Fares Chahine, dimanche 22 juin 2008
Personne ne parle de libération ni de la ville sainte ni du retour des réfugiés ni de l’arrêt de la colonisation. La trêve de 6 mois comme première étape entre Israël et le mouvement islamiste Hamas est entrée en vigueur jeudi 19 juin à 3h GMT [1]. [2]
Cette trêve signifie en premier lieu, une réouverture des terminaux permettant l’entrée de marchandises, surtout celles qui font défaut à Ghaza depuis l’imposition du blocus total israélien. Cet embargo est utilisé par l’Etat hébreu comme une punition collective contre l’ensemble de la population (près de 1,5 million de personnes).
Le manque de produits vitaux, tels que le carburant, le courant électrique, les médicaments, le lait et d’autres produits alimentaires a failli, à plusieurs reprises, provoquer une grave crise humanitaire. Plus de 160 personnes, souffrant de maladies graves nécessitant des soins hors de Ghaza, sont mortes durant cet embargo, après avoir été empêchées de passer le point frontalier de Rafah, seule porte ghazaouie vers l’Egypte et le reste du monde.
es milliers de palestiniens, étudiant dans des universités étrangères, des hommes d’affaires, des gens possédant des cartes de séjour dans certains pays hôtes où ils résident et travaillent, ont vu leur vie chamboulée à cause de la fermeture de ce point de passage palestino-égyptien qui, du temps de l’Autorité palestinienne, fonctionnait selon un accord israélo-palestino-égyptien, conclu avec la bénédiction des Etats-Unis et de l’Union européenne. Ces Etats avaient des observateurs installés en permanence au niveau du terminal, avec pour mission le contrôle de l’application de l’accord en question, signé en 2005.
L’autre aspect du malheur des citoyens, toujours lié aux conséquences directes de l’embargo, c’est l’augmentation vertigineuse, parfois incroyable des prix de certains produits de consommation. Il faut rappeler qu’israël a imposé à maintes reprises le blocus dans la bande de Ghaza et même en cisjordanie occupée, mais pour des périodes assez courtes, sans pour autant arrêter totalement la livraison des produits essentiels, comme cela a été le cas durant les 12 mois passés.
La trêve conclue entre le mouvement islamiste Hamas et Israël, sous l’égide de l’Egypte, ne fait donc que ramener les Palestiniens à la période d’avant le putsh armé, avec l’ouverture du terminal de Rafah en moins, car dépendante, selon Israël, du sort du caporal Gilaad Shalit, détenu depuis deux ans à Ghaza. Sa capture a coûté la mort de près de 1000 Palestiniens et de milliers de blessés, la destruction de centaines de maisons, de tous les ponts routiers, de la seule station de production d’électricité de la bande de Ghaza, et d’une bonne partie de l’infrastructure de base de ce territoire.
Depuis jeudi dernier, le Hamas observe sur le terrain un arrêt des combats, alors que son programme électoral, qui lui avait permis d’obtenir une grande majorité au Conseil législatif, est basé sur justement la résistance armée et la non-reconnaissance de l’Etat d’Israël. Certains journalistes de la chaîne de télévision de Hamas, El-Aqsa, sont même arrivés à qualifier de traître à la cause nationale toute personne susceptible de saboter la trêve conclue avec Israël ; alors que par le passé, ces mêmes hommes armés du mouvement islamiste recevaient des ordres visant à faire échouer toute tentative de trêve dans les territoires quand ils étaient contrôlés par l’Autorité palestinienne.
Aujourd’hui, ceux qui ont traité l’Autorité palestinienne et son président de collaborer avec l’ennemi, ont, eux, accepté cette pause sans aucune exigence politique. Plus personne ne parle de libération ni de la ville sainte ni du retour des réfugiés ni de l’arrêt de la colonisation ni de rien, sauf de l’ouverture des terminaux et surtout celui de Rafah. N’est ce pas dommage ? Assiégé jusqu’à sa mort dans ses bureaux de Ramallah, le défunt président Yasser Arafat n’a jamais cessé de revendiquer les droits nationaux du peuple palestinien. Toutes les négociations que mène l’actuel président Mahmoud Abbas avec les Israéliens, ont une vue nationale avec les mêmes revendications de Arafat. Là est la différence entre deux projets dont l’un est la cause nationale palestinienne, alors que l’autre se résume à un détail entre beaucoup d’autres.
Le mouvement Hamas doit comprendre qu’Israël le veut fort dans la bande de Ghaza, en face des militants du mouvement nationaliste Fatah, mais faible en face de lui. Et c’est ce qui accentue les divisions interpalestiniennes utilisées par l’Etat hébreu pour saboter le processus de paix, sous prétexte de l’existence de deux entités palestiniennes, l’une dans la bande de Ghaza, l’autre en Cisjordanie occupée.
Mais en définitive, c’est pour se dérober à ses obligations devant la communauté internationale, en prétendant l’absence de partenaire palestinien sérieux pour la paix.
