Un metteur en scène palestinien montre la souffrance de l’attente des réfugiés

samedi 17 septembre 2005

Venise - Le cinéaste Rashid Masharawi trans­porte, avec son film « Waiting »*, le fes­tival de Venise dans le monde perdu des camps de réfugiés four­millants du Moyen Orient avec parfois un regard iro­nique sur la des­tinée de ses compatriotes.

« Nous les Pales­ti­niens nous avons l’impression que nous ne contrôlons pas notre des­tinée. L’espoir d’une pos­sible solution sur­vient régu­liè­rement mais tombe à l’eau et alors nous recom­mençons à attendre. L’attente est devenue une partie inté­grante de nos vies. C’est à la racine de notre être » dit-​​il.

‘Avant de quitter les ter­ri­toires pales­ti­niens pour étudier à l’étranger, le réa­li­sateur du film, Ahmad, joué par Mahmoud Massad, est per­suadé de faire un dernier travail : audi­tionner les acteurs pour la nou­velle fiction du Théâtre National Palestinien.’

‘En cher­chant sur Internet des talents d’acteurs, il entre­prend un voyage souvent frus­trant mais très éclairant avec la jour­na­liste Bissan (Areen Omari) et le camé­raman Lumière (Youssef Baroud).’

‘Lors des audi­tions dans les camps de réfugiés pales­ti­niens au Liban, en Jor­danie et en Syrie, Ahmad dit aux futurs acteurs qu’ils doivent jouer le rôle de quelqu’un en attente.’

Masharawi connaît bien le sujet, étant lui-​​même un réfugié, dans l’incapacité de retourner chez lui dans la ville de Ramallah en Cis­jor­danie, ville où il diri­geait un centre de cinéma et culturel ces trois der­nières années.

« J’ai donc passé le temps à attendre à l’extérieur pour pouvoir revenir chez moi et faire ce film » dit Masharawi qui, en plus de vingt ans, a fait quelques 20 films.

Malgré le sujet sinistre dont des images de char­niers de vic­times des mas­sacres dans les camps de réfugiés de Sabra et Shatila au Liban, camp rasé par les Israéliens [1], l’histoire est racontée non sans un léger humour et ironie.

« J’ai moi-​​même connu l’attente et j’ai passé beaucoup de temps à attendre. Par exemple, alors que j’étais avec ma famille sous un couvre-​​feu de deux mois à Gaza. Ce n’est pas pos­sible d’être triste pendant deux mois. Et quel­quefois on rit. On se raconte des blagues. On essaye de rendre notre vie aussi agréable que pos­sible dans une telle situation ».

Tourné en octobre et novembre dernier au Liban, en Jor­danie et en Syrie, le film emploie environ 50 réfugiés pales­ti­niens jouant leur propre rôle.

« On discute beaucoup actuel­lement en Palestine au sujet des réfugiés, beaucoup de négo­cia­tions avec Israël, avec l’Amérique, avec l’Union Euro­péenne mais ils parlent tout le temps de chiffres…je voulais avec ce film montrer ce que cela signifie d’être un réfugié pales­tinien » explique-​​t-​​il.

Tandis que Bissan termine ici les véri­fi­ca­tions de sa bande son pour les audi­tions, elle récite méca­ni­quement les phrases qu’en tant que pré­sen­ta­trice pour la télé­vision pales­ti­nienne, elle répète chaque jour, les phrases ‘clichés’ de l’espoir pales­tinien : « l’Union Euro­péenne a exprimé l’espoir…le premier ministre pales­tinien espère que la crise pourra être résolue ».

Malgré le fait que Masharawi dise qu’il ne se considère pas comme un cinéaste poli­tique, il dit que le fait d’être un cinéaste pales­tinien « est poli­tique du fait du contenu de nos films. »

« Nous n’essayons pas d’être poli­tiques. Nous essayons de raconter nos his­toires, nous voulons expliquer notre vie » dit-​​il.

*Le film de Masharawi est co-​​produit par la chaîne de télé­vision germano-​​française, ARTE, et passe à l’écran à Venise dans la sélection des films d’auteurs. Il sera en com­pé­tition cette semaine au Fes­tival du Film de Toronto.

[1] en réalité les mass­sacres ont été commis par les milices chré­tiennes pha­lan­gistes, avec la com­plicité bien­veillante des Israé­liens -dont Sharon-​​​​ qui encer­claient les camps