Tee-​​shirts, lunettes, publicité : la « Mossad Mania » envahit Israël

Corentin Chrétien, mardi 16 mars 2010

Depuis l’assassinat d’un cadre du Hamas à Dubaï, le service de ren­sei­gnement israélien a gagné en popularité.

Le pays a beau nier sa par­ti­ci­pation au « Dubaïgate », beaucoup attri­buent l’assassinat musclé d’un cadre du Hamas aux ser­vices secrets nationaux.

A l’origine du buzz, une vidéo, tirée de plu­sieurs caméras de sur­veillance. Deux hommes et une femme, lunettes noires, chapeau, per­ruque ou raquette de tennis, tra­versent un super­marché. Ils font mine de remplir leurs caddies, mais ils jettent des coups d’œil dis­crets dans tous les sens. On entend la femme dire qu’elle n’est « en rien impliquée », d’un air conspi­rateur. Soudain, le slogan percute l’écran :

« Nous faisons des prix qui tuent. »

En matière de mar­keting, miser sur la repro­duction d’un assas­sinat pourrait bien être une pre­mière. Les pro­ta­go­nistes sont recon­nais­sables : ils sont habillés comme dans la vidéo dif­fusée par la police de Dubaï, le len­demain du 20 février. La chaîne bri­tan­nique ITN a même fait un reportage sur le sujet. Voir la vidéo, en anglais :

Un com­mando de 27 agents déguisés s’y infil­trait dans un hôtel où se trouvait Mahmoud Abou Al-​​Mahbhouh, un res­pon­sable mili­taire du Hamas. Ce dernier aurait été en mission d’achat d’armement pour le mou­vement isla­miste pales­tinien. Il a été retrouvé mort dans sa chambre quelques minutes plus tard.

« C’est une sorte de pro­vo­cation amu­sante », déclare le directeur de la chaîne de super­marchés à l’origine de la publicité, Mah­sanei Kimat Hinam. L’homme ne cache pas son intérêt dans l’affaire :

« Durant le mois dernier, le monde entier a regardé des caméras de sur­veillance […] Il fallait qu’on se fasse remarquer. »

Il est vrai qu’en Israël, l’affaire du Dubaïgate a plutôt servi la répu­tation du Mossad, même si les ser­vices secrets conti­nuent de nier leur res­pon­sa­bilité. « Faites-​​pas chier le Mossad »

Un tee shirt pro Mossad (DR)« Le Mossad a retrouvé ses jours de gloire », déclare Ilan Mizrahi, un ancien directeur de l’agence. Depuis les évène­ments du 20 février, les pro­duits dérivés affluent dans les magasins. Une marque de lunettes a sorti un modèle simi­laire à celles portées par des membres du com­mando et la vente de t-​​shirts « Faites-​​pas chier le Mossad » est partie à la hausse.

Dans un article du quo­tidien Ha’aretz, un homme qui res­semble beaucoup a l’un des agents de la vidéo raconte comment sa vie a changé :

« Les gens me félicitent dans la rue. »

Au-​​delà du délire com­mercial, l’assassinat a réveillé les voca­tions. Selon le site officiel des ser­vices de ren­sei­gne­ments israé­liens, les demandes d’emplois ont explosé depuis le 21 janvier.

Le site en a profité pour renouveler la formulation de son offre :

« Vous avez une oppor­tunité pour créer une nou­velle réalité où vous pourrez jouer le rôle prin­cipal. Si vous êtes intel­ligent et cultivé, vous pouvez faire la dif­fé­rence et remplir une mission nationale. Si vous pouvez rentrer en contact, charmer et influencer les gens - vous pourriez bien avoir les qua­lités que nous recherchons. »