Un extrémiste de droite à la tête de la diplomatie israélienne

Serge Dumont, lundi 9 mars 2009

Avigdor Lie­berman a signé un accord avec le premier ministre désigné Benyamin Neta­nyahou. Conster­nation au sein même du Ministère des affaires étrangères

L’accord est scellé. Sauf imprévu, Avigdor Lie­berman sera nommé ministre des Affaires étran­gères dans le gou­ver­nement que Benyamin Neta­nyahou pré­sentera à l’approbation à la fin du mois. Vain­queur incon­testé des élec­tions légis­la­tives du 10 février dernier, Avigdor Lie­berman et son parti d’extrême droite Israël notre maison étaient incon­tour­nables. Ils ont donc obtenu tout ce qu’ils exi­geaient puisqu’ils contrô­leront également la Justice et la Sûreté inté­rieure (Police). Deux minis­tères impor­tants aux yeux d’Avigdor Lie­berman puisque ce dernier se retrouve actuel­lement au centre d’une enquête inter­na­tionale de grande ampleur relative au blan­chiment d’au moins 7 mil­lions de dollars via des sociétés off­shore basées à Chypre. Un dossier dans lequel, selon la police, sa fille et son avocat seraient impliqués.

« L’arrivée du leader d’Israël notre maison à la tête de la diplo­matie de l’Etat hébreu suscite une conster­nation d’autant plus grande au sein du ministère concerné que Benyamin Neta­nyahou lui a accordé beaucoup plus d’autonomie que ses pré­dé­ces­seurs, explique le chro­ni­queur poli­tique Raviv Drucker. Quant aux diplo­mates étrangers en poste dans la région, ils pré­voient d’ores et déjà de nom­breux inci­dents. Y compris avec la nou­velle admi­nis­tration amé­ri­caine. Avig­dor Lie­berman étant un colon assumé (ndlr : il réside dans une implan­tation proche de Ramallah, en Cis­jor­danie), il sera sans doute accueilli fraî­chement dans les capi­tales occi­den­tales à l’occasion de ses déplacements. »

A cela s’ajoutent les nom­breuses décla­ra­tions mus­clées dont le futur chef de la diplo­matie israé­lienne s’est fait le spé­cia­liste depuis la création de son parti en 1999. Peu après le déclen­chement de la deuxième Intifada en 2000, il a ainsi traité le premier ministre Ariel Sharon et celui des Affaires étran­gères de « lavettes » parce qu’ils reje­taient son idée de faire raser Ramallah par l’aviation.

Plus tard, Avigdor Lie­berman a souvent focalisé sa colère sur l’Union euro­péenne qu’il a taxée de « lâcheté face aux Arabes » tout en l’accusant de « sou­tenir le ter­ro­risme ». Ces der­niers mois, il s’est acharné contre l’Egypte en pro­posant, entre autres, de bom­barder le barrage d’Assouan. A la tribune de la Knesset, il s’en est également pris au pré­sident égyptien Hosni Mou­barak en l’accusant de « sou­tenir » la contre­bande d’armes à des­ti­nation de la bande de Gaza. « Mou­barak ? Qu’il aille au diable », s’est-il exclamé à l’occasion d’un débat par­le­men­taire organisé peu avant le déclen­chement de l’opération « Plomb durci » à Gaza.

« Au Caire, les propos à l’emporte-pièce d’Avigdor Lie­berman n’ont pas été oubliés, affirme le com­men­tateur Zvi Ykhiezkeli. Or, ce pays arabe modéré est qua­siment le seul avec la Jor­danie à avoir conclu la paix avec Israël. Et ce pays joue un rôle important dans les négo­cia­tions avec le Hamas en vue d’une trêve dans la bande de Gaza ainsi que dans les mar­chan­dages en vue de l’échange de Gilad Shalit (ndlr : le caporal enlevé en juin 2006 par des isla­mistes de Gaza) contre des détenus palestiniens. »

Pour les repré­sen­tants de la minorité arabe d’Israël (20% de la popu­lation), la pro­motion d’Avigdor Lie­berman et de cer­tains de ses amis à des fonctions-​​clés du pro­chain gou­ver­nement est une « pro­vo­cation ». « Cela équivaut à nous cracher au visage, car ces gens-​​là sont des fas­cistes et ils vont tout faire pour nous humilier, assène le député Ahmad Tibi. Que l’on ne s’étonne donc pas si la réaction d’une partie de notre com­mu­nauté est violente. »