Un appel pour la protection du peuple palestinien

Patrick le Hyaric, L’Humanité, vendredi 23 octobre 2015

Cinq décennies d’occupation israélienne, la privation de liberté pour les Palestiniens, le vol des bonnes terres et des maisons, le mur de ségrégation, les humiliations quotidiennes par un régime policier et militaire, raciste et répressif, des arrestations dans chaque famille, l’indigne traitement des prisonniers politiques, un avenir bouché sont en train de conduire à un seuil de rupture.

Voilà ce qui pousse la jeunesse palestinienne à se rebeller, à crier, à agir. Elle le fait sans réunion préalable d’aucun bureau politique. Elle le fait parce qu’elle n’en peut plus ! C’est un nouveau moment du soulèvement populaire palestinien pour ses droits à vivre. Oui, vivre tout simplement dans leur État, aux côtés de l’État israélien, dans la sécurité et la paix. Depuis des décennies, des charrettes de belles déclarations, des milliers de chiffons agités sur le prétendu «  processus de paix  » n’ont servi au gouvernement israélien qu’à poursuivre la colonisation et la destruction de maisons dans Jérusalem annexée.

L’accélérateur de l’actuel mouvement est la violence quotidienne des colons, depuis des mois, et la tentative de juifs extrémistes – que le gouvernement israélien laisse faire – d’occuper l’esplanade des Mosquées, pourtant sous statut international, dans la perspective de l’accaparer et d’y construire un temple.

Dès lors que les institutions internationales, les dirigeants nord-américains et européens ont laissé faire depuis des années, ils ont produit une situation où les Palestiniens ne comptent plus que sur eux-mêmes. On peut toujours s’interroger sur le caractère individuel de ces résistances. Elles sont mues par le manque d’espoir, le manque de «  futur  ». Il est temps de mesurer tout autant le niveau de la rage que celui de la désespérance qui taraude la société palestinienne. C’est dramatique !

On ne peut laisser faire ! Nous avons le devoir d’élever la voix pour faire respecter le droit international. Nous avons le devoir de remettre les choses à l’endroit. Il y a là-bas une puissance occupante et un peuple occupé, volé, violenté, humilié, emprisonné. Il y a quelque chose d’incongru, d’indécent et de criminel à demander aux Palestiniens d’assurer la sécurité de leurs occupants sur le territoire que ces derniers leur volent, hectare après hectare, dans la perspective de l’édification du «  grand Israël  ». C’est le projet en cours. Nous avons le devoir de le stopper immédiatement.

Le droit international prévoit deux États vivant côte à côte, avec un État palestinien dans les frontières de 1967 avec Jérusalem-Est comme capitale. Or, la direction israélienne s’acharne depuis des années à vider Jérusalem-Est de ses habitants palestiniens et accélère ces derniers jours un processus de séparation de la capitale palestinienne de la Cisjordanie.

La droite et l’extrême droite israéliennes tentent de pousser à la rupture de l’accord sécuritaire israélo-
palestinien pour créer les conditions d’une invasion totale de la Cisjordanie, tandis que de nouveaux bombardements de Gaza sont très possibles.

Au nom du droit, de la justice et de l’humanisme, on ne peut laisser faire. L’action pour faire cesser la colonisation doit être portée plus haut. De nombreuses initiatives ont été prises, de nombreuses interventions ont eu lieu. Il faut maintenant changer de braquet et de méthode. Les États-Unis et l’Union européenne doivent produire des actes, au-delà des voyages de M. Kerry, de Mme Mogherini ou des versements des aides aux Palestiniens. L’Union européenne est en droit de suspendre l’accord d’association qu’elle a signé avec Israël, d’étiqueter les produits issus des colonies et de cesser certains des projets de coopération qui servent à la militarisation et à la colonisation. Le combat pour la libération des prisonniers politiques, au premier rang desquels Marwan Barghouti, ne doit pas faiblir.

Tout dépend de la mobilisation populaire internationale la plus unitaire et la plus large possible. Ceci peut se faire sur une base simple : faire cesser immédiatement la colonisation et installer à Jérusalem, et sur tout le territoire palestinien, une force de protection internationale, sous l’égide des Nations unies. Ce serait la condition de la sécurité pour toutes et tous, qu’ils soient Israéliens ou Palestiniens. Rien n’empêche de le faire sinon le manque de volonté politique. Un mouvement populaire international pourrait y parvenir. Ne pas ouvrir une telle perspective au cœur de l’actuel feu du Proche et du Moyen-Orient ne fait qu’ajouter des barils de poudre aux guerres en cours.

La demande d’une conférence internationale pour la paix et la sécurité au Proche-Orient va de pair avec celle immédiate d’une force de protection du peuple palestinien. Les efforts de mobilisation doivent redoubler.