Un festival pour le Jour de la Terre en Palestine

Paola Rochat, samedi 28 mars 2009

Le village de Aqraba (dans le sud-​​est de la ville de Naplouse) a organisé ven­dredi après-​​midi (27 mars), à l’occasion du Jour de la Terre, un fes­tival de résis­tance popu­laire contre l’occupation israélienne.

Le Jour de la Terre marque l’anniversaire de l’assassinat de 6 mani­fes­tants par les forces israé­liennes en 1976. Le 30 mars, des citoyens pales­ti­niens de Sakhnin (ville avec environ 20.000 habi­tants, en Galilée) avaient organisé une mani­fes­tation pour pro­tester contre l’expropriation de leur terre par le gou­ver­nement israélien.

Les forces israé­liennes avaient tiré sur les 5000 mani­fes­tants désarmés. 6 Pales­ti­niens avaient été tués, au moins 96 blessés, et 300 avaient été arrêtés. Pour dénoncer les meurtres, des ras­sem­ble­ments s’étaient pro­pagés depuis l’intérieur d’Israël jusqu’aux Ter­ri­toires occupés.

Le fes­tival a eu lieu dans l’école d’Aqraba et voulait être une réponse aux récents ordres de démo­lition émanés par les auto­rités israé­liennes. 15 struc­tures (des maisons, une mosquée, un puit et une école –dans la photo – ) situés à la péri­phérie du village, dans une région appelée Khirbit Al-​​Tawil, devraient être détruites.

Khirbit Al-​​Tawil se trouve dans une zone C, sous contrôle mili­taire direct israélien. Des sym­pa­thi­sants étrangers visitent le village et des jeunes d’Aqraba prient dans sa mosquée, mais aucune forme de pro­tes­tation régu­lière s’est formée. Les familles ont contacté deux avocats du Markaz Al-​​Quds.

9 colonies et avant­postes ont été bâtis déjà sur la terre de Aqraba, parmi les­quelles Gittit, Ma’ale Efrayim, Sadia, Pe’zael, Fasayil, Gilgal et Itamar. Le village est situé sur une colline qui regarde vers la vallée du Jourdain et les mon­tagnes arides de la Jor­danie. Il est entouré par des oli­ve­raies magni­fiques et la plupart des habi­tants tra­vaillent dans l’agriculture.

Le fes­tival a été organisé par la muni­ci­palité d’Aqraba, les Agri­cul­tural Popular Com­mittees, et le Conseil Local pour la Résis­tance Popu­laire. Les enfants du village ont dansé la dabkeh et joué une petite pièce théa­trale, habillés avec des cou­tumes tra­di­tionnels pales­ti­niens, dans laquelle les femmes et les hommes se trou­vaient dans leur champs, ils culti­vaient et ils cueillaient les olives. Alors qu’ils par­ta­gaient le repas en cercle, l’armée israé­lienne a fait irruption en déclarant que la terre sur laquelle se trou­vaient les Pales­ti­niens appar­tenait à l’Etat hébreu : les gens se rebellent, deux per­sonnes sont tuées, et les agri­cul­teurs sont forcés à quitter leur terrain.

« Cette terre est une terre arabe isla­mique, pas sio­niste », a déclaré dans son dis­cours Cheikh Nasser du quartier de Cheikh Jarrah à Jéru­salem, que les auto­rités israé­liennes veulent forcer à quitter sa maison. « Sortez de notre terre et retournez chez vous ».

Une dizaine d’internationaux et des acti­vistes du Inter­na­tional Soli­darity Movement ont par­ticipé au fes­tival et à la mani­fes­tation jusqu’aux maisons de Khirbit Al-​​Tawil, situé aux pieds d’une colline, dans une zone plaine où les paysans cultivent le frument et élèvent les brebis. Le paysage est mer­veilleux et la terre est fertile : on com­prend pourquoi les auto­rités de l’Etat hébreu y sont inté­ressées.

« Nous sommes des agri­cul­teurs, si ils prennent notre terre nous n’aurons plus rien. L’Autorité Pales­ti­nienne est trop faible pour nous aider. Nous demandons aux orga­ni­sa­tions civiles d’intervenir », dit un habitant de Khirbit. « Les colons russes s’installent ici et cultivent. Et moi, le pro­prié­taire de la terre, qu’est-ce que je fais ? »

Des oliviers ont été plantés autour de la petite mosquée.

A la fin de sep­tembre 2008 un jeune berger du village, Yahya Atta Rayahin (18 ans), avait été tué par des colons qui avaient tirés 20 fois sur lui, à bout portant. L’adolescent était en traîn de s’occuper de son troupeau de moutons, entre Aqraba et Awarta. (PNN)