Un témoin oculaire du meurtre à Hébron de Hadil Al-Hashamoun par les Forces de Défense Israéliennes [armée israélienne] : ”Je n’ai jamais vu de couteau”

MintPress News, jeudi 7 janvier 2016

Posté par Richard Silverstein le 1er octobre 2015 à 9 h 38.

Le soldat israélien qui a appuyé sur la gâchette, mettant fin à la vie d’une jeune fille palestinienne désarmée sur le chemin de l’école

A 7 h 45 le 22 Septembre, Hadeel al-Hashlamoun, âgée de 18 ans, originaire d’Hébron, sur le chemin de sa classe à l’université locale. Un détecteur de métal a retenti quand elle a essayé de franchir le Checkpoint 56.

Elle a obtempéré quand des soldats des Forces de Défense Israéliennes [armée israélienne, ndlr], de la Brigade Nahal, se sont approchés d’elle et lui ont demandé d’ouvrir son sac. Alors les soldats se sont mis à lui crier des ordres en hébreu. Des témoins oculaires déclarent qu’il semblait qu’elle ne comprenait pas les soldats. Alors qu’elle se tenait là, figée, ne répondant pas, un employé municipal palestinien local, Fawaz Abu Aisheh, s’est approché d’elle, parlant en arabe et essayant de lui traduire.

Il a dit aux soldats qu’il faisait reculer al-Hashlamoun derrière une barrière métallique. Mais alors qu’elle agissait ainsi, les soldats lui ont donné l’ordre de s’arrêter. Un soldat (photographié sur la première image du rapport du témoin oculaire qui suit) a tiré plusieurs coups de feu à ses pieds. A ce moment, Abu Aisheh a reculé pour assurer sa propre sécurité. Après qu’il l’a fait, les soldats ont continué à crier sur al-Hashlamoun et elle restait figée. Finalement, le soldats qui avait tiré des coups de semonce a ensuite tiré un coup de feu qui l’a touchée à la jambe. Puis un autre coup de feu qui a touché l’autre jambe. C’est alors qu’elle est tombée sur le sol.

Après quelques instants, le soldat s’est approché d’elle et lui a tiré plusieurs coups de feu supplémentaires dans le corps. Elle gisait là sur le sol, saignant lentement à mort. Les soldats — ils étaient à présent sept — n’ont rien fait pendant quelques minutes. Puis l’un deux a appelé sur un téléphone portable.

Quelque temps après cela, un soldat a traîné le corps d’al-Hashlamoun à peine vivante sous la barrière et en arrière de l’endroit où les soldats s’étaient tenus. Ils ont enlevé son voile et ont regardé son visage. A ce moment, une foule de spectateurs s’était rassemblée pour regarder.

Une ambulance palestinienne est arrivée, mais les soldats ont refusé de l’autoriser à l’évacuer. Ils ont tiré une grenade incapacitante en direction de l’équipe d’urgence (vous pouvez voir ceci sur la vidéo diffusée par PalMedia Centre de Medias) pour les chasser. Ce n’est que 40 minutes après qu’elle a été atteinte par les tirs, qu’une ambulance israélienne a fini par arriver. Quand elle a été mise dans l’ambulance la majeure partie de ses vêtements avait été enlevée et soit un soldat, soit un colon, a pris des photos de son corps à demi vêtu à l’arrière de l’ambulance. Une page Facebook favorable aux colons a publié la photo accompagnée de commentaires pleins de dérision sur la victime. La photo a été enlevée, vraisemblablement sur l’ordre de la Brigadière-Générale Sima Vaknin-Gil censeure sortante de l’armée israélienne, qui a déclaré dans une récente interview à la publication de surveillance des médias “7ème Œil” que son équipe surveille de près les médias sociaux afin d’éviter de tels “embarras.”

L’ambulance israélienne a emmené al-Hashlamoun dans une clinique à Kiryat Arba qui n’a pas de service de soins intensifs. Elle a ensuite été emmenée à l’hôpital Shaarey Tzedek, où elle a été déclarée morte par hémorragie.

