Un point de vue palestinien, un plan qui peut marcher

Ghassan Khatib, jeudi 10 février 2005

Cela n’a échappé ni aux ana­lystes ni aux poli­ti­ciens pales­ti­niens que, lors de sa visite récente en Israël et en Palestine, la nou­velle secré­taire d’état, Condo­leezza Rice n’a pas fait mention de la Feuille de Route pendant ses décla­ra­tions et com­men­taires publics.

JPEG - 19.6 ko
Ghassan Khatib

Pour beaucoup de per­sonnes, cela confirme les sus­pi­cions concernant le sérieux des Etats-​​Unis en vue de pour­suivre la Feuille de Route en tant que plan viable qui aiderait les deux partis à rem­placer les confron­ta­tions vio­lentes conti­nuelles par des négo­cia­tions paci­fiques sur la base d’une légalité inter­na­tionale. Ces sus­pi­cions prennent leur origine dans les 14 amen­de­ments à travers les­quels les res­pon­sables israé­liens, jamais enthou­siasmés ni excités par l’idée de la Feuille de Route, a condi­tionné son accep­tation du plan. Israël veut éviter cer­taines des obli­ga­tions sti­pulées dans la Feuille de Route, y compris celles pré­sentes dans la pre­mière phase.

Mais la Feuille de Route est encore le plan le plus exploi­table pour traiter le conflit et ce pour trois raisons :
- 1. c’est le seul plan accepté en principe par les deux partis ;
- 2. il béné­ficie d’un consensus inter­na­tional
- 3. il est main­tenant intégré dans la légis­lation internationale.

La pre­mière phase de la Feuille de Route peut pra­ti­quement répondre à tous les besoins légi­times des deux partis. Il répond à toutes les inquié­tudes israé­liennes y compris la vio­lence pales­ti­nienne, le désar­mement des groupes armés et le déman­tè­lement des orga­ni­sa­tions impli­quées dans les confron­ta­tions vio­lents. Il répond également à tous les pré­oc­cu­pa­tions pales­ti­niens y compris la fin des attaques israé­liennes visant les Pales­ti­niens, la fin de la pré­sence mili­taire israé­lienne dans les zones de l’Autorité Pales­ti­nienne, la fin des res­tric­tions sur les dépla­ce­ments des Pales­ti­niens et la fin de l’expansion des colonies illégales.

La phase I de la Feuille de Route est essen­tiel­lement un contexte sta­bi­li­sateur pour nous aider à tra­verser le passage cri­tique entre la vio­lence et les négo­cia­tions. Le danger prin­cipal de ce contexte est mis en évidence par les ten­ta­tives répétées israé­liennes pour essayer de traiter les dif­fé­rents com­po­sants de cette phase d’une façon sélective.

Actuel­lement, ces efforts sont une ten­tative évidente pour res­treindre le pro­chain sommet à Sharm Al Sheikh à des ques­tions de sécurité. Si cela réussit, les efforts pales­ti­niens pour revenir aux négo­cia­tions et pour conso­lider le calme actuel ainsi que les aller-​​retour diplo­ma­tiques constants au Moyen Orient, ten­ta­tives qui reflètent un intérêt réel pour la nécessité de saisir cette pré­sente oppor­tunité, tout cela sera vain. Le cessez-​​le-​​feu ne peut pas être maintenu à moins d’être consolidé par l’application des com­po­sants autres que la sécurité qui se trouvent dans la phase I.

Ce point est essentiel parce que si la question de la sécurité est traitée sépa­rément, les causes de l’absence de sécurité (c’est-à-dire l’occupation mili­taire bel­li­gé­rante et les pra­tiques qui découlent de cette occu­pation) ne seront pas abordées. La com­mu­nauté inter­na­tionale et par­ti­cu­liè­rement les Etats Unis, doit essayer d’éviter ce scé­nario. Car cela serait une invi­tation à l’échec dont le résultat sera une grande déception pour les peuples de la région et qui risque de nous ramener dans un cercle encore plus vicieux de vio­lence puisque les fac­tions anti-​​ pro­cessus de paix en Palestine se retour­neront et diront « vous avez une encore une occasion et ça n’a pas marché ».

Malgré le fait que la pre­mière phase de la Feuille de Route est essen­tielle car son but est de mettre fin aux confron­ta­tions et de reprendre les négo­cia­tions, cette phase ne peut pas être écartée du reste du plan. Voilà un autre piège. En regardant avec attention cer­taines décla­ra­tions et pra­tiques récentes de poli­ti­ciens israé­liens, on est amené à craindre un piège au moment de la phase II de la Feuille de Route. Cette phase appelle à l’établissement d’un état pales­tinien avec des fron­tières tem­po­raires. Si l’on doit croire la droite israé­lienne, c’est une étape qu’Israël essayera de trans­former en un arran­gement final pour éviter la troi­sième et der­nière phase de la Feuille de Route qui stipule la nécessité de mettre fin à l’occupation com­mencée en 1967 afin de per­mettre la création d’un état pales­tinien indépendant.

La phase finale qui met fin à l’occupation, repré­sente bien sûr l’aspect le plus cri­tique de la Feuille de Route : soit elle mettra fin aux négo­cia­tions soit elle réussira à mettre en place une véri­table paix durable entre les deux partis. La Feuille de Route est un plan exhaustif et demande une attention continue et active de la part de la com­mu­nauté inter­na­tionale afin de garantir une adhésion des deux partis aux trois phases du plan et à leurs dif­fé­rents composants.