Tractations au Proche-​​orient : Ehud Olmert poussé vers la sortie

T. Hocine, mardi 6 mai 2008

Que peut un Premier ministre israélien convaincu ou tout sim­plement cité dans des affaires d’argent, autrement dit de cor­ruption ? C’est dans cette position peu enviable que se trouve l’Israélien Ehud Olmert, qui donne encore l’illusion de vouloir conclure la paix avec les Pales­ti­niens, alors que tout le monde, et lui aussi pro­ba­blement, est convaincu du contraire.

Ce sont d’ailleurs les faits qui le démontrent chaque jour avec en par­ti­culier l’extension de la colo­ni­sation israé­lienne, au point d’agacer ses alliés étrangers qui ne dédaignent quant à eux, un quel­conque succès diplo­ma­tique. Ce que ni Israël ni son Premier ministre ne sont prêts à concéder. Et c’est la triste réalité imposée au peuple pales­tinien, avec l’approbation de pays connus pour leur parti priS.

C’est dans ce contexte que Ehud Olmert devait ren­contrer hier (5 mai) le pré­sident pales­tinien Mahmoud Abbas, dans la foulée d’une visite de la secré­taire d’Etat amé­ri­caine Condo­leezza Rice. Quelques heures plus tôt, Mme Rice s’est entre­tenue une der­nière fois en tête-​​à-​​tête avec M. Olmert durant environ une heure, avant de s’envoler pour les Etats-​​Unis. Aucune infor­mation n’a filtré sur la teneur des discussions.

La veille, elle avait indiqué qu’elle deman­derait à M. Olmert de lever des bar­rages signi­fi­catifs en Cis­jor­danie, afin d’améliorer la cir­cu­lation des Pales­ti­niens dans ce ter­ri­toire occupé. « L’une des choses que nous sommes en train d’examiner, c’est l’impact qua­li­tatif et non quan­ti­tatif de cer­taines amé­lio­ra­tions aux mou­ve­ments et accès », avait-​​elle dit après un entretien avec M. Abbas à Ramallah en Cis­jor­danie, comme si cela consti­tuait en soi un enga­gement réel, sincère et irré­ver­sible pour la paix.

Selon un rapport de l’ONU, Israël a levé 44 « obs­tacles » en Cis­jor­danie sur les 61, qu’il s’était engagé à sup­primer. Mais la plupart n’ont que peu ou pas d’importance. Mme Rice, qui effec­tuait sa quin­zième visite dans la région en deux ans, n’a pas fait état d’engagement israélien sur la levée de bar­rages. Vivant avec ces bar­rages comme les signes évidents, mais pas les seuls, de l’occupation israé­lienne, les Pales­ti­niens, qui se sont plaints de l’absence d’engagements israé­liens, notamment sur la question de la colo­ni­sation, se montrent pes­si­mistes sur les chances d’aboutir à un accord avant fin 2008, comme sou­haité par l’Administration américaine.

« Il est clair que nous devons nous occuper de la situation sur le terrain d’un côté, de l’autre, Israël res­pectera ses obli­ga­tions de la feuille de route », s’est borné à com­menter la chef de la diplo­matie israé­lienne, Tzipi Livni, après une réunion avec son homo­logue amé­ri­caine dimanche, encore faut-​​il dire les­quels, puisque cette feuille de route a tel­lement été tri­turée par Israël qui l’a vidée de tous les enga­ge­ments qu’elle com­portait, qu’elle en a perdu sa réelle sub­stance. Néan­moins, Mme Rice a réaf­firmé son opti­misme sur les chances de conclure un accord d’ici la fin de l’année, se déclarant « impres­sionnée par le sérieux et la pro­fondeur des dis­cus­sions » israélo-​​palestiniennes. Celles-​​ci, relancées en novembre 2007 à la confé­rence d’Annapolis aux Etats-​​Unis, n’ont enre­gistré jusque-​​là, aucun progrès significatif.

La tournée de Mme Rice sur­vient au moment où M. Olmert a été entendu ven­dredi, par une équipe de la police des fraudes sur une une nou­velle affaire de cor­ruption. Les médias ont été interdits par la justice de publier toute infor­mation à ce sujet sous peine de pour­suites. Mais selon la radio de l’armée, citant des sources poli­cières et du pro­cureur de l’Etat, cette inter­diction devrait être levée par­tiel­lement sous 24 heures. Citant des « sources » ou des fuites, les médias israé­liens ont, tout au long du week-​​end, indiqué que l’affaire est par­ti­cu­liè­rement « grave » et pourrait acculer M. Olmert à la démission, ce que sou­haite l’opposition de droite [1]. Signe de la pression crois­sante, M. Olmert a annulé une série d’entretiens prévus avec les prin­cipaux médias israé­liens, pour les célé­bra­tions du 60e anni­ver­saire de la création de l’Etat d’Israël, qui débutent le 8 mai. C’est ce qu’on appelle la gestion par la crise, propre à Israël, avec son système de coa­lition qui place tout gou­ver­nement dans la pré­carité. Et si un cabinet venait à franchir cet obs­tacle, c’est la justice qui s’en mêle, ou bien alors des tueurs comme pour l’ancien premier ministre Yitzhak Rabin.

[1] voir aussi le Jeru­salem Post repris en français par Courrier inter­na­tional : Ehoud Olmert sur la sellette

"Certes, ce scé­nario a un air de déjà vu. Un comité d’investigation, des fuites poli­cières ou venant du ministère de la Justice. Des médias qui affirment qu’Ehoud Olmet est grillé et publient des rap­ports faisant état de dis­cus­sions chez les tra­vaillistes et au sein du parti Kadima pour orga­niser la période d’après-Olmert", explique le Jeru­salem Post après l’interrogatoire d’Olmert le 2 mai. Celui-​​​​ci a en effet été suivi par des fuites, venant appa­remment de la police des fraudes elle-​​​​même qui a qua­lifié l’affaire de "très sérieuse".

Ehoud Olmert est déjà impliqué dans trois autres enquêtes. Le Jeru­salem Post rap­pelle que par le passé, "la ministre des Affaires étran­gères Tzipi Livni et le ministre de la Défense Ehoud Barak avaient tous les deux appelé le Premier ministre à démis­sionner avant de revenir sur leurs propos." Seulement, cette fois-​​​​ci "tous les deux ont pu conso­lider leur popu­larité. Mais il n’est pas certain que cela leur per­mette d’espérer une vic­toire face à Benyamin Neta­nyahou. Et si les der­niers son­dages ont été en leur faveur, ils le doivent plutôt à un recul du chef de l’opposition." http://​www​.cour​rie​rin​ter​na​tional​.com/​a​r​t​i​c​l​e​.​a​s​p​?​o​b​j​_​i​d​=​85356