Un checkpoint israélien fracasse les espoirs de Betty Azzam

Benjamin Barthe, dimanche 1er novembre 2009

Un sac à main blanc et une écharpe rose : c’est tout ce que Betty Azzam a pu sauver de son ancienne vie. Il y a peu, cette jeune pales­ti­nienne ori­gi­naire de Gaza menait la vie rela­ti­vement pri­vi­légiée d’une étudiante de Cisjordanie.

Avec un diplôme en droit des affaires de l’université de Bethléem qu’elle s’apprêtait à recevoir, elle espérait décrocher un premier emploi au sein de la pres­ti­gieuse société de télé­com­mu­ni­ca­tions Jawwal. Mais ce début de car­rière pro­metteur s’est écrasé, mer­credi 28 octobre, sur un check­point israélien. Arrêtée à 13 heures par des soldats alors qu’elle revenait d’un entretien d’embauche, Betty Azzam a été recon­duite, à 23 heures, les yeux bandés et les mains liées, jusque dans cet immense cachot qu’est la bande de Gaza. Motif de la dépor­tation, selon l’armée israé­lienne : "séjour illégal" en Cis­jor­danie. "Je n’ai pas eu le temps de récu­pérer la moindre de mes affaires, dit Betty. En une journée, j’ai perdu mon diplôme, mes amis et mon avenir. Ma vie vient de s’effondrer. Avec 60 fils de dépêches thé­ma­tiques, suivez l’information en continu

Quatre ans de clandestinité

L’armée explique que Betty ne dis­posait pas du permis qui autorise les Gazawis à cir­culer dans l’autre morceau de leur patrie. Et pour cause. Depuis le début de la seconde Intifada, en 2000, ce pré­cieux sésame n’est accordé qu’à une poignée de "VIP". Les pre­mières mesures de res­triction sont apparues au milieu des années 1990, après les accords d’Oslo, frappant de plein fouet les étudiants de Gaza, ins­crits en masse dans les uni­ver­sités de Cis­jor­danie. Pour gagner Bethléem en 2005, lors de sa pre­mière année de faculté, la jeune femme avait donc rusé. Elle avait utilisé un permis tem­po­raire dont la bureau­cratie mili­taire israé­lienne fait l’aumône aux chré­tiens de Gaza, à l’approche des fêtes reli­gieuses. Au lieu de rester cinq jours en Cis­jor­danie, Betty y est restée quatre ans. Un séjour clan­destin, sans espoir de régularisation.

La mainmise d’Israël sur le registre d’Etat civil pales­tinien interdit aux rési­dents de Gaza de faire changer l’adresse figurant sur leur carte d’identité. "Pendant quatre ans, j’ai limité mes dépla­ce­ments au strict néces­saire, raconte la jeune femme. Heu­reu­sement que mes parents sont venus pour les fêtes de Noël et de Pâques, sinon je ne les aurais pas vus."

A Bethléem, la direction de l’université est choquée. L’intervention des avocats du Patriarcat latin n’a pas permis d’éviter l’expulsion. "Qu’on ne nous parle pas de la sécurité d’Israël, maugrée le frère Jack Curran, un moine amé­ricain, membre de la congré­gation de La Salle, qui gère l’université. Il s’agit d’une gamine de 21 ans qui veut sim­plement vivre. Israël ne peut pas ignorer ce principe uni­versel qu’est le droit à l’éducation."

Saisie par Gisha, une ONG de défense des droits des Pales­ti­niens, la Cour suprême israé­lienne tran­chera. Le pro­nostic n’est guère favo­rable. D’après les décomptes de Gisha, 838 étudiants admis dans des uni­ver­sités à l’étranger ou en Cis­jor­danie sont tou­jours bloqués à Gaza, 839 avec Betty Azzam.