Un Etat policier en construction

Samah Jabr, jeudi 2 décembre 2010

Les mesures sécu­ri­taires, sous par­rainage des Etats-​​Unis, empêchent toute avancée vers un accord de récon­ci­liation entre les deux partis prin­cipaux en Palestine, le Hamas et le Fatah.

Bien que la coor­di­nation sécu­ri­taire sous le par­rainage des Etats-​​Unis ait com­mencé dans les années 1990, l’étendue et la nature de l’intervention des Etats-​​Unis dans les affaires internes pales­ti­niennes se sont inten­si­fiées à travers le pro­gramme mené par le Lt. Gen. Keith Dayton, lancé par l’administration Bush en 2005. Quand le Hamas a chassé le Fatah de la bande de Gaza en juin 2007, l’ambiance était mûre pour une escalade de la mutation poli­tique qui trans­forma d’anciens « héros nationaux » en « « terroristes ».

Alors que les forces de sécurité du Hamas à Gaza sont jugées illé­gales, les gou­ver­ne­ments d’Europe et d’Amérique du Nord apportent une aide finan­cière géné­reuse à l’Autorité pales­ti­nienne et ses forces de sécurité. Dans un dis­cours à Washington, à l’Institut sur la poli­tique au Proche Orient, Dayton déclara (comme si c’était un com­pliment) que son pro­gramme avait créé une « nou­velle sorte de Palestinien ».

Trois bataillons de 500 hommes chacun ont été au bout de ce pro­gramme et d’autres sont actuel­lement en for­mation pour entamer une série d’offensives contre les membres des groupes de la résis­tance en Cisjordanie.

De hauts gradés israé­liens ont été si impres­sionnés par les troupes pales­ti­niennes, selon Dayton, qu’ils lui ont demandé, "Combien de ces nou­veaux Pales­ti­niens pouvez vous créer de plus, et dans combien de temps ?" Dayton a promis d’investir environ 1,3 mil­liard de dollars dans la mise en place de l’appareil de sécurité pales­tinien ; de former 4,700 mili­taires ; de fournir la for­mation et l’équipement et de faci­liter la capacité de se déve­lopper de 15 000 soldats sup­plé­men­taires ; de res­taurer la structure orga­ni­sa­tion­nelle des ins­ti­tu­tions sécu­ri­taires de l’ANP. Les Etats-​​Unis n’investissent pas d’argent dans le bien-​​être de la popu­lation pales­ti­nienne -pour construire des écoles, des hôpitaux qui sou­tiennent la déter­mi­nation du peuple pales­tinien, par exemple-​​ mais pré­fèrent uti­liser cet argent pour acheter des Pales­ti­niens par le pouvoir, l’argent et les pri­vi­lèges qui ren­forcent le conflit interne et la dés­union des Pales­ti­niens. Ils créent des « contras » pales­ti­niens pour faire le sale travail de l’occupation israé­lienne et imposer l’agenda et les déci­sions poli­tiques amé­ri­cains à la popu­lation pales­ti­nienne épuisée, ter­rifiée et pau­pé­risée qui subit ce chantage.

En août, les ser­vices de la Sécurité pré­ventive et des Ren­sei­gne­ments généraux ont raflé plus de 700 sym­pa­thi­sants des groupes de la résis­tance pales­ti­nienne après une attaque meur­trière contre des colons en Cisjordanie.

Et on se demande : qui les forces de sécurité servent-​​elles ? Où disparaissent-​​ elles quand les soldats de l’occupant israélien enva­hissent nos villes et nos cités pour kid­napper, blesser et tuer des Pales­ti­niens ? Est-​​ce qu’elles inti­mident qui­conque hormis des Pales­ti­niens ? Est-​​ce qu’elles attaquent des bases mili­taires israé­liennes ou seulement les ins­ti­tu­tions cari­ta­tives du Hamas ? Ont-​​elles jamais arrêté ou interrogé des colons israé­liens qui attaquent les vil­la­geois en Cis­jor­danie ? Est ce que les inter­ro­ga­toires, les arres­ta­tions et la torture sont exclu­si­vement réservés aux Palestiniens ?

La Cis­jor­danie est en train de devenir un Etat policier. Al Haq, la Com­mission pales­ti­nienne indé­pen­dante pour les Droits humains, Human Rights Watch, et le journal le Guardian sont tous des réfé­rences cré­dibles qui témoignent qu’un nombre signi­fi­catif de détenus sont tor­turés en toute impunité pendant les inter­ro­ga­toires par les forces des Ren­sei­gnement généraux et de la Sécurité préventive.

Dayton peut bien être parti main­tenant mais ses arran­ge­ments sécu­ri­taires brutaux ont endommagé la cré­di­bilité de l’Autorité pales­ti­nienne et déclenché du res­sen­timent à son encontre. Plus important encore, ces arran­ge­ments ont brouillé et érodé la structure sociale palestinienne.

Alors qu’il existait pré­cé­demment un consensus pour dénoncer les vio­la­tions des droits humains par les auto­rités israé­liennes, ça a été une expé­rience humi­liante et démo­ra­li­sante à vous briser le coeur de voir des Pales­ti­niens tor­turer et mal­traiter leurs concitoyens.

Les mesures sécu­ri­taires empêchent toute avancée vers un accord de récon­ci­liation entre les deux partis prin­cipaux en Palestine, le Hamas et le Fatah. Pendant ce temps l’Autorité pales­ti­nienne n’arrive pas à trouver le saint Graal que repré­sentent la crois­sance éco­no­mique ou de la construction des ins­ti­tu­tions palestiniennes.

Les négo­cia­tions de paix semblent être la der­nière chance pour l’Autorité palestinienne-​​ et elles ne semblent guère por­teuses d’espoir. Je me demande combien de temps l’Autorité pales­ti­nienne va sur­vivre quand l’Administration amé­ri­caine décidera qu’elle n’est pas un par­te­naire pour la paix.