Un responsable du Hamas annonce un accord sur la création d’un port à Gaza

Ahmed Youssef, qui fut le proche conseiller du premier ministre Ismaïl Haniyeh, affirme qu’Israéliens et Turcs se sont récemment entendus pour désenclaver le territoire côtier.

Cyrille Louis, Le Figaro, vendredi 22 avril 2016

Des bateaux de pêche palestiniens dans le port de Gaza. Mohammed Abed / AFP

Le Hamas, qui réclame depuis une dizaine années la levée du blocus sur la bande de Gaza, n’affiche pas souvent un tel optimisme. Selon Ahmed Youssef, un ancien conseiller du premier ministre Ismaïl Haniyeh qui compte parmi les voix influentes du mouvement islamiste, « il est maintenant certain qu’un port maritime va être construit ». « Les dirigeants turcs et israéliens sont tombés d’accord sur le principe lors d’une réunion qui s’est tenue à Londres le 7 avril dernier », croit-il savoir, tout en reconnaissant qu’« un certain nombre de détails concernant la sécurisation des installations doivent encore être finalisés. » Le scénario privilégié consisterait à mettre en place une liaison maritime directe entre l’enclave palestinienne et la partie du territoire chypriote que contrôle la Turquie.

Les propos d’Ahmed Youssef, qui dirige un centre de réflexion proche du Hamas, font écho à l’optimisme récemment manifesté par les autorités turcs. Les deux pays négocient depuis plusieurs mois pour normaliser leurs relations, mises à mal en 2010 par l’assaut meurtrier contre la flottille du Navi Marmara. La Turquie a fait de la levée du blocus imposé à la bande de Gaza une condition de cette réconciliation. Le Hamas a de son côté offert une trêve de cinq ans si Israël accepte la création d’un port maritime. « Les négociateurs ont accompli d’importants progrès et sont tombés d’accord pour finaliser un accord à l’occasion de leur prochaine réunion, qui aura lieu très bientôt », a déclaré le ministère turc des Affaires étrangères, après la réunion du 7 avril.

Les responsables israéliens, bien que circonspects sur le degré d’avancement des discussions, reconnaissent être tombés d’accord avec les Turcs sur la nécessité de trouver un remède à l’extrême dégradation des conditions de vie dans le territoire palestinien. Celle-ci est causée par les restrictions imposées aux mouvements de populations et de marchandises vers ou depuis Israël, ainsi que par la fermeture de la frontière entre Gaza et l’Égypte. Le chef des renseignements militaires israéliens a récemment estimé devant une commission de la Knesset que la situation économique, le taux de chômage supérieur à 40% et l’absence quasi-totale de perspective risquent, à moyen terme, de provoquer un nouvel accès de violence. « La création d’un port qui relierait Gaza au monde extérieur sans mettre en péril notre sécurité fait partie des hypothèses envisagées », concède un responsable israélien sous couvert de l’anonymat.

Ce projet, prévu par les accords d’Oslo mais bloqué depuis le début de la seconde intifada, est toutefois loin de faire l’unanimité parmi les dirigeants israéliens. Beaucoup redoutent que le Hamas et sa branche armée, inscrits sur la liste des organisations terroristes par les États-Unis et l’UE, ne profitent d’une telle fenêtre sur le monde pour importer des armes et des matériaux destinés à attaquer l’État hébreu. La découverte, il y a une dizaine de jours, d’un tunnel apparemment destiné à infiltrer des combattants sur le sol israélien, n’a sans doute pas atténué leur méfiance. Le premier ministre, Benyamin Nétanyahou, ainsi que son ministre de la Défense, demeurent d’ailleurs officiellement opposés à la création d’un port à Gaza.

Le ministre du Renseignement, Yisrael Katz, propose pour sa part de contourner l’obstacle sécuritaire en créant une île artificielle qui, reliée par un pont à la bande de Gaza, pourrait abriter un port où les marchandises transiteraient sous contrôle israélien. Mais cette suggestion ne suffira sans doute pas à dissiper les réticences de l’Égypte. Ce pays, qui s’est récemment beaucoup rapproché d’Israël, voit la bande de Gaza comme son arrière-cour et se méfie comme de la peste des visées turques sur ce territoire. « Il nous faut trouver une solution imaginative pour atténuer les souffrances des Gazaouis tout en veillant à ne pas froisser nos principaux voisins », résume le responsable israélien, qui prévient : « Cela risque de prendre encore quelques temps... »