Trump « ne donne pas de signes réels d’une volonté » de bousculer le statu quo

Abbas se dit prêt à s’entretenir avec Netanyahu, sous la houlette du président américain.

L’Orient le Jour, mercredi 10 mai 2017

Donald Trump se rendra-t-il dans les territoires palestiniens ? C’est ce que semble espérer le président palestinien, Mahmoud Abbas, qui a dit y attendre « bientôt » la visite du président américain. Il s’est également déclaré prêt à rencontrer le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu sous le parrainage du chef de la Maison-Blanche. M. Trump a accepté l’invitation palestinienne à venir dans les Territoires, « et nous attendons maintenant sa visite bientôt à Bethléem », ville au sud de Jérusalem, a affirmé M. Abbas, hier.

Le président des États-Unis avait annoncé jeudi qu’il se rendrait fin mai en Israël dans le cadre d’une tournée le conduisant aussi en Arabie saoudite, au Vatican, à Bruxelles et en Italie, mais il n’avait pas évoqué explicitement une visite dans les territoires palestiniens.

Lors des entretiens avec M. Trump, la semaine dernière, à Washington, « nous lui avons dit que nous étions prêts à collaborer avec lui et rencontrer le Premier ministre israélien sous son parrainage pour construire la paix », a ajouté M. Abbas dans des déclarations à Ramallah (Cisjordanie occupée) aux côtés du président allemand Frank-Walter Steinmeier.

M. Trump, se targuant de son passé d’homme d’affaires, avait dit à plusieurs reprises sa volonté de présider à un accord de paix sur lequel ses prédécesseurs à la Maison-Blanche se sont cassé les dents. Le président américain entretient une relation bien différente de celle de son prédécesseur avec son homologue israélien, tant au niveau personnel que diplomatique. Son positionnement pro-israélien pourrait faciliter la coopération avec M. Netanyahu pour la relance du processus de paix. « Les Israéliens auraient tout autant répondu à une convocation d’Obama qu’ils le feraient aujourd’hui avec Trump, même s’ils ne souhaitent pas un tel scénario », note Barah Mikail, directeur de Stractegia Consulting et professeur à l’Université Saint-Louis, à Madrid, contacté par L’Orient-Le Jour. « Ce qui compte pour eux, c’est un maintien du statu quo. Et, sur ce plan, Donald Trump ne donne pas de signes réels d’une volonté de sa part de le bousculer », ajoute-t-il.

L’occupation par Israël de la Cisjordanie et de Jérusalem-Est marque en 2017 son 50e anniversaire, et les experts s’accordent à dire qu’Israéliens et Palestiniens n’ont jamais été aussi loin de faire la paix. MM. Abbas et Netanyahu n’ont pas eu d’entretien direct substantiel depuis 2010, alors que l’effort pour résoudre l’un des plus vieux conflits de la planète est enlisé depuis avril 2014 et l’échec d’une initiative diplomatique américaine. Les deux bords s’accusent mutuellement de cette absence de dialogue.

Trump se propose en « médiateur »

Lors de sa visite à Washington, M. Abbas a redit à M. Trump l’engagement palestinien « en faveur d’une paix basée sur la justice et ayant pour références les résolutions internationales et la solution à deux États », c’est-à-dire la création d’un État palestinien coexistant en paix avec Israël, a rapporté le président palestinien, hier. Cet État doit être un État « souverain dans les frontières de 1967 et ayant pour capitale Jérusalem-Est », a répété M. Abbas.

L’administration Trump en place depuis janvier a multiplié les contacts pour ranimer l’entreprise de paix moribonde. « Nous y arriverons ! » avait ainsi proclamé le président américain lors de la visite de M. Abbas la semaine dernière, « honnêtement, c’est peut-être moins difficile que ce que les gens pensent depuis des années ». Se proposant d’être un « médiateur », un « arbitre » ou un « facilitateur », il lui reste cependant à clarifier comment il compte s’y prendre. « Donald Trump est le leader de la première puissance planétaire, et il a – pour des raisons d’ailleurs tant historiques que de puissance et de leadership – des leviers d’action inégalés vis-à-vis des Israéliens et des Palestiniens », souligne Barah Mikail. Mais cela n’a pas empêché les administrations précédentes d’échouer dans leurs tentatives de résolution du conflit. « C’est avant tout la détermination à aller de l’avant dans la concrétisation de la paix qui me semble avoir la plus grande importance ; et, en l’occurrence, œuvrer dans le sens de la paix requiert d’avoir des leviers et une détermination sans faille vis-à-vis des Israéliens surtout », précise le chercheur.

En recevant mi-février son « ami » Benjamin Netanyahu, M. Trump avait semé le trouble en affirmant que la « solution à deux États » n’était pas la seule possible, rompant avec un principe de référence défendu depuis des années par la communauté internationale et tous les présidents américains, démocrates comme républicains. En visite dans les territoires palestiniens occupés, après un voyage en Israël, le président allemand a, de son côté, rappelé son attachement à la solution à deux États. « De notre point de vue, il n’y a pas d’autre solution négociable », a-t-il insisté en soulignant qu’« il devient urgent de mettre en œuvre les propositions en vue » de concrétiser cette option. « L’urgence de la situation, le temps qui passe et les changements observés sur le terrain rendent impératif que la prochaine tentative réussisse », a-t-il plaidé.