Un officier de l’armée israélienne ne sera pas jugé pour tirs "non autorisés" à Gaza

L’Orient le Jour avec AFP, vendredi 17 juin 2016

La justice militaire israélienne a décidé qu’un officier accusé de tirs "non autorisés" sur un bâtiment à Gaza pendant la guerre de 2014 ne serait pas présenté devant un tribunal mais seulement réprimandé, a indiqué mercredi l’armée.

"Le procureur général de l’armée a recommandé que le lieutenant colonel Neriya Yeshouroun soit officiellement réprimandé", selon un communiqué de l’armée. L’officier est accusé d’avoir donné l’ordre à ses soldats d’ouvrir le feu sur un bâtiment palestinien, pour saluer la mémoire d’un soldat tué durant le conflit, précise l’armée.

"L’enquête de la police militaire a conclu que ce tir n’était pas justifié par un besoin opérationnel et qu’il n’avait fait ni blessé ni dégât", précise le communiqué.

La guerre de Gaza en 2014, la plus dévastatrice des trois conflits dans cette enclave palestinienne depuis 2008, a fait 2.251 morts côté palestinien, majoritairement des civils, selon l’Onu, et 73 côté israélien 67 soldats.

Breaking The Silence ("Briser le silence"), une ONG israélienne offrant une plateforme aux soldats pour dénoncer les agissements selon eux condamnables de l’armée avait publié en mai 2015 un recueil de témoignages sur la guerre de Gaza. Le document, compilant les témoignages anonymes de plus de 60 officiers et soldats accuse l’armée israélienne d’avoir fait un usage aveugle de la force qui aurait causé un nombre sans précédent de victimes civiles.

"Breaking the silence" dénonçait une centaine de cas de mauvais comportements imputables pour une grande part au principe du "risque minimum" adopté par l’armée pour protéger ses soldats.

Un soldat raconte notamment comment son unité blindée a lâché une salve contre un immeuble au loin sur ordre de son commandant pour rendre hommage à un soldat tué.

"Le commandant a déclaré que nous allions tirer à la mémoire de notre camarade (...) nous avons tiré un missile antichar contre un bâtiment situé à 4,5 km de notre position sans rien savoir de ce bâtiment et sans aucune menace pour nous".

Pour Yehouda Shaul, un des fondateurs de Breaking the silence, les autorités ne veulent pas de procès susceptibles de soulever la question des règles d’engagement et de l’usage de la force.

"Ce qui est clair c’est que toute affaire qui touche aux règles d’engagement sera enterré", a-t-il souligné à l’AFP. Il a fait état d’une trentaine d’enquêtes ouvertes sur la guerre de Gaza, sans pouvoir préciser combien avaient donné lieu à des poursuites.

L’armée a affirmé à plusieurs reprises son engagement à enquêter "de la manière la plus sérieuse possible" sur toutes les informations "crédibles" sur les agissements de ses soldats.