le premier de nos élèves formés, Mohamed Al Ran­tissi, fait 100 inter­ven­tions chi­rur­gi­cales par an, ce que nous faisons en un an avec quatre déplacements. »

[1] voir aussi dans La croix d u 07/​​07/​​2009

« Nous attendons que les Israé­liens nous laissent traverser »

Une équipe de chi­rur­giens français est empêchée depuis dimanche 5 juin d’entrer dans la bande de Gaza. Joint au télé­phone, Chris­tophe Oberlin, l’un des res­pon­sables de cette mission, raconte :

Quand devait débuter votre mission dans la bande de Gaza ?

Chris­tophe Oberlin : Nous sommes partis de France samedi 4 juillet. On devait passer dimanche le check-​​​​point israélien d’Erez, qui permet d’entrer dans la bande de Gaza. Mais cela fait trois jours que nous sommes bloqués et que nous attendons que les Israé­liens nous laissent tra­verser. Nous sommes neuf chi­rur­giens, français, anglais et espagnol, man­datés par le ministère français des affaires étran­gères, dans le cadre de la mission huma­ni­taire de for­mation de chi­rurgie et d’enseignement que l’on mène depuis 2002, à raison de trois à quatre mis­sions par an à Gaza.

Quelles raisons invoquent les Israé­liens pour vous empêcher de passer ?

Aucune. Arrivés à Erez, on a montré nos papiers, notre ordre de mission et on nous a dit que nous ne pas­se­rions pas. Au cours des 25 mis­sions que j’ai effec­tuées, on a souvent eu des ennuis avec les Israé­liens. Tantôt, ils lais­saient passer cinq per­sonnes de l’équipe, et pas les autres. Cer­tains ont été bloqués cinq jours, d’autres défi­ni­ti­vement. Une fois, l’un d’entre nous a été remis dans l’avion de manière arbi­traire. Jamais l’équipe entière n’a été bloquée pendant toute la durée de la mission

Que dit le ministère des Affaires étrangères français ?

Toutes les vexa­tions que nous connaissons aujourd’hui sont le quo­tidien des diplo­mates du consulat de France à Jéru­salem. Le premier adjoint du consulat s’est fait refouler à Erez, avant-​​​​hier. Un véhicule du consulat de France a été fouillé récemment alors que c’est illégal. C’est l’ambassade de France qui main­tenant se charge du dossier et son premier secré­taire appelle régu­liè­rement l’armée, en vain pour l’instant.

Quel est le but de votre mission ?

Cette semaine, nous devions donner trente heures de cours à des chi­rur­giens pales­ti­niens qui suivent sur deux ans une for­mation en micro­chi­rurgie et chi­rurgie répa­ra­trice. Nous devions voir aussi en consul­tation chirurgicale 70 patients qui souffrent de séquelles de bles­sures de guerre, para­lysie, chi­rurgie ner­veuse, recons­truction cutanée. Par la même occasion, nous soi­gnons aussi les enfants atteints de tumeur ou vic­times d’accidents d’autres ori­gines. Depuis le début de cette mission, on a opéré entre 700 à 800 patients, dont 45 % sont des enfants.

Combien de chirurgiens formez-​​​​vous à Gaza ?

C’est une for­mation en deux ans. Sept Pales­ti­niens ont été diplômés dans la pre­mière pro­motion sortie il y a deux ans. Cette année, dans la deuxième pro­motion, en fin de pre­mière année, ils sont huit. On devait faire passer les examens pour le passage de pre­mière en deuxième année. Si les Israé­liens ne nous laissent pas passer, la for­mation de ces chi­rur­giens pales­ti­niens est fichue pour cette année.

À chaque mission, nous voyons quatre fois plus de patients que nous ne pouvons opérer. C’est pourquoi nous sommes passés à la for­mation car il y a un besoin aigu. Le premier de nos élèves formés, Mohamed Al Ran­tissi, fait 100 inter­ven­tions chi­rur­gi­cales par an, ce que nous faisons en un an avec quatre dépla­ce­ments. Une per­sonne sur place est aussi efficace que la totalité des mis­sions. Avec les diplômés et ceux à venir, d’ici à cinq ans, on devrait couvrir les besoins de la popu­lation de Gaza dans ce type de chi­rurgie spé­cia­lisée. Ces for­ma­tions évitent des évacua­tions sani­taires et per­mettent de créer des centres chirurgicaux localement.

Recueilli par Agnès ROTIVEL

(1) Auteur avec Jacques-​​​​Marie Bourget de Sur­vivre à Gaza, un por­trait de Mohamed Al-​​​​Rantissi, Éd. Kou­toubia, 198 p., 18,90 €. http://​www​.la​-croix​.com/​a​r​t​i​c​l​e/ind…