Territoires palestiniens : en finir avec l’occupation

Isabelle Avran, samedi 14 juillet 2007

Alors que le conflit israélo-​​palestinien demeure au coeur de l’instabilité de toute la région, per­cutant les ondes de choc de la guerre en Irak, la fin de l’occupation israé­lienne s’impose comme une urgente nécessité et inter­pelle la France et l’Europe.

Voici qua­rante ans, la guerre dite des six jours, du 5 au 10 juin 1967, modi­fiait la carte du Proche-​​Orient. Alors que le conflit israélo-​​palestinien demeure au coeur de l’instabilité de toute la région, per­cutant les ondes de choc de la guerre en Irak, la fin de l’occupation israé­lienne s’impose comme une urgente nécessité et inter­pelle la France et l’Europe.

Dans leur rapport remis le 6 décembre 2006 à la Maison Blanche, les auteurs de la com­mission amé­ri­caine bipar­tisane sur l’Irak, James Baker et Lee Hamilton, étaient sans appel. Sou­li­gnant la cen­tralité du conflit israélo-​​palestinien dans les crises du Proche-​​Orient, ils insis­taient sur la nécessité d’une paix globale israélo-​​arabe et sin­gu­liè­rement d’une paix israélo-​​palestinienne fondée sur la solution des deux États.

Nous en sommes loin. La Palestine, occupée depuis qua­rante ans, est soumise à un véri­table siège. La poli­tique israé­lienne de colo­ni­sation, entamée en 1967, s’est ren­forcée dans les années 90 en dépit des accords d’Oslo et s’intensifie aujourd’hui. En vio­lation du droit inter­na­tional. Son prin­cipal ins­trument : la construction du Mur en Cis­jor­danie condamnée par la Cour inter­na­tionale de Justice et l’Assemblée générale des Nations unies.

L’impunité de la poli­tique israé­lienne est totale, au mépris non seulement des droits du peuple pales­tinien, mais aussi de l’engagement du camp de la paix israélien. Les États-​​unis et l’Union euro­péenne en par­ti­culier n’ont pas su appliquer de sanction effective contre l’occupation, l’annexion de Jérusalem-​​Est, la colo­ni­sation, pas plus que contre la situation imposée aux réfugiés palestiniens.

Alors que les accords d’Oslo devaient ouvrir la voie vers la paix dans l’échange contre les ter­ri­toires et par une négo­ciation de l’ensemble des dos­siers au conflit fondée sur le droit inter­na­tional, ni Washington ni aucun des États membres de l’UE ne sont inter­venus pour sortir les pour­parlers d’un tête-​​à-​​tête dis­sy­mé­trique. Alors que la seconde Intifada naissait de la dicho­tomie entre les pro­messes de paix et la réalité, la com­mu­nauté inter­na­tionale s’est contentée de constater pas­si­vement le fran­chis­sement par Israël de toutes les lignes rouges de la vio­lation du droit international.

Alors même que les conseillers du Premier ministre Ariel Sharon décri­vaient le « désen­ga­gement » de la bande de Gaza comme le meilleur moyen de « geler dans le formol » (sic) toute pers­pective de négo­ciation, la com­mu­nauté inter­na­tionale se féli­citait de ce retrait unilatéral.

L’absence d’horizon poli­tique ainsi favo­risée par les prin­cipaux acteurs diplo­ma­tiques, l’abandon du pré­sident pales­tinien Mahmoud Abbas qui avait pourtant fait de la négo­ciation l’oméga de sa stra­tégie, ont lar­gement contribué à la vic­toire du Hamas aux élec­tions légis­la­tives de janvier 2006. Mais les États-​​Unis puis l’Europe ont alors imposé, au mépris de la démo­cratie pales­ti­nienne, des sanc­tions contre les ins­ti­tu­tions pales­ti­niennes aux consé­quences sociales, écono­miques et poli­tiques catastrophiques.

Ils exigent du gou­ver­nement pales­tinien la recon­nais­sance d’Israël, le respect des accords signés, l’arrêt de la vio­lence. A aucun moment, en revanche, des exi­gences simi­laires ne sont for­mulées à la puis­sance occupante.

La France et une grande partie de l’Europe ont salué l’accord pales­tinien de La Mecque, en mars 2007, fruit d’une révo­lution idéo­lo­gique et stra­té­gique du Hamas, puis la réité­ration à Riyad de la pro­po­sition arabe de paix globale, sou­tenue par le gou­ver­nement pales­tinien d’union nationale.

Mais sans jamais recon­naître le gou­ver­nement pales­tinien, ni donner le moindre signe positif au peuple pales­tinien, soumis à un taux de chômage de plus de 50% et à une extrême pau­vreté qui en touche plus de 70%.

Dans de telles condi­tions, comment des formes de radi­ca­li­sation, en l’occurrence dra­ma­tiques, ne se manifesteraient-​​elles pas ?

Il faut être dan­ge­reu­sement naïf ou redou­ta­blement cynique pour en nier les res­sorts. Alvaro de Soto, ancien coor­di­nateur spécial des Nations unies pour le Proche-​​Orient, dans son rapport de « fin de mission » du 5 mai dernier publié par le journal bri­tan­nique The Guardian, ne ménage pas la partie pales­ti­nienne mais pointe surtout la res­pon­sa­bilité, non seulement d’Israël, mais aussi des États-​​Unis et de l’Union européenne.

En levant osten­ta­toi­rement les sanc­tions pour les uns, mais en affamant les autres, en attisant les divi­sions, en conti­nuant à ne rien entre­prendre contre l’occupation, les États-​​Unis et l’Europe per­sistent et signent, faisant mine d’être sou­lagés de pouvoir enfin sou­tenir un gou­ver­nement débar­rassé de ceux qu’ils condamnent, dans leur déni du résultat d’un pro­cessus démocratique.

L’Europe doit agir. Elle ne peut pour­suivre un pari qui a déjà montré son échec, celui selon lequel la popu­lation pales­ti­nienne finirait par aban­donner le Hamas si une autre voie lui apportait l’oxygène écono­mique dont elle est privée.

Car c’est d’horizon poli­tique, de respect du droit et de tous ses droits, de respect de la démo­cratie, qu’a besoin le peuple pales­tinien. De la fin de l’occupation. D’une paix enfin fondée sur le droit.