Un Américain born-​​again en Israël

Kamel Daoud, vendredi 21 mars 2008

L’enjeu est pétrolier, le temps est reli­gieux : Saddam a été pendu le jour du sacrifice du mouton et, demain, le monde d’Allah fêtera la nais­sance du Pro­phète le jour même où les Amé­ri­cains fêteront la mort de l’Irak il y a cinq ans. En cinq ans donc, les Amé­ri­cains et les musulmans ont tout fait : les uns pour sauver leur images, les autres pour en avoir une. Pourtant, il suffit de rien, pour que les deux ne semblent avoir rien fait.

A la veille des deux anni­ver­saires, le can­didat répu­blicain Us, McCaïn, que les habi­tants de la planète d’Allah regardent de loin comme un produit dérivé du Bushisme de l’époque, s’est rendu en Israël et en Jor­danie, comme pour faire adopter un pro­gramme est une can­di­dature. Le geste, celui d’un seul Amé­ricain, suffira pour conclure à une sorte de pèle­rinage qui vient confirmer la vision des Arabes et du musulman sur une alliance orga­nique entre les Etats-​​Unis et Israël. L’Amérique pourra répéter à satiété qu’elle vise un lea­dership équi­table dans la région et dans le reste du monde, affirmer la quête d’une solution pour la Palestine ou peser sur les régimes locaux pour en réformer les dic­ta­tures pro­duc­trices d’insécurité, il suffit d’un seul dépla­cement du genre pour donner une légi­timité à cette expli­cation sim­pliste du monde par l’Arabe et le musulman : l’Amérique est une mul­ti­na­tionale juive dont la télé­com­mande se trouve à Tel-​​Aviv. Le reste n’étant que com­plots, assas­sinats, mas­sacres, vols, colo­ni­sa­tions abu­sives et dis­cours d’El-Hurra. De Hol­lywood à Wall street, de la chute de Grenade au 11 septembre.

Lors de son pèle­rinage, le can­didat répu­blicain Us a même repris, avec de courtes phrases, le dis­cours qui sied : « Je suis très inquiet de l’influence de l’Iran en Irak et aussi son soutien au Hez­bollah », il « sou­tient Jéru­salem comme la capitale d’Israël » et les opé­ra­tions israé­liennes contre les tirs de roquettes, expli­quant que « si des attaques de roquettes avaient lieu contre une région fron­ta­lière des Etats-​​Unis d’Amérique, le peuple amé­ricain exi­gerait pro­ba­blement des actions très vigou­reuses en guise de réplique ».

On pourrait s’arrêter à ce désastre, mais on pourrait y ajouter cette maligne évidence que tout le monde cache lorsqu’on parle des couples Israël-​​Palestine : ceux qui en tirent bénéfice ont réussi, depuis le 11 sep­tembre, à l’habiller avec une sorte de rac­courci malin : le face-​​à-​​face entre les Israé­liens et les Pales­ti­niens est devenu une sorte de face-​​à-​​face entre l’Occident et les musulmans, et donc, entre la civi­li­sation et la bar­barie. Nulle part ailleurs dans ce monde, un conflit n’a été sommé, avec autant d’instances et de vio­lences, de prendre en charge une telle vision de confron­tation et un tel jeu de rôle abusif. D’où, tout le reste : Israël comme avant-​​poste mili­taire et démo­cra­tique face à la bar­barie, ce pays comme délégué et repré­sentant d’un Occident entouré de toute part par des peuples vio­lents et des dic­ta­tures vice­lardes, les Pales­ti­niens comme exemple d’Arabes à repousser de plus en plus loin, sinon ils viennent se faire exploser dans vos écoles. Peu à peu, on a fait passer, chez les Arabes comme chez les Occi­dentaux, ce conflit sur un vol de terre et un mas­sacre en guise de labours, en une sorte de dossier impli­quant toute l’humanité, ses sau­vages comme ses civi­lisés. Du coup, on com­prend que chaque isla­miste y investit ses dis­cours comme s’il s’agissait de sauver le monde et pourquoi chaque Amé­ricain, à la conquête du pouvoir, y va en pèle­rinage pour bien annoncer sa mission sur terre.