Un arsenal de règles israé­liennes empêche les Gazaouis de se rendre en Cisjordanie

Michel Bôle-​​Richard, dimanche 5 juillet 2009

Selon de nou­velles règles dra­co­niennes édictées par les auto­rités israé­liennes le 8 mars, il est désormais pra­ti­quement impos­sible pour un habitant de la bande de Gaza de revenir ou de s’installer en Cis­jor­danie que ce soit pour des raisons huma­ni­taires ou dans le cadre de regrou­pement de familles.

Après le dépôt de nom­breuses péti­tions devant la justice par deux orga­ni­sa­tions non gou­ver­ne­men­tales (ONG) israé­liennes, Gisha (Centre légal pour la liberté de dépla­cement) et Hamoked (Centre pour la défense de l’individu), ces der­nières ont obtenu de l’administration un document qui expose dans le détail le laby­rinthe admi­nis­tratif et les condi­tions très strictes aux­quels les requé­rants doivent se sou­mettre pour espérer sortir de la prison à ciel ouvert qu’est devenue la bande de Gaza.

Pour ne citer que quelques-​​unes des bar­rières qu’il est néces­saire de franchir : il faut avant tout que le demandeur comme la famille d’accueil n’ait jamais eu maille à partir avec les ser­vices de sécurité ; les cas sus­cep­tibles d’être exa­minés ne concernent que les liens de parenté au premier degré et à condition que ce soit pour des raisons médi­cales ; il faut en outre avoir moins de 16 ans ou plus de 65 ans. Le permis sera accordé pour six mois renou­ve­lable une fois, puis soumis, chaque année sui­vante et cela pendant sept ans, à un nouvel accord avant que la per­sonne concernée puisse se voir accorder un permis de rési­dence en Cisjordanie.

"UN DROIT FONDAMENTAL"

Les auto­rités israé­liennes sont offi­ciel­lement chargées des registres d’état civil de la popu­lation pales­ti­nienne dans les ter­ri­toires occupés. Depuis sep­tembre 2000, date du début de la seconde Intifada, la mise à jour des registres n’a pas été effectuée. Ce qui a pour consé­quence que nombre de Pales­ti­niens vivant en Cis­jor­danie mais nés à Gaza sont sus­cep­tibles d’être ren­voyés dans ce ter­ri­toire. Quant aux autres, ils sont condamnés à rester sur place s’ils ne rem­plissent pas les condi­tions énoncées.

"En blo­quant presque com­plè­tement la pos­si­bilité de se rendre de Gaza en Cis­jor­danie, Israël sépare les parents de leurs enfants, les maris de leurs femmes et dénie aux Pales­ti­niens le droit fon­da­mental à une vie fami­liale ainsi que le droit de choisir sa rési­dence", dénoncent les deux ONG.

Pour Joël Greenberg, de Hamoked, "cette pro­cédure constitue une escalade sup­plé­men­taire de la poli­tique israé­lienne de sépa­ration entre les deux entités et un iso­lement accru de la bande de Gaza". Comme si un mur de plus en plus infran­chis­sable était érigé entre les deux territoires.

Tou­tefois, ce constat n’est valable que dans un sens, car cette poli­tique vise à encou­rager les Gazaouis de Cis­jor­danie à retourner dans l’enclave pour retrouver leur famille. "C’est un aller simple. Pour Israël, la bande de Gaza est comme un trou noir. On y jette les Pales­ti­niens et on ne s’en occupe plus", fait remarquer Yadin Elam, avocat de Gisha.