Un pas symbolique vers la réconciliation entre les Palestiniens

Agnès Rotivel, dimanche 7 février 2010

Nabil Shaath, envoyé par le pré­sident pales­tinien, était dans la bande de Gaza pour renouer des liens avec les frères ennemis du Hamas Nabil Shaath, membre du Comité central du Fatah, avec le chef du gou­ver­nement du Hamas, Ismaïl Haniyeh, hier à Gaza. Cette ren­contre témoigne d’un chan­gement poli­tique important dans les rela­tions nterpalestiniennes.

La nou­velle est passée qua­siment inaperçue dans la presse étrangère, et pourtant la visite à Gaza, avant-​​hier et hier (3 et 4 février), de Nabil Shaath, membre du Comité central du Fatah, est un événement. Sa ren­contre hier avec le chef du gou­ver­nement du Hamas, Ismaïl Haniyeh, est un événement. C’est la pre­mière ren­contre sur le sol de la bande de Gaza entre un membre officiel du Fatah (au pouvoir en Cis­jor­danie) et du Hamas depuis sa prise de pouvoir dans ce ter­ri­toire sur­peuplé, coincé entre Israël et Égypte. Il témoigne d’un chan­gement poli­tique important dans les rela­tions interpalestiniennes.

Lors d’une confé­rence de presse orga­nisée le soir de son arrivée à Gaza, escorté par des membres du Hamas, Nabil Shaath a expliqué qu’il était envoyé par le pré­sident Mahmoud Abbas. Aucun détail précis n’a été donné sur la durée de son séjour – quelques jours, selon ses proches.

Une entente entre Hamas et Fatah réduirait l’influence de l’Iran.

La démarche de Nabil Shaath est sym­bo­lique. Hamas et Fatah reviennent de loin. En 2007, ils se sont affrontés à Gaza dans une véri­table guerre civile qui a abouti à l’arrivée au pouvoir du Hamas et au départ forcé du Fatah. Depuis, les appels à la récon­ci­liation se sont mul­ti­pliés. Des pour­parlers se tiennent régu­liè­rement au Caire entre les repré­sen­tants des deux partis pour tenter de recoller les mor­ceaux. Nabil Shaath y par­ticipe au titre de repré­sentant de l’Autorité pales­ti­nienne en Égypte. Il est lui-​​même issu d’une famille ori­gi­naire de Khan Younès, dans la bande de Gaza.

Pourquoi Mahmoud Abbas et Nabil Shaath ont-​​ils pris ce risque ? Le temps joue contre les Pales­ti­niens. Les États-​​Unis n’ont pas réussi à faire avancer ce dossier, les Euro­péens n’ont tou­jours pas réussi à définir une poli­tique commune, mais ils sont au moins d’accord sur une chose : il faut aboutir rapi­dement à la création d’un État pales­tinien. Car der­rière le Hamas, il y a l’Iran et les menaces que ce pays fait peser sur les pays arabes et ceux du Golfe, en par­ti­culier. Une récon­ci­liation entre Hamas et Fatah réduirait son influence. D’où la médiation très appuyée de l’Arabie saoudite, pour qui l’Iran est la menace suprême, pour une récon­ci­liation interpalestinienne.

Riyad est déjà à l’origine, en 2002, d’une ini­tiative arabe de paix, pro­posant à Israël une nor­ma­li­sation des rela­tions en échange de son retrait des ter­ri­toires arabes occupés en 1967. En 2009, elle a organisé deux mini­sommets, dans l’espoir de récon­cilier Hamas et Fatah. En vain.

Les pres­sions occi­den­tales sont fortes pour que le pré­sident Abbas retourne à la négo­ciation avec les Israé­liens. Un accord avec le Hamas lui est indis­pen­sable s’il veut appa­raître comme s’exprimant au nom de tous les Pales­ti­niens. Qu’exigera le Hamas en échange ? Pro­ba­blement la tenue d’élections et un partage du pouvoir.