Un métro à Gaza

Mohamed Abusal, lundi 23 janvier 2012

Après une rési­dence d’artiste à Paris, l’artiste pales­tinien Mohamed Abusal vient de pré­senter au Centre culturel français de Gaza une expo­sition ori­ginale inti­tulée « UN METRO A GAZA »

D’où vous est venue cette idée originale ?

La bande de Gaza est un espace étroit et rec­tan­gu­laire, truffé de moyens de trans­ports très variés : de la char­rette à la voiture en passant par le bus et le camion. Compte tenu de la sur­po­pu­lation et de l’encombrement de l’espace, des motos, des « taktak » (tri­por­teurs courts) et des « taftaf » (tri­por­teurs longs) sont aussi apparus, importés par les tunnels à la fron­tière égyp­tienne. Le réseau des trans­ports à Gaza res­semble à une four­mi­lière, avec la même tension, le même sol déformé, en raison des bom­bar­de­ments, mais sans orga­ni­sation ni dis­ci­pline et sans espoir que les choses évoluent, sauf en rêve. J’ai donc eu une vision pour remédier à cette situation : un métro. Je vois ce projet comme une solution visuelle et artis­tique tem­po­raire à la crise.

Comment s’est passée votre résidence d’artiste à Paris ?

Cette rési­dence a duré un peu plus de 4 mois, entre mai et octobre 2011, grâce à une bourse du Consulat général de France à Jéru­salem et des fon­da­tions Al Ta’awun et Al Qattan. J’ai pu me fami­lia­riser avec le métro parisien, méditer sur le plan de métro et les sta­tions, les cor­res­pon­dances, les signa­li­sa­tions, les tunnels, les bouches qui avalent puis recrachent les voya­geurs. Puis j’ai com­mencé à ima­giner l’impact psy­chique que ce projet pourrait avoir sur les spec­ta­teurs gazaouis. J’ai visité la com­pagnie du métro parisien RATP et le Musée des Arts et Métiers afin de donner à mon projet une véri­table dimension de recherche scien­ti­fique. Je me suis aperçu que la car­to­graphie de la bande de Gaza se prêtait par­fai­tement à un réseau de lignes de métro sou­ter­raines. Je propose que ce métro soit acces­sible à tous, qu’il fonc­tionne sur une énergie durable pro­venant d’Egypte, qu’il ne soit pas attaqué par des bom­bar­de­ments ni soumis au blocus, qu’il ne soit pas dépendant des sou­bre­sauts poli­tiques, qu’il n’y ait pas de sépa­ration entre les hommes et les femmes dans les rames, qu’il fonc­tionne du matin jusqu’au bout de la nuit, et que les conduc­teurs aient de pré­fé­rence une expé­rience en matière de trans­ports publics.

Comment ont réagi les habitants de Gaza à votre projet ?

Nous avons planté les pan­neaux des sta­tions de métro dans 50 endroits dif­fé­rents dans la bande de Gaza, confor­mément au plan du métro. Les pas­sants ont été immé­dia­tement inter-​​ pelés et leurs réac­tions expri­maient à la fois l’enchantement et l’ironie, l’opti- misme et la frus­tration, la candeur et l’incrédulité, l’espérance et le désespoir, comme : « le signe M, ça veut dire qu’il y aura un nouveau port (« mina » en arabe) pour les pêcheurs ? » ; « ça me rap­pelle le métro en Egypte : je vais prendre une photo avec mo n por­table et faire croire à ma femme que j’étais en Egypte » ; « je ne suis pas d’accord avec ce projet, qui menace nos emplois ! (un chauffeur de taxi) ; « avec ce projet, nous pourrons enfin avoir un peu de calme »…

voir l’article du consulat de France à Jérusalem http://consulfrance-jerusalem.org/s...