Par
[1] voir aussi sur Courrier international :
La trêve à Gaza tient bon
Des membres des Brigades d’Al-Qassam, branche armée du Hamas, se retirent de leur position près de la frontière en Gaza et Israël, le 19 juin 2008 - AFP
La bande de Gaza et les localités israéliennes voisines s’attendaient vendredi à un week-end calme après des mois de violences, à la faveur d’une trêve qui tient sans accroc depuis plus de 24 heures.
"Aucun incident n’a été signalé", a indiqué à l’AFP une porte-parole de l’armée israélienne.
"La journée d’hier (jeudi) s’est bien passée et cela pourrait présager que la trêve tiendra durant la période convenue", a dit à Gaza le porte-parole du mouvement islamiste Hamas qui contrôle le territoire palestinien, Sami Abou Zouhri.
Selon le Hamas, la trêve, entrée en vigueur jeudi à 03H00 GMT, doit durer six mois.
"Si l’ennemi respecte les termes de la trêve, elle tiendra. L’ennemi a besoin de la trêve tout comme notre peuple qui souffre du blocus et des agressions", a renchéri un autre porte-parole du Hamas, Ismaïl Radwane.
Pour préserver le cessez-le-feu, l’armée israélienne a restreint les consignes de tirs à la frontière, selon des sources militaires. Les militaires ne pourront ouvrir le feu que "si leur vie est en danger ou s’ils constatent des préparatifs d’une attaque imminente". Et l’aviation ne pourra lancer des raids que pour empêcher une attaque imminente contre Israël, en particulier un tir de roquette. Des policiers palestiniens fidèles au Hamas prennent le thé au siège de l’organisation, le 19 juin 2008 - AFP
Outre l’arrêt des tirs de roquettes palestiniennes contre Israël et les attaques israéliennes dans la bande de Gaza, l’accord prévoit un allègement progressif du blocus imposé par l’Etat hébreu au territoire exigu de 362 km2 où s’entassent 1,5 million de Palestiniens.
Depuis la violente prise du pouvoir à Gaza par le Hamas il y a un an, les tirs de roquettes ont fait quatre morts en Israël alors que des centaines de Palestiniens ont été tués à Gaza en représailles.
Selon un sondage publié vendredi par le quotidien Yediot Aharonot, une majorité d’Israéliens (56%) soutient l’accord de trêve mais ne croit pas qu’il va durer (79%). Ce sentiment est partagé à Gaza.
"Nous espérons tous que la trêve tiendra mais nous avons peur car cela n’a jamais marché dans le passé. Ils peuvent nous frapper à tout moment", déclare à l’AFP Nasri Al-Franji.
Ce dentiste a profité du calme pour se promener avec sa famille sur la plage en ce jour de repos hebdomadaire. "Il y a eu beaucoup de trêves avant mais Israël les a toujours violées. On retourne tout le temps à la case départ et parfois la situation empire même", convient sa femme Rima, foulard blanc sur longue robe noire.
Certains chefs du Hamas, qui limitaient leurs apparitions publiques de crainte d’attaques israéliennes, ont participé selon des témoins aux prières dans les mosquées de Gaza jeudi soir et à la grande prière du vendredi. Une Palestinienne profite de la trêve pour s’approvisionner en gaz, le 19 juin 2008 à Rafah - AFP
Lors de celle-ci, le chef du gouvernement du Hamas, Ismaïl Haniyeh, a affirmé que le mouvement islamiste ne mettrait pas fin à la contrebande d’armes vers le territoire palestinien, l’une des conditions israéliennes à la trêve.
L’accord prévoit également la réouverture progressive, en principe à partir de dimanche, des point de passage reliant Israël et Gaza, fermés quasiment en permanence après la prise de pouvoir par le Hamas.
Le Hamas exige aussi la réouverture du terminal de Rafah à la frontière avec l’Egypte, qui ne peut fonctionner sans l’accord d’Israël. Mais l’Etat hébreu lie cette question au sort du soldat israélien Gilad Shalit, capturé en juin 2006 par un commando palestinien à la lisière de la bande de Gaza.
Le Premier ministre israélien Ehud Olmert doit se rendre en Egypte mardi pour rencontrer le président Hosni Moubarak au sujet du soldat, le Caire assurant une médiation entre l’Etat hébreu et le Hamas en vue d’un échange de prisonniers.
La trêve à Gaza pourrait toutefois être fragilisée par des tirs ayant blessés vendredi trois étudiants religieux près de Ramallah en Cisjordanie. Les Brigades des martyrs d’Al-Aqsa ont revendiqué l’attaque, affirmant que le groupe armé lié au Fatah ne respecterait "jamais" la trêve. Adel Zaanoun http://www.courrierinternational.com/AFP/depeche.asp?NewsItem_value=newsmlmmd.fcb25cc42f9267881acb57aa2102c321.81.xml
[2] voir également sur RFI : deuxième jour de trêve fragile http://www.rfi.fr/actufr/articles/102/article_67666.asp