Tension en Cisjordanie et à Gaza

René Backmann, mercredi 20 janvier 2010

Alors que la tâche qui l’attend - convaincre Israé­liens et Pales­ti­niens de reprendre les négo­cia­tions de paix - s’annonce des plus déli­cates l’émissaire amé­ricain pour le Proche-​​Orient George Mit­chell risque de trouver en arrivant, une atmo­sphère net­tement plus tendue que lors de ces der­nières semaines.

Le bul­letin heb­do­ma­daire de l’ONU consacré à la pro­tection des civils rendu indique qu’au cours de la semaine qui vient de s’écouler, 21 Pales­ti­niens ont été blessés en Cis­jor­danie par l’armée israé­lienne, ce qui est légè­rement supé­rieur à la moyenne de 17, constatée en 2009 tandis qu’à Gaza, pendant la même semaine, sept pales­ti­niens étaient tués et trois autres blessés à la suite de raids de l’aviation israé­lienne répli­quant - selon le ministère israélien de la défense - à des tirs de roquettes ou d’obus de mortier sur le ter­ri­toire israélien.

Depuis ven­dredi, des salves d’artillerie sur le nord de la bande de Gaza par les chars israé­liens ont répondu à plu­sieurs reprises à des tirs d’obus de mor­tiers ou de mis­siles depuis la même région. Samedi soir, selon une agence de presse pales­ti­nienne, la chute d’un pro­jectile en pro­ve­nance de Gaza était signalée dans la ville côtière israé­lienne d’Ashkelon.

Paral­lè­lement, le Centre pales­tinien pour les droits de l’homme, dont le siège est à Gaza a affirmé jeudi dans un com­mu­niqué que plu­sieurs explo­sions qui avaient endommagé des véhi­cules et des com­merces de la ville de Gaza, sous contrôle du Hamas, sem­blaient confirmer le « chaos sécu­ri­taire et l’usage dévoyé des armes » qui sont « la plaie du territoire ».

Coin­cidant avec la nou­velle phase de tension constatée par l’ONU, et le « chaos » constaté à Gaza, une ten­tative d’attentat anti-​​israélien a eu lieu jeudi en Jor­danie. Pour l’instant aucun lien n’a été établi par les ser­vices de sécurité entre cet évènement et l’escalade de la vio­lence dans les ter­ri­toires pales­ti­niens occupés.

Près de la fron­tière entre le royaume hachémite et la Cis­jor­danie, contrôlée par Israël, une bombe, placée au bord de la route a explosé au passage d’un convoi trans­portant trois diplo­mates israé­liens, qui se ren­daient d’Amman à Jeru­salem. L’explosion qui n’a pas fait de vic­times a eu lieu à proximité du Pont Allenby qui enjambe le Jourdain.

C’était la pre­mière fois que ce type d’engin explosif, souvent utilisé en Irak et en Afgha­nistan, était utilisé en Jor­danie où des étrangers ont déjà été visés par des attentats-​​suicides ou des tirs. Israël et la Jor­danie ont signé un traité de paix en 1994. Leurs ser­vices de sécurité entre­tiennent une étroite coopé­ration et les rela­tions diplo­ma­tiques entre les deux pays sont qua­li­fiées par les spé­cia­listes de « cordiales ».

Autre source de tension : la mul­ti­pli­cation des raids de colons parfois accom­pagnés d’appropriations sau­vages de terres agri­coles sur des vil­lages pales­ti­niens. Dans la région de Naplouse, bouclée mer­credi par l’armée, des colons ont occupé des ter­rains agri­coles appar­tenant à un Pales­tinien vivant en Jor­danie et utilisé des bull­dozers pour construire des bar­ri­cades annexant de fait ces terres à la colonie de Rafafa. Dans la même région, trois voi­tures et un tracteur agricole ont été incendiés à la veille du week-​​end.

Samedi, des groupes de colons équipés de bull­dozers ont ouvert, à travers des terres pales­ti­niennes, un nouvel accès à la colonie de Shavei Shomron, près de Naplouse. Samedi soir également, pour la troi­sième nuit consé­cutive, l’armée israé­lienne a ins­tallé des bar­rages et bouclé des agglo­mé­ra­tions du nord de la Cis­jor­danie, entre Naplouse et Qal­qiliya. Interrogé sur ces mesures, un porte parole de l’armée israé­lienne a indiqué qu’elles rele­vaient des dis­po­si­tions habi­tuelles de sécurité en Cis­jor­danie « pour assurer la sécurité de tous les rési­dents de la région ».