Nous avons des preuves documentaires de la scène du meurtre grâce à un militant bénévole d’une ONG étrangère. Son travail comprenait l’accompagnement d’élèves palestiniens dans la traversée de ce checkpoint pour s’assurer qu’ils n’étaient pas harcelés par les soldats. C’est pourquoi il avait une caméra prête et il a enregistré le tragique assassinat ce matin-là.

Ses photographies ont saisi la situation tendue entre la victime et l’assassin. Mais, jusqu’à cette semaine, nous ne savions pas qui était le témoin oculaire. Aujourd’hui, il a rompu le silence. Il s’appelle Marcel “Renan” Leme. Il est brésilien. Bien que son compte déclare qu’il ne voulait pas s’exprimer publiquement jusqu’à ce qu’il ait quitté la Palestine et soit retourné au Brésil, je présenterai ultérieurement ici une autre explication plus crédible.

Leme n’a pas seulement expliqué la scène par des photographies, auxquelles il a ajouté une chronologie, il a aussi ajouté sa propre relation précise de l’incident. Vous trouverez ici son rapport, publié le 26 Septembre 26, qui commence par un paragraphe introductif expliquant le contexte. J’ai légèrement annoté la traduction anglaise afin d’améliorer quelques expressions maladroites :

Le 22 septembre 2015, jour du meurtre de la Palestinienne Hadil, Marcel Leme, Observateur International des Droits de l’Homme, quittait la ville d’Hébron en Palestine pour retourner au Brésil. Il était à quelques mètres de la scène. Ses photos ont été utilisées par les médias internationaux et son nom tenu anonyme pour des raisons de sécurité, parce qu’il était toujours dans les territoires contrôlés par Israël. En arrivant au Brésil il a pris contact avec le Blog Sanaúd-Voltaremos et a présenté son témoignage par un rapport écrit et photographique.

Alors que les agences médiatiques internationales ont essayé de faire passer la version israélienne selon laquelle la Palestinienne Hadil était une terroriste, Marcel était là , observant et photographiant l’assassinat de Hadil, une Palestinienne innocente qui à aucun moment n’a réagi de quelque façon à l’approche de soldats israéliens sur un des checkpoints imposés aux Palestiniens par Israël dans la ville d’Hébron et dans plus de cent des villages palestiniens. …

Témoignage sur le meurtre de la Palestinienne à Hébron (Palestine) le 22 septembre 2015

Témoignage et photos : Marcel Leme

Le 22 septembre 2015, à 7 h 43, j’ai remarqué une Palestinienne franchissant le Checkpoint 56, à l’entrée de la Rue Shuhada à Hébron. Comme elle passait (par) le checkpoint, le détecteur de métal (a sonné) et, comme d’habitude, un des deux soldats israéliens ont demandé à la femme de s’arrêter de marcher. D’abord, il a dit quelque chose en hébreu, mais comme elle parlait arabe, les soldats ont essayé aussi de s’adresser à elle en anglais, lui criant “Arrêtez, arrêtez !” et “Reculez !”. Immédiatement elle s’est arrêtée de marcher et s’est retournée vers lui. A ce moment-ci, la distance entre la femme et le soldat était d’environ 2 mètres. Elle était entièrement couverte d’une burqa noire, même son visage était couvert, et le soldat était complètement effrayé depuis qu’elle avait franchi le checkpoint. Puis le soldat a pointé son arme sur elle et a paru avoir demandé à la femme d’ouvrir son sac pour (inspection). (Photo 1 – 7 h 44)

Photo 1 – 7 h 44

Tandis qu’elle essayait d’ouvrir son sac, le soldat israélien l’a fait bouger lentement la barrière métallique sur la voie de sortie du checkpoint. La soldat (l’a forcée à faire ceci) en pointant son arme sur la femme et en lui criant quelque chose en hébreu. (A ce moment-ci), la distance entre eux était toujours d’environ 2 mètres. Le soldat demeurait très effrayée à son sujet.

Photo 2 – 7 h 44

Immédiatement, (un) second soldat a aussi pointé son arme sur elle. La distance entre la femme et le second soldat était aussi d’environ 2 mètres. Comme les soldats le lui avaient demandé, la femme a commencé à se déplacer lentement en direction de la barrière métallique. Elle demeurait toujours silencieuse, tranquille et ne s’est jamais rapproché d’un soldat.

