Une arme absolue : le pacifisme

Hamid Barrada, lundi 9 août 2010

OPINION :
La force, rien que la force, tel est le credo d’[Israël] depuis la guerre de Gaza (fin 2008-​​début 2009). Et si un pro­blème ne se règle pas par la force, il suffit d’utiliser plus de force pour en venir à bout.

On savait tout sur la flot­tille Liberté pour Gaza avant qu’elle soit arrai­sonnée par un com­mando israélien, le 31 mai, inter­vention qui a entraîné neuf morts et l’indignation du monde entier. Dili­gentés par des ONG paci­fistes et trans­portant 10000 t de pro­duits des­tinés à la popu­lation pales­ti­nienne soumise à un blocus depuis près de trois ans, les six bateaux avaient appa­reillé à partir de la Turquie, qui s’était assurée que l’opération serait rigou­reu­sement paci­fique. Tout cela, les Israé­liens ne pou­vaient l’ignorer. Et si l’opération Free Gaza était un piège, ils sont tombés dedans à pieds joints et les yeux grands ouverts. Pourquoi  ?

Quelques semaines après le drame, la question essen­tielle reste posée. Les expli­ca­tions avancées mènent en fin de compte à une seule, qui a la force de l’évidence. Le gou­ver­nement israélien avait opté pour un trai­tement mili­taire en en assumant toutes les consé­quences. C’était même l’occasion, pour lui, d’une démons­tration de force sup­plé­men­taire. La force, rien que la force, tel est le credo de l’État hébreu depuis la guerre de Gaza (fin 2008-​​début 2009). Et si un pro­blème ne se règle pas par la force, il suffit d’utiliser plus de force pour en venir à bout.

Les Israé­liens sont d’autant plus confortés dans leurs cer­ti­tudes qu’ils béné­fi­cient de la com­pré­hension constante de ce que l’on appelle la com­mu­nauté inter­na­tionale. La meilleure illus­tration en est pré­ci­sément Gaza. Avec, outre l’opération Plomb durci, dont le bilan se passe de tout com­men­taire – 1400 morts pales­ti­niens et 13 israé­liens –, le blocus imposé à un million et demi de Pales­ti­niens qui ont mal voté (pour le Hamas). Par­fai­tement illégal, injuste, inhumain, sadi­quement cruel et mesquin (inter­diction d’un sham­poing ou d’une épice…), il dure dans l’indifférence générale.

Or, la flot­tille de la liberté a créé une nou­velle donne. Désormais, il y a un avant-​​ et un après-​​31 mai 2010. L’abordage israélien a choqué partout et l’habituelle invo­cation de la légitime défense ne marche plus. Du coup, Gaza et la Palestine ne sont plus des affaires arabes ou musul­manes, elles inté­ressent tout le monde. Ce qui met à mal l’arrogance israélienne.

L’arrivée de Barack Obama à la Maison Blanche n’est pas étrangère à ce retour­nement de l’opinion. En optant pour une poli­tique équi­librée à l’endroit du monde arabo-​​musulman et, dans la foulée, pour la recherche sérieuse d’un règlement du conflit du Moyen-​​Orient, il a mis à découvert les véri­tables inten­tions d’Israël, qui n’ont rien à voir avec la paix. En exi­geant en vain l’arrêt de la colo­ni­sation, il aurait commis une erreur tac­tique. Peut-​​être. En tout cas, il a mis au jour le véri­table pro­blème  : le refus d’Israël de la paix.

Les Israé­liens ne veulent pas la paix mais les ter­ri­toires. Les­quels  ? Un voleur est prag­ma­tique, il convoite tout le butin et prend ce qu’il peut. Les Israé­liens n’ont pas à se plaindre, ils ont beaucoup pris et per­sonne – ONU, Quartet, États-Unis… – n’a réussi à modérer leur appétit. Mais, là encore, la situation a changé. Le 31 mai, avec Free Gaza, une nou­velle arme a fait son appa­rition  : le paci­fisme. Effi­cacité redou­table, usage facile et légitime, à la portée de tous, Scan­di­naves, Magh­rébins, Turcs et Aus­tra­liens, il mobilise des ano­nymes et des Prix Nobel. Sa fabri­cation est aisée  : on affrète des bateaux (les mécènes devraient se bous­culer dans le Golfe), on réunit mili­tants et pro­duits, et on prend le large. Enfin, ce qui ne gâche rien, il est d’emblée très médiatique.

Naguère, un certain Che Guevara avait appelé à mul­ti­plier les Vietnam. Le mot d’ordre révo­lu­tion­naire aujourd’hui  : « Un, deux, trois Free Gaza. »