Hassane Zerrouky, jeudi 5 juin 2008
Naela Khalil a reçu le prix de la liberté de la presse pour une enquête sur un règlement de comptes interpalestiniens.
Elle est palestinienne. Elle s’appelle Naela Khalil. Cette jeune femme de trente ans, originaire du camp de Balata, à Naplouse, a reçu, lundi à Beyrouth, le prix Samir-Kassir de la liberté de la presse, du nom du journaliste tué dans un attentat dans la capitale libanaise le 2 juin 2005. Le prix, doté d’un montant de 15 000 euros, lui a été remis au cours d’une cérémonie à l’Hôtel Phoenica par Gisèle Khouri-Kassir, épouse du journaliste assassiné, et par le chef de la délégation de la Commission européenne au Liban, Patrick Laurent. La jeune journaliste palestinienne a été récompensée pour un article « Arrestations politiques : un règlement de comptes entre Fatah et Hamas » publié sur le site Internet Amin. « On parle toujours des détentions de Palestiniens aux mains d’Israël. Mais j’ai été consternée de voir des Palestiniens arrêter et torturer leurs compatriotes », a déclaré la lauréate de l’édition 2008. Dans cet article, elle rendait compte des détentions arbitraires et des traitements inhumains infligés aux militants de l’autre camp.
Créé en octobre 2005 par la Commission européenne au Liban avec la Fondation Samir-Kassir, ce prix annuel est destiné à récompenser un reportage ou une série de reportages relatifs à l’État de droit et à la liberté de la presse dans un des neuf pays du sud de la Méditerranée, partenaires de l’UE.
Témoins de la répression
Pour autant, il faut savoir que, dans les territoires occupés, des journalistes palestiniens, dont beaucoup travaillent pour des médias arabes et occidentaux, pratiquent dans l’anonymat leur métier dans des conditions extrêmement difficiles, au péril de leur vie. Durant l’année 2007, une vingtaine de journalistes ont été blessés par balles dans les territoires occupés. Certains d’entre eux étaient délibérément ciblés par l’armée israélienne. Il y a un peu plus d’un mois, le 17 avril, Fadel Chanaa, journaliste palestinien travaillant pour l’agence Reuters, succombait à ses blessures, après avoir été touché par une arme à sous-munitions tiré par un char israélien. Et dans tous les cas de figure, ces actes restent impunis. Et aucun parmi ces journalistes n’a été encore récompensé. Sans doute sont-ils des témoins gênants d’une répression menée dans des territoires occupés depuis quarante ans par un État dit de droit, en l’occurrence Israël, jouissant d’une totale impunité.