P 3 – 7 h 45

Quand elle s’est approchée de la barrière métallique, qui faisait environ 1,2 mètre de haut, les soldats israéliens lui ont à nouveau demandé d’ouvrir son sac to open. (D’abord) il semblait qu’elle ne comprenait pas ce que les soldats voulaient d’elle, particulièrement parce qu’ils lui criaient en hébreu, si bien qu’elle n’a pas bougé et qu’elle n’a pas même répondu aux soldats. Elle était complètement tranquille et figée.

Les deux soldats ont tiré vers le sol. Immédiatement après les tirs , les soldats lui ont crié à nouveau quelque chose en hébreu, si bien que la femme a essayé d’ouvrir son sac pour leur montrer ce qu’il y avait dans celui-ci. Avant qu’elle (ait entièrement ouvert son sac), le soldat à sa gauche a commencé à tirer vers (la femme). A ce moment-ci, la distance entre elle et les deux soldats était d’environ 3 mètres.

Le soldat israélien a tiré trois fois sur elle, mais je ne pourrais pas (dire si les) balles ont touché ou non. Juste après que les trois balles (ont) été tirées, la femme est demeurée debout près de la barrière métallique. Sans aucune réaction aux tirs, elle demeurait silencieuse, calme et ne bougeait pas. Les soldats continuaient à lui crier quelque chose en hébreu.

(A ce moment), un Palestinien (Fawaz Abu Aisheh) est arrivé au checkpoint avec l’intention de passer vers la zone H1 (Bab Al-Zawiye). (Il s’est immédiatement approché de la femme), était debout juste derrière elle et semblait (demander) aux soldats d’arrêter de tirer. Il leur (a dit ) quelque chose en hébreu et fait quelques gestes des mains leur suggérant d’arrêter de tirer. La femme s’est retournée vers (le) Palestinien, elle restait debout au même endroit et (tournait) le dos aux soldats. Le Palestinien lui parlait en arabe, … en cherchant probablement à (lui) expliquer (la situation) et ce que les soldats attendaient d’elle, parce que (elle semblait ne pas comprendre l’hébreu).

Photo 4 – 7 h 45

A ce moment-ci deux soldats supplémentaires sont arrivés sur place. Le Palestinien a dit quelque chose en hébreu aux soldats et a cherché à aider la femme à quitter lentement l’endroit vers la voie de sortie du checkpoint, juste de l’autre côté de la barrière métallique. A ce moment-ci la distance entre la Palestinienne et les soldats restait (d’environ 3 mètres). Quand elle a cherché à marcher lentement vers la voie de sortie du checkpoint, les soldats ont commencé à tirer trois fois de plus vers la femme, même avec le Palestinien debout juste derrière elle.

Photo 5 – 7 h 45

(Effrayé par les tirs), le Palestinien s’est écarté de la femme, debout à environ 2 mètres d’elle. Après les tirs, elle est resté debout, n’a pas réagi, parlé, hurlé ni crié. Sa seule réaction a été : elle s’est mise à marcher très lentement vers la voie de sortie du checkpoint, qui mène à la zone H1 (Bab Al-Zawiye), de l’autre côté de la barrière métallique. (Photo 6)

Photo 6 – 7 h 45

Tandis qu’elle marchait lentement de l’autre côté de la barrière, avec l’intention de franchir le checkpoint en revenant vers la zone H1 (Bab Al-Zawiye), les soldats lui ont crié quelque chose en hébreu. Elle s’est immédiatement arrêtée de marcher et les a regardés. Il semblait que la femme ne comprenait pas ce qu’ils attendaient d’elle, si bien qu’elle est restée calme, silencieuse et figée. A ce moment-ci il y avait quatre soldats israéliens en scène. La femme se tenait debout à environ 4 mètres d’eux tous et il y a avait alors une barrière métallique d’environ 1,2 mètres de haut entre la femme et les soldats. (Photo 7)

Photo 7 – 7 h 46

La femme restait (figée) de l’autre côté de la barrière métallique, derrière elle il y avait un mur. Elle ne bougeait pas, ne parlait pas, ne hurlait pas ni ne réagissait. Elle … n’a jamais essayé d’attaquer les soldats et ne s’est même pas approchée d’eux.

