Tunisie : ce qu’a dit Khaled Mechaal au congrès d’Ennahda

Thierry Brésillon, vendredi 13 juillet 2012

Khaled Mechaal, le chef du bureau poli­tique du Hamas en exil, était la guest-​​star du congrès d’Ennahda qui a débuté jeudi matin, dans la ban­lieue de Tunis. Le diri­geant pales­tinien a pro­noncé le dis­cours le plus poli­tique de cette céré­monie d’ouverture très consensuelle.

L’évocation de la Palestine a soulevé une vive émotion dans un public estimé à environ 10 000 per­sonnes. Khaled Mechaal a donc logi­quement recueilli l’ovation la plus chaleureuse.

Réfugié à Damas jusqu’en octobre dernier, il a long­temps été considéré comme l’incarnation de l’aile dure du Hamas, avant d’évoluer vers des posi­tions plus prag­ma­tiques. Sa pré­sence à Tunis est l’un des signes les plus tan­gibles de l’évolution du posi­tion­nement stra­té­gique de la Tunisie post-​​Ben Ali.

Les ambas­sa­deurs occi­dentaux avaient déjà quittéla salle à l’issue des dis­cours des inter­ve­nants tuni­siens. Ce qui leur à évité de se trouver en pré­sence du leader d’une orga­ni­sation ins­crite sur la liste des orga­ni­sa­tions terroristes.

Conseils aux nouveaux dirigeants arabes

Après avoir rendu un hommage appuyé à la troïka et à l’esprit de ras­sem­blement qui l’anime, il a fait quatre recom­man­da­tions aux nou­velles démo­craties arabes :

Il a d’abord insisté sur l’esprit de consensus qui doit les inspirer :

« A la dif­fé­rence de l’Europe et des démo­craties occi­den­tales, quand Dieu vous a fait la grâce de recueillir une majorité de voix aux élec­tions, il faut néan­moins rechercher le consensus. Les forces poli­tiques mino­ri­taires sont libres de se placer dans l’opposition. Mais il faut tendre la main à ses adver­saires pour obtenir la par­ti­ci­pation de tous. »

Il a ensuite évoqué la pos­si­bilité d’un retour du monde arabe sur la scène internationale :

« Cette révo­lution nous donne la pos­si­bilité d’agir dans un contexte arabe d’abord et musulman ensuite. Jusque-​​là, nous étions absents à cause de régimes cor­rompus. Nous pouvons désormais nous déve­lopper par nous-​​mêmes, mettre en œuvre un projet arabe et un projet régional, à l’exclusion d’Israël. Désormais, les Arabes peuvent être traités sur un pied d’égalité. »

Il a ensuite appelé les pays arabes à garder la Palestine à l’esprit :

« Nous ne sommes pas égoïstes. Prenez votre temps pour recons­truire vos pays, pour élaborer votre équi­libre inté­rieur. Nous ne demandons pas aux pays arabes de déclarer la guerre à Israël. Mais la Palestine doit rester pré­sente à votre esprit. Dans votre déve­lop­pement, la Palestine ne sera pas un fardeau, mais un atout. Si vous oubliez la Palestine, Israël ne vous lâchera pas. La question pales­ti­nienne reste au cœur des prin­temps arabes. »

Il a enfin défini les bases de la relation avec l’Occident :

« Nous sommes favo­rables à des rela­tions sur un pied d’égalité et sans agres­sivité. Mais n’oubliez pas que votre légi­timité vous vient du peuple et non l’Occident. Le monde ne peut que se sou­mettre à la volonté du peuple arabe et musulman. Nous avons besoin du monde exté­rieur, mais le monde a besoin de nous. »

L’état du mouvement palestinien

Dans la deuxième partie de son dis­cours, il a resitué le mou­vement pales­tinien dans ce nouveau contexte régional.

Il a d’abord dressé le bilan des tentatives de processus de paix :

« Depuis la confé­rence de Madrid, la ren­contre de Camp-​​David, l’initiative arabe pour la paix, nous avons tra­versé 21 ans d’égarement qui nous ont menés à la red­dition. L’essentiel est de libérer la Palestine, de sau­ve­garder Jéru­salem, d’obtenir le retour du peuple sur son sol et dans ses vil­lages, et de rétablir la sou­ve­raineté sur l’ensemble du ter­ri­toire national avec Al Quds [Jeru­salem] pour capitale. »

Il a ensuite évoqué la stratégie :

« Nous avons besoin de tous les pro­cessus, poli­tiques, diplo­ma­tiques, de l’information, mais notre chemin stra­té­gique reste la résis­tance. Une terre usurpée par la force ne peut être récu­pérée que la force. C’est une loi de l’Histoire. La résis­tance a obligé l’ennemi à se retirer de Gaza, du Sud-​​Liban et du Sinaï.

La résis­tance pales­ti­nienne est pour l’instant très affaiblie. Mais le monde est en constant chan­gement, il y a des cycles, mais la résis­tance du peuple pales­tinien ne s’éteindra pas. »

Il est revenu sur la division du mou­vement national pales­tinien, notamment depuis les élec­tions qui ont vu la vic­toire du Hamas en janvier 2006 :

« Il est naturel qu’on soit en désaccord. Il n’est pas naturel qu’on se com­batte. Des erreurs ont été com­mises par les Pales­ti­niens. Mais cette division nous a été imposée de l’extérieur.

J’ai été le premier à dire que Yasser Arafat avait été assassiné comme l’a été cheikh Yassine. Pour les sio­nistes, les leaders pales­ti­niens n’ont de place que sous terre.

J’appelle le Fatah a mener le combat ensemble au nom du sang versé de Yasser Arafat ! »

Pour finir, il a évoqué l’incidence du Prin­temps arabe sur la question palestinienne :

« Vous nous avez rap­prochés de la libé­ration de la Palestine. La Oumma ras­semblée pourra se dresser face à Israël et à ceux qui le soutiennent.

J’appelle les diri­geants des pays arabes à mettre en œuvre une stra­tégie arabe et isla­mique pour libérer la Palestine. »