Un Franco-​​Palestinien en prison : Salah Hamouri existe-​​t-​​il ?

Thierry Reboud, jeudi 25 décembre 2008

Qui a déjà entendu parler de Salah Hamouri ? Pas grand monde, il faut croire.

Salah Hamouri est le fils d’un Pales­tinien de Jérusalem-​​est et d’une Fran­çaise, c’est-à-dire qu’il est aussi Français que Gilad Shalit, le jeune soldat franco-​​israélien pri­sonnier d’un groupe armé de Gaza.

Depuis trois ans et demi, Salah Hamouri est pri­sonnier d’un autre groupe armé : les Forces de Défense Israé­liennes. Après trois ans de détention sans jugement, Salah Hamouri a eu le choix entre recon­naître les faits qui lui étaient reprochés et être condamné à sept ans d’emprisonnement ou ne pas les recon­naître et être condamné à qua­torze ans d’emprisonnement.

Bien qu’il ait tou­jours nié, bien que l’armée israé­lienne ait été inca­pable de pro­duire un seul témoin ou le moindre début de preuve, confronté à ce choix (pour autant que c’en soit un), Salah Hamouri a fina­lement reconnu les faits. Il est donc aujourd’hui considéré comme un ter­ro­riste et doit purger le reste de sa peine.

Quels sont au juste les faits qui sont reprochés à Salah Hamouri qui jus­ti­fient une telle rigueur ? D’être passé devant le domicile du rabbin Ovadia Yossef (figure éminente du parti Shass, extrême-​​droite reli­gieuse) en voiture accom­pagné d’amis qui sont (ou seraient) mili­tants du FPLP (Front de Libé­ration Popu­laire de la Palestine). Le rabbin Ovadia Yossef est célèbre pour ses dia­tribes anti-​​arabes et son domicile est donc sous sur­veillance constante.

Trois mois plus tard, lors d’un contrôle, Salah Hamouri est arrêté. On lui reproche d’être membre du FPLP (ce que lui et le FPLP nient) et d’avoir eu l’intention de com­mettre un attentat contre le rabbin Yossef. Vous avez bien lu : d’avoir eu l’intention. Depuis, Salah Hamouri fait partie des mil­liers de pri­son­niers pales­ti­niens parce qu’il aurait eu une intention.

Et quels sont les faits que reconnaît Salah Hamouri ? D’être passé devant le domicile du rabbin Ovadia Yossef sur la sug­gestion d’un ami, Moussa Darwish. Lea Tsemel, avocate et mili­tante israé­lienne des droits humains, raconte :

"Ils ont roulé au ralenti, vu une caméra, fait demi-​​tour et n’en ont plus parlé après. Les enquê­teurs n’ont trouvé aucune arme et aucun élément sus­cep­tible de prouver qu’ils étaient décidés à passer à l’acte. Il s’agit d’un acte stupide, une bravade, rien de plus."

Fin des vel­léités d’assassinat, début du complot selon la justice mili­taire israélienne.

Ces der­niers jours, Israël a décidé, dans le cadre du soutien poli­tique à Mahmoud Abbas, de libérer 227 pri­son­niers pales­ti­niens. Salah Hamouri n’en faisait pas partie.

Gilad Shalit et sa famille béné­fi­cient de toute la sol­li­citude de la Pré­si­dence de la Répu­blique et du Quai d’Orsay, ce qui est tout à fait normal. Salah Hamouri et sa famille béné­fi­cient de l’indifférence des mêmes, ce qui me paraît déjà moins normal. Gilad Shalit est citoyen d’honneur de la Ville de Paris. Salah Hamouri n’est citoyen d’honneur de nulle part.

Il ne s’agit pas de s’indigner des sou­tiens dont béné­fi­cient Gilad Shalit et sa famille. En revanche, on est en droit d’attendre une action plus vigou­reuse en faveur de Salah Hamouri.

La justice mili­taire israé­lienne ne vaut ni plus ni moins que toutes les jus­tices mili­taires, c’est-à-dire pas grand chose, par­ti­cu­liè­rement dans un pays soumis alors à une réelle pression ter­ro­riste. Mais enfin, le dossier est par­ti­cu­liè­rement vide : encore une fois, c’est une intention qui est reprochée à Salah Hamouri.

On a connu la diplo­matie fran­çaise plus enthou­siaste, par exemple lorsqu’il s’est agi de secourir les infir­mières bul­gares et un médecin pales­tinien, pourtant condamnés par la justice libyenne dans des cir­cons­tances éton­namment simi­laires. Eux aussi avaient reconnu les faits parce qu’ils étaient soumis à ce qu’on peut sans exa­gé­ration appeler un chantage judi­ciaire. Ou même lorsqu’il s’est agi d’aller libérer les membres de l’Arche de Zoé, pourtant condamnés pour des faits autrement consistants.

Chacun de nous a des posi­tions, des pré­fé­rences ou des sou­tiens divers. Pourtant il ne s’agit pas d’être sio­niste ou anti-​​sioniste, pro-​​israélien ou pro-​​palestinien : j’ai la fai­blesse de croire que les pro-​​israéliens seront suf­fi­samment attachés à ce pays qui leur est cher et aux valeurs qu’il prétend pro­mouvoir pour s’associer à tous les défen­seurs des droits humains.