Alors les soldats israéliens ont commencé à ouvrir le feu sur elle à cinq ou six reprises. Les soldats étaient alors à environ 3 mètres d’elle. (Photo 8 et 9)

Photo 8 – 7 h 46

Photo 9 – 7 h 46

Après qu’il (a) tirée sur elle plusieurs fois, la Palestinienne est restée debout pendant quelques secondes, puis, brusquement, elle est tombée par terre. A ce moment-ci moment deux soldats de plus sont arrivés en courant. Il y avait maintenant six soldats israéliens autour d’elle. (Photo 10)

Photo 10 – 7 h 46

Juste après que la femme (est tombée par terre), un soldat est venu vers elle et a tiré sur elle tandis qu’elle était (étendue sur le sol). A ce moment-ci la distance entre la victime et le soldat était d’environ 1,5 mètre. (Photo 11)

Photo 11 – 7 h 47

La Palestinienne demeurait (couchée sur le sol) après que les soldats (ont) tiré sur elle plusieurs fois. Elle s’est écroulée par terre sur la voie de sortie du checkpoint, qui va vers la zone H1 (Bab Al-Zawiye) et les soldats israéliens ont tiré sur elle à partir de l’autre côté de la barrière métallique. Elle était totalement inconsciente et ne bougeait pas. Il n’y avait pas de couteau autour d’elle sur le sol. (Photo 12 / Photo 13)

Photo 12 – 7 h 47

Photo 13 – 7 h 48

Deux minutes après que les soldats (ont) tiré sur elle (et qu’elle est tombée par terre), de nombreux Palestiniens qui vivent dans les environs ont essayé de venir sur les lieux, mais les soldats avaient déjà bloqué l’accès à cet endroit, fermé la rue Shuhada, le Checkpoint 56, la rue qui monte vers le quartier de Tel Rumeida. Si bien que la foule se tenait derrière le barrage des soldats, regardant la scène d’une distance d’environ 40 mètres dans la rue qui monte vers Tel Rumeida.

Les six soldats qui étaient sur les lieux ont commencé à tourner autour de la femme et ils semblaient (ne pas savoir quoi faire). Cinq minutes après qu’elle a été atteinte par les tirs des soldats israéliens et (qu’elle est tombée par terre), ils ont commencé à parler entre et l’un des soldats a passé un appel téléphonique. (Photos 14 et 15)

Photo 14 – 7 h 52

Photo 15 – 7 h 52

Juste après l’appel téléphonique, de nombreux soldats et policiers israéliens sont arrivés sur les lieux. Ils étaient debout autour de la victime, la prenant en photo et passant quelques appels téléphoniques. Je suis resté sur les lieux et personne ne m’a rien dit.

Personne n’était autorisé à aller plus près de l’endroit, sauf les colons israéliens qui sont arrivés huit minutes après que les soldats israéliens (ont) tiré sur la Palestinienne et (qu’elle est tombée par terre). (Photos 16 et 17)

Photo 16 – 7 h 55

Photo 17 – 7 h 55

A 7 h 59 un homme des (services médicaux d’urgence) israéliens est arrivé sur les lieux, mais il n’a pas prodigué les premiers secours, il a juste regardé la victime et passé un appel téléphonique. A ce moment-ci les colons, les soldats et les policiers israéliens parlaient entre eux et prenaient des photos de la Palestinienne, qui était inconsciente et (était étendue) sur le sol. (Photo 18)

Photo 18 – 8 h 01

A 8 h 01 les soldats ont traîné le corps de la femme sous la barrière métallique et l’ont tirée de l’autre côté de la barrière métallique, là où les soldats israéliens se tenaient pendant (tout) l’incident et d’où ils ont tiré sur elle. (A ce moment,) la victime (a repris conscience) et a lentement bougé la tête. Immédiatement les soldats israéliens ont pointé leur arme sur elle, mais elle a à nouveau perdu connaissance. (Photo 19)

