Aliaa Al-Korachi, dimanche 21 décembre 2008
L’Union européenne est le premier partenaire commercial d’Israël. Un état des lieux qui souvent contredit des règles en vigueur au sein de l’UE.
L’UE est le principal importateur de produits israéliens et le deuxième exportateur en direction de l’Etat hébreu. Les chiffres le montrent bien. En 2006, le total des échanges entre l’UE et Israël s’élevait à 23,5 milliards d’euros. En fait, ces rapports économiques remontent même à la création de la Communauté européenne et ils n’ont cessé de se renforcer avec les élargissements successifs. C’est en 1975 que les échanges commerciaux entre la communauté européenne et Israël ont commencé, selon l’accord signé entre les deux parties, dans le cadre de la Politique Méditerranéenne Globale de l’Union (PMG, 1973-1992).
En 1995, un autre accord d’association a vu le jour pour renforcer les relations commerciales, déjà privilégiées et intenses entre les deux parties. Entré en vigueur en 2000, cet accord régit actuellement la relation commerciale entre l’Etat hébreu et l’Union européenne. Dans le cadre de cet accord, Israël jouit actuellement d’un statut de libre-échange pour ses produits industriels et d’un traitement préférentiel pour ses produits agricoles, qui entrent dans l’Union européenne et bénéficie aussi d’un volet de coopération dans les domaines scientifiques.
Un article, le numéro 83 intitulé « Règle d’origine », précise que les produits pouvant bénéficier de réductions de taxes sont les produits d’Israël dans ses frontières internationalement reconnues, avant juin 1967. Or, depuis des années, une partie des exportations sont des produits des colonies qui s’infiltrent de manière frauduleuse, via le label « Made in Israel » pour profiter des tarifs préférentiels de l’accord. En avril 2002, le Parlement européen a voté même la suspension de l’accord.
Il suffit de savoir qu’Israël jouit toujours d’un statut spécial dans les politiques méditerranéennes européennes notamment économiques. Ce qui était évident dans la nouvelle politique dite de « voisinage » (PEV) lancée en 2004, par l’Union européenne en direction des pays de l’Est et des pays méditerranéens, dont Israël. Cet accord, qui vise en particulier d’approfondir le dialogue politique, a associé étroitement Israël à l’UE, plus que les autres pays concernés, en matière d’économie et de marché européens. La mise en œuvre de ce « statut spécial » pour Israël au sein de l’Union européenne s’illustre, à titre d’exemple, dans les récentes décisions du gouvernement français. En janvier 2008, il a signé avec Israël un accord de reconnaissance mutuelle, qui permettra aux sociétés israéliennes d’intégrer la Bourse française sans avoir été soumises aux vérifications de régulateurs. Cet accord boursier pourrait être étendu à toute l’Union européenne. Des programmes de recherche-développement ont été aussi mis en place, notamment dans le domaine militaire.
Coopération scientifique
En fait, c’est dans ce domaine scientifique et technologique que la coopération entre l’Union européenne et Israël s’est le plus étendue. Le septième Programme-Cadre européen pour la Recherche et le Développement (2007−2013), le PCRD, a alloué un milliard d’euros pour subventionner les projets communs entre les compagnies israéliennes et européennes. Plus de 700 sociétés, laboratoires de recherche et entreprises israéliennes, ont pris part à ce PCRD, soit plus de 2 000 projets. C’est un projet auquel Israël a souhaité toujours participer. Pour l’Etat hébreu, adhérer au PCDR représente en effet une étape cruciale, qui lui permettra d’élargir son horizon industriel, et de coopérer avec les instituts de recherche de pointe, ou les grandes universités européennes. Ce nouveau protocole de coopération va offrir à Israël un accès illimité aux programmes de recherches scientifiques, académiques et techniques. C’est de l’« engagement constructif » que prétend l’UE pour préserver et étendre les relations économiques avec Israël malgré la violation par ce pays des clauses de l’accord. A vrai dire, c’est dans les relations commerciales que la face cachée de la politique européenne s’est révélée.
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Pour les Palestiniens, des aides plutôt humanitaires
L’UE est considérée comme le principal bailleur de fonds des Palestiniens. La nature des relations économiques entre l’UE et la Palestine consiste essentiellement en une assistance financière évaluée à quelque 500 millions d’euros par an et l’envoi de kits humanitaires. Assistance aux réfugiés palestiniens, reconstruction du système éducatif en Palestine, réformes administratives et gouvernementales.
Après la victoire de Hamas, l’UE a gelé ses transferts de fonds début avril, à l’exception de l’aide purement humanitaire. Elle a toutefois conditionné à terme le maintien de son aide à la reconnaissance, par le Hamas, de l’Etat d’Israël et des accords précédemment signés par l’Autorité palestinienne avec Israël et à la renonciation à la violence par le mouvement islamiste.
Après la formation, en 2007, d’un nouveau gouvernement intérimaire dirigé par le premier ministre Sallam Fayyad, l’UE a renoué les contacts avec l’Autorité palestinienne, relançant l’aide et la coopération. Mais pas de transferts financiers directs. Les Etats membres de l’Union européenne et la Commission ont instauré le Mécanisme International Temporaire (MIT), qui est un fonds alternatif permettant d’acheminer directement une partie de cette aide vers la population palestinienne, sans passer par le gouvernement palestinien. Celui-ci fonctionne selon une structure en trois volets : 1. Contributions à des fonds de la Banque mondiale pour le financement des tâches courantes dans les domaines de la santé, de l’éducation et des affaires sociales, 2. Aide d’urgence pour le maintien de l’approvisionnement en eau et en énergie, 3. Financement d’allocations directes pour les ménages les plus démunis. La Commission européenne a levé une somme de quelque 360 millions d’euros pour le TIM.