Témoignages à Gaza : "Ici c’est l’enfer"

ziad Medhouk, lundi 29 décembre 2008

C’est sous le choc, durant les obsèques de deux de ses cousins tués samedi, que Ziad Medoukh nous a confié son témoi­gnage. Israël, engagé dans une "guerre sans merci" pour "faire tomber" le Hamas, a mené des raids pour la 3e journée consé­cutive dans la bande de Gaza, faisant 345 morts dont 57 civils, alors que se profile la pers­pective d’attaques terrestres.

Ziad Medoukh est pro­fesseur de français à l’université de Gaza. Il a été empêché par les auto­rités israé­liennes de se rendre en France alors qu’il béné­ficie d’une bourse de l’État français. Joint par télé­phone, l’universitaire, qui assistait aux obsèques de deux de ses cousins et de trois voisins tués par les bom­bar­de­ments israé­liens, était sous le choc : « Ce n’étaient pas des mili­tants ni même des sym­pa­thi­sants du Hamas, dit-​​il d’un ton ému. Je peux témoigner que pour la pre­mière fois depuis 1967 les habi­tants de Gaza sont en train de subir de tels bom­bar­de­ments. Cette fois, c’est dur, dur, plus dur que ce qu’on a vécu jusque-​​là. Samedi à 1130 (heure locale), les frappes ont débuté et ont duré près d’une demi-​​heure ; les bom­bar­de­ments ont ensuite repris à la tombée de la nuit, à 18 heures, et durant presque toute la nuit… Depuis, on ne connaît pas de répit : un missile ou des bombes largués par avion ou héli­co­ptère tombent sur Gaza pra­ti­quement toutes les cinq à dix minutes. Ici, c’est l’enfer, la déso­lation, il y a des cadavres et des corps déchi­quetés dans la rue. Du fait des cou­pures élec­triques (quatre par jour à cause du blocus), on n’a pas beaucoup d’information, on ne sait pas ce qui se passe vraiment. Il n’y a que le télé­phone por­table pour s’informer. À Gaza, Israël bom­barde ce qui a été bom­bardé la veille. Il essaie de tout raser », précise-​​t-​​il.

« À travers une cam­pagne média­tique relayée y compris par cer­tains médias arabes, Israël a réussi à convaincre les pays arabes dit modérés, l’UE et de nom­breux pays que ses frappes ne ciblent que le Hamas. Or, sur les 300 morts, hormis le chef de la police, il n’y a aucun res­pon­sable du Hamas ou des bri­gades Al-​​Qassam (milice armée du Hamas). Certes, 180 poli­ciers qu’Israël assimile à des com­bat­tants ont été tués, mais il y a eu 120 civils, dont une majorité d’enfants et de femmes, qui ont péri », dit-​​il sur un ton excédé. « De plus, poursuit-​​il, tout le monde le sait : Gaza est une région étroite, sur­peuplée, où plus d’un million et demi de per­sonnes, entassées les unes sur les autres, vivent sur 360 km2. Les postes de police, les bureaux du Hamas y côtoient for­cément les habi­ta­tions et quand on vise l’un de ces bureaux ou poste de police, on tue for­cément des civils ! Or les Israé­liens savent très bien où se trouvent les bases mili­taires du Hamas.

L’Union euro­péenne, les États-​​Unis, qui ont appelé au boycott du Hamas après avoir forcé le Fatah à orga­niser les élec­tions légis­la­tives rem­portées par les isla­mistes, savent que ce sont des civils qui sont ciblés… ce n’est rien d’autre que des bom­bar­de­ments aveugles. Sinon, pourquoi cibler et détruire des écoles, des usines qui, du fait du blocus, ne fonc­tionnent qu’à moins de 50 % de leurs capa­cités, des mos­quées, des habi­ta­tions, des com­merces, des dépôts d’approvisionnements ? J’appelle cela une poli­tique de terreur. Pourquoi avoir imposé le blocus à Gaza durant deux ans alors que les gens du Hamas ne sont pas affectés par ce blocus ? Et Israël connaît par­fai­tement cette situation.

Pourquoi Israël empêche-​​t-​​il des malades de se faire soigner en Cis­jor­danie alors qu’ils ne sont pas membres du Hamas, pourquoi empêche-​​t-​​il l’entrée des vivres et des médi­ca­ments à Gaza ? En fait, il y a une logique à cela : Israël veut punir la popu­lation civile palestinienne. »

Pour Ziad Medoukh, il ne fait aucun doute que « l’opération israé­lienne va par­ti­ciper à la montée du Hamas. C’est peut-​​être le but de cette nou­velle guerre ? Or, ici à Gaza, le vrai poids du Hamas est de moins de 30 %. Plus de 50 % des habi­tants ne sont pas pour lui. Beaucoup de gens s’y opposent. Mais les bom­bar­de­ments israé­liens vont à coup sûr ren­forcer le mou­vement isla­miste. Il apparaît comme la seule force de résis­tance à l’occupation sur laquelle Israël prétend s’acharner. À la longue, je dirais que le Hamas est en train de gagner. Car au-​​delà des sen­si­bi­lités des uns et des autres, ces bom­bar­de­ments vont souder la popu­lation de Gaza autour des islamistes. »