Photo 19 – 8 h 01

Puis les colons israéliens se sont tenus debout autour d’elle et ont commencé à se rassembler et à prendre de nouveau des photos de la femme. Les soldats ont retiré son voile noir, de façon à pouvoir voir son visage et à prendre des photos d’elle. (Photos 20 et 21 / Photo 22 – 8 h 05)

Photo 20 – 8 h 03

Photo 21 – 8 h 03

Photo 22 – 8 h 05

Vingt minutes après que la Palestinienne (a été victime des tirs des soldats israéliens et soit tombée par terre), les policiers ont repoussé les colons israéliens qui étaient debout autour d’elle et ont isolé l’espace autour de la victime. Je ne pouvais voir aucun soin médical.

Puis un policier est venu vers moi et m’a demandé de quitter les lieux. J’ai pris la dernière photo de la scène et j’ai pris la rue qui mont vers Tel Rumeida. Je me suis ensuite joint à la foule qui se tenait derrière le barrage des soldats, qui était à environ 40 mètres de l’endroit. (Photo 23)

Photo 23 – 8 h 07

Note :

Je me tenais au checkpoint avant que la femme … ne le franchisse, j’ai pu voir (tout l’)incident d’une distance d’environ 7 à 8 mètres …, en faisant toujours en marchant le tour de l’endroit pour essayer de trouver un lieu sûr et un meilleur angle pour être témoin et pour prendre des photos. J’ai quitté l’endroit à 8 h 07, 24 minutes après que la femme ait franchi le checkpoint et 20 minutes après (qu’elle soit tombée sur le sol parce qu’elle a été victime de tirs).

Le nom de la victime a ensuite été publié par les médias en tant que Hadil al-Hashlamun, une Palestinienne (âgée de 18 ans). Le Palestinien qui a cherché à l’aider est Fawaz Abu ‘Easheh.

Je tiens à mettre l’accent sur le fait que la victime … n’a jamais cherché à attaquer les soldats israéliens, elle … n’a jamais cherché à brandir un couteau et elle (ne s’est jamais approché) des soldats (à partir du moment où elle) a franchi le Checkpoint 56 jusqu’au moment où les soldats israéliens ont à plusieurs reprises tiré sur elle et où elle s’est effondrée inconsciente sur le sol. Avant, pendant et après l’incident je (n’ai pas vu) de couteau entre les mains de la femme ou autour d’elle sur le sol.

Compte-rendus contradictoires à propos d’un couteau

Le témoignage de Leme est critiquable pour plusieurs raisons — la plus importante étant un témoignage contradictoire avec ceux d’autres témoins oculaires. Fawaz Abu Aisheh, l’homme qui est intervenu pour essayer de traduire pour Hadeel al-Hashlamoun, a été interviewé de façon approfondie par les médias étrangers et des travaileurs de terrain sur les doits de l’homme l’ont interviewé depuis la tragédie. Il a dit à Amnesty International et B’Tselem que alors que al-Hashlamoun n’avait rien fait de menaçant pour le personnel israélien, il avait bien vu un couteau tenu sous son niqab.

Abu Aisheh a décrit le couteau comme ayant “un manche noir.” Les FDI (Forces de Défense Israéliennes) ont présenté des photos d’un couteau qui était par terre loin de l’endroit où se tenait debout la victime pendant la rencontre, mais ce couteau-là avait un manche jaune et bleu. Le couteau sur la photo des FDI est aussi à 10 pieds (environ 3 mètres) de l’endroit où al-Hashlamoun est tombée après avoir été atteinte par les tirs. Il n’y a eu aucune tentative pour expliquer comment le couteau s’est déplacé de l’endroit où les FDI ont déclaré qu’il était vers l’endroit où il a été photographié.

Les FDI maintiennent une surveillance de tous les checkpoints de ce genre par des caméras de sécurité, ce qui pourrait facilement apporter une réponse à toutes les questions concernant cette tragédie. Si leur personnel est sans tache, les FDi doivent rendre publics les enregistrements pour le prouver. Le porte-parole des FDT, le Lieutenant-Colonel Peter Lerner, s’est gardé de répondre à mes appels répétés pour que ces enregistrements soient rendus publics.

Abu Aisheh a aussi donné une interview à “The Guardian” dans lequel il a parlé de façon approfondie de la scène de l’attaque. A aucun moment il ne fait mention d’un couteau. Dans une interview à “The New York Times”, il ne déclare pas avoir vu de couteau. Même si la version israélienne des évènements est vraie et si al-Hashlamoun avait effectivement un couteau, Abu Aisheh à dit à “The Times” :

“Elle aurait dû sauter par dessus une barrière d’environ un mètre de haut pour atteindre un soldat. … Il y avait six ou sept soldats avec des armes lourdes. Il n’y avait pas besoin de cet assassinat.”

Marcel Leme, également, qui fréquentait régulièrement ce checkpoint afin d’accompagner les enfants palestiniens allant à l’école au nom de son ONG, n’a jamais vu de couteau. Bien qu’il était légèrement plus loin d’ al-Hashlamoun que Abu Aisheh, Leme a été témoin de tout l’incident du début à la fin (Abu Aisheh n’est arrivé sur les lieux qu’au milieu de la confrontation). Leme a aussi tout enregistré avec sa camera.

Une ONG étrangère fait obstruction au reportage sur le meurtre

Il y un autre étrange coup tordu pour cette affaire. Après que Marcel Leme a couvert l’assassinat, il a été appelé à Jérusalem par l’ONG éducative qui le parraine. Ils ont coupé court à sa participation et l’ont immédiatement renvoyé au Brésil, alors même que son programme n’était pas terminé.

Bien que Leme ait fait connaître ses photos à une ONG palestinienne indépendante, les Jeunes Contre les Colonies, qui les a publiées en ligne, il est lui-même demeuré au départ silencieux. Badia Dwaik, fondateur de l’association des Défenseurs des Droits de l’Homme basée à Hébron, a raconté à MintPress News qu’il avait pris contact avec l’ONG de Leme, en leur demandant de rendre public le témoignage personnel du témoin oculaire afin de faire la lumière sur la divergence avec le compte-rendu d’Abu Aisheh.

Après que Dwaik n’a reçu aucune réponse, il a lancé une campagne dans les medias sociaux en langue arabe et a appelé d’autres ONG palestiniennes de défense des droits de l’homme à le rejoindre. Ils ont publiquement et spécifiquement demandé pourquoi l’ONG de Leme était restée silencieuse alors que son témoignage aurait pu rétablir l’honneur de la victime assassinée.

Cette ONG a accompli depuis plusieurs années un travail éducatif et de soutien en Palestine. De son point de vue, elle a cherché à sauvegarder sa mission, ses responsables et bénévoles. Mettre en colère les autorités militaires aurait été une façon assurée de faire échouer son travail futur. De nouveaux bénévoles étrangers cherchant à entrer dans le pays pourraient être massivement expulsés. Si bien qu’elle a adopté une approche prudente, refusé de s’impliquer elle-même dans l’incident et a renvoyé Leme. Il n’a pas publié le compte-rendu présenté ici jusqu’à ce qu’il ait été sauf là-bas.

Dwaik est certain que sa pression a joué un certain rôle en encourageant les ONG à permettre que l’histoire soit racontée. Pour lui, l’attitude de l’ONG de Leme soulève des questions importantes sur les rôles qu’elle joue dans le conflit. Il est compréhensible qu’une telle organisation puisse souhaiter protéger ses projets sur le terrain. Se trouver impliqué dans un meurtre, dans l’examen minutieux des faits de la part des medias israéliens qui va de pair, et dans la sécurité personnelle peut être certainement désagréable. Mais, comme le dit Dwaik : “Si vous venez ici, mais si vous ne voulez pas jouer un rôle positif dans le conflit, alors pourquoi êtes-vous ici ?”

J’ai cherché à prendre contact avec Leme pour une interview et je n’ai pas pu le faire avant que cette histoire ne soit mis sous presse.

Profanation de la morte

J’ai mentionné ci-dessus que des photos dégradantes de Hadeel al-Hashlamoun ont été publiées sur un média social favorable aux colons. Après qu’elle a été tuée, les services de la sécurité intérieure d’Israël, le Shin Bet, ont diffusé un communiqué anonyme publié dans les medias israéliens qui souille davantage sa mémoire :

“Les mois derniers, Hadil al-Hashlamoun a dit à plusieurs occasions à ses amis proches qu’elle voulait “faire quelque chose” et mener une attaque terroriste. Un jour avant l’incident elle a cherché à rompre avec son petit ami. A partir d’une enquête sur l’évènement, il semble qu’elle était connue du Shabak (autre nom du Shin Bet] et qu’elle ait exprimé son désir d’exécuter une attaque terroriste et lui a dit qu’elle ne le reverrait jamais.”

Ce passage a été effacé des versions suivantes de l’article. Dans de telles circonstances le censeur militaire exige habituellement que le document soit retiré, bien que quelqu’un du Shin Bet ait pu préféré de diffuser ce portrait incendiaire de la victime.

“Exécution extrajudiciaire”

A la suite de cet assassinat, Amnesty International a publié un rapport le qualifiant “d’exécution extrajudiciaire.” Elle a utilisé ce terme tout en admettant que Hadeel al-Hashlamoun ait pu tenir un couteau. Elle a dit clairement que le point le plus marquant pour déterminer le point de vue à avoir sur la confrontation est que al-Hashlamoun, si elle avait un couteau, ne l’a jamais montré, n’a jamais fait preuve de son intention de l’utiliser, et n’a jamais fait de mouvement qui aurait pu même vaguement être interprété comme hostile ou menaçant.

Assurément, si al-Hashlamoun avait porté un couteau, elle méritait d’être interrogée et probablement arrêtée. S’il avait pu être prouvé que son intention était d’infliger du mal aux soldats, Israël aurait eu le droit de la juger. Mais de tous les états dans le monde qui déclarent être des démocraties, Israël est l’un des rares qui autorisent les exécutions sommaires de civils. (Le programme de drones des USA pourrait aussi bien entraîner leur inscription sur cette liste.)

Il y a eu peu de réponse officielle au meurtre de la part des FDI. Il n’est pas même passé par la procédure opératoire habituelle d’annonce d’enquête sur l’incident, qui se termine invariablement par la fermeture du dossier “pour manque de preuves.”

Les médias sociaux, en revanche, ont été largement exprimé leur indignation. Les utilisateurs de Facebook et de Twitter ont diffusé une affiche produite par le graphiste et militant des droits de l’homme israélien Shaul Hanuka, qui représente l’image du tireur sur une affiche de “Recherché”.

Un nombre significatif d’utilisateurs favorable à Israël ont déposé des plaintes auprès de Facebook à propos de cette affiche. La plateforme de média social a même suspendu brièvement le compte du militant pro-palestinien et contributeur de MintPress, Joe Catron. Elle a ajouté que le dessin avait été retiré parce qu‘il “contenait une violence graphique.” L’ironie dans tout ceci , bien sûr, est que le meurtre de al-Hashlamoun était le pont ultime ultime de la violence graphique.

L’affiche ne contient aucune violence que ce soit. Mais les défenseurs d’Israël craignent que ceux parmi eux qui s’engagent réellement dans des actions violentes puissent avoir fait à eux ce qu’ils ont fait aux Palestiniens.

Finalement, si Hadeel al-Haslamoun a été exécutée comme le déclare Amnesty, alors ceci est un crime de guerre et doit faire l’objet d’une enquête en tant que telle. Les preuves de cet incident doivent être transmis par l’Autorité Palestinienne à la Cour Pénale Internationale, de laquelle elle est maintenant membre.

A propos de l’auteur

Richard Silverstein est analyste à MintPress qui rédige le blog Tikun Olam depuis 2003, se spécialisant dans la politique israélienne et la politique étrangère des USA. Il a obtenu un BA à l’Université Columbia, un BHL du Séminaire Théologique Juif et un MA en Littérature Comparée de l’UCLA. Suivez Richard sur Twitter : @Richards1052.

Traduit de l’anglais par Yves Jardin, membre du GT de l’AFPS sur les